Quel avenir pour l’île de la Galite?

La Galite n’apparaît pratiquement jamais sur les cartes «grand public», aussi beaucoup de gens n’ont qu’une vague connaissance de ces «confettis» de Tunisie qu’ils placent en mer, au Nord ! Bien sûr, tout le monde se souvient que le Président Bourguiba y fut déporté. Mais que s’y passe-t-il ? Il est d’autant plus difficile de le savoir qu’il est plus malaisé d’obtenir l’autorisation d’y débarquer.

 

Un archipel méconnu

Ce petit archipel composé d’une île et de cinq ou six îlots est situé à 35 kilomètres du Cap Serrat. On le dit volcanique parce que son socle est composé de granite, parfois rose, parfois gris mais son sol est formé d’un flysch, roche sédimentaire détritique, datant de l’ère tertiaire.

Il surgit littéralement de la mer et ses pentes très escarpées montent à 400 mètres d’altitude. L’île principale, Galathea dans l’Antiquité, a en gros la forme d’une «hache à double tranchant» de 5 kilomètres environ dans la plus grande longueur sur 2 kilomètres de large à la «tête». 60 hectares environ de terre assez pauvre sont cultivables sur une superficie totale de plus de 700 hectares.

Le Galiton, portant un phare et la Fauchelle, îlots au Sud-Est de l’île principale sont des réserves naturelles. Les îles des Chiens, petits îlots rocheux ont mauvaise réputation : ils servaient de cibles, paraît-il, aux navires de guerre français.

 

Une histoire récente

La Galite a certainement été une escale pour les Carthaginois et les Romains. Des tombeaux rupestres y ont été découverts récemment : leur datation reste à étudier. On sait que l’île a été attribuée en fief à l’Infant Louis d’Espagne, arrière-petit-fils du roi de France Saint-Louis, au XIIIème siècle. Elle a sans doute servi de mouillage et d’abri à de nombreux corsaires «barbaresques» mais les fonds rocheux qui «tombent», très près de la côte, à 10 puis 20 mètres de profondeur ne sont propices ni à un ancrage ni à la construction d’un port.

D’une histoire très mal connue subsistent des toponymes bizarres qui mériteraient d’être étudiés : la chaîne principale de collines s’appelle : «Bout de Somme» et une colline : «l’Oudjill», un cap : lLa pointe de Siroq» et des collines : «Busc grande». L’île a certainement été fréquentée depuis l’Antiquité par les pêcheurs de corail, «l’or rouge» de la Méditerranée. En 1628, un aventurier marseillais : Sanson Napoléon, Corse d’origine, en aurait pris possession. A la fin du XIXème siècle, des Napolitains, venus d’Italie, de la Calle / El Kala ou de Bône / Annaba : les familles Darco, Vitiello et Mazella. Santo Mazella et son fils Gérard tenaient un hôtel-restaurant à Tabarka. L’île s’est «vidée» en 1964 au moment de la nationalisation des terres agricoles appartenant à des étrangers.

 

Le corail

Le corail de la méditerranée : corallium rubrum est recherché et pêché sans doute depuis la Préhistoire. Dans l’Antiquité, cette «pierre arborescente» a engendré la légende de gouttes de sang, tombées dans la mer, d’une gorgone : Méduse, monstre féminin au visage effroyable et à la chevelure formée de serpents. Il avait alors des pouvoirs étendus : celui de détourner la foudre, calmer les tempêtes, soigner de nombreux maux et… de détourner le «mauvais œil». L’a-t-il complètement perdu aujourd’hui ?

Les Européens : Catalans d’abord, puis Pisans, Génois et enfin Provençaux et Français sont certainement venus pêcher le corail en ces lieux depuis les XI-XIIème siècles jusqu’au milieu du XIXème siècle, quand les Français bénéficiaient encore du monopole de la pêche du corail.

Des fortunes colossales se sont bâties au fil des siècles, mais la pêche à l’aide de la «croix de Saint André» : deux lourdes barres, liées en X, auxquelles étaient fixés des bouts de filets, le tout traîné au fond de la mer, en remorque, par un bateau, a ravagé les fonds. Actuellement, la pêche du corail, très réglementée, n’est plus pratiquée que par des plongeurs équipés de scaphandre autonome.

 

La pêche

Un autre «trésor» de la Galite est la richesse des fonds marins environnants très poissonneux, qui abritent (abritaient) de très nombreux crustacés, dont la langouste, la cigale de mer et le homard.

Une petite usine de conservation de la langouste, en vue d’une exportation vers l’Europe, a même été construite au siècle précédent ! Dans ce domaine aussi, la surexploitation a fait des ravages.

La biologie de la cigale : Scyllarides latus, la «grande cigale» est largement méconnue bien que cet animal soit très apprécié par les gourmets. Mais, la «cigale» semble devenir si rare que la pêche de la «petite cigale», Scyllarus arctus, est interdite.

La langouste : Palinurus elephas, la langouste d’Europe, peut atteindre, comme le homard : Homarus gommarus, 80 centimètres de long et peser 8 kilogrammes. Sa croissance, comme celle du homard, est très lente : un individu de 400 – 500 g est âgé de 4 à 5 ans. Les femelles sont mâtures vers l’âge de 6 ans, mais leur longévité semble importante. Aussi, la présence de langoustes, de l’ordre du kilo sur les étals du marché, tous les ans, avec leur tête pleine de «corail», nous semble-t-elle être une menace pour l’espèce.

Les eaux de l’archipel sont très poissonneuses avons-nous écrit. Nous y avons rencontré, il y a déjà longtemps, en tant que pêcheur sous-marin, d’innombrables mérous, sars, daurades dentées, murènes, tous amateurs de fonds rocheux. Ils ont été dépeuplés, depuis, par la surpêche.

En tant que pêcheur en barque, nous avons pris, à la traîne, d’énormes liches, des thons, de grands serres, de très gros limons et de multiples bonites. Les gros rougets «de roche» sont succulents, loups, ombrines et gros mulets sont délicieux.

 

L’île

L’île de la Galite n’offre que quelques hectares de terre pauvre, constamment battus des vents bien qu’elle bénéficie de précipitations importantes de 800 mm par an en moyenne. L’île orientée Sud-Ouest / Nord-Est est pratiquement perpendiculaire aux vents marins humides qui y déversent leurs pluies, mais y créent aussi de très nombreux jours de brouillard.

Les îliens y cultivaient un peu d’orge, des fèves, des pois chiches et des vignes. Ces dernières procuraient des raisins secs et quelques hectolitres de vin, traités avec passion par les îliens d’origine italienne. Ils cultivaient aussi des figuiers qui y poussent très bien. Le reste de l’île, formé essentiellement de pentes très escarpées, est couvert d’une garrigue méditerranéenne qui s’est abondamment développée depuis que l’île, pratiquement déserte, n’est plus habitée que par une section de garde-frontières tunisiens. Des sources fournissent de l’eau potable en quantité suffisante. Mais le seul endroit «habitable», parce que face au Sud-Est, est protégé des intempéries, c’est la combe appelée «l’Escaroubade». Les habitations se sont dispersées tout le long des pentes. Un petit appontement a été construit en bordure de mer. Avant 1964, 200 îliens environ peuplaient la Galite. Aux beaux jours, ils étaient pêcheurs et corailleurs, en hiver ils devenaient agriculteurs. Une école primaire accueillait leurs enfants.

 

Quel avenir ?

En accord avec les grandes lignes de la politique tunisienne actuelle, la réponse à cette question semble évidente : un développement durable qui protège l’environnement et la biodiversité. Mais qui fera quoi ? Repeupler la grande île serait, à notre avis, une aberration. Ce «parc naturel», inhabité depuis un demi-siècle pourrait être un conservatoire de la faune et de la flore méditerranéennes. Quelques familles de gardiens pourraient y vivre et accueillir de petits groupes de visiteurs.

Aller se promener sur la Galite, c’est, un peu, découvrir la Méditerranée originelle.

Par Alix Martin

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