Octobre, mois de tous les dangers ?!

Le 23 octobre 2011, a été le couronnement d’une liesse politique, entamée quelques mois auparavant,  pour de nombreux Tunisiens. Leur forte affluence dans les bureaux de vote pour vivre le premier scrutin libre dans l’histoire de leur pays en a été  la preuve. A contrario, et alors que le compte à rebours ne fait que commencer, la date du 23 octobre 2012 échauffe les esprits et ajoute le trouble à l’absence de visibilité ambiante. Initiatives, appels ou passes d’armes…le microcosme politique en a déjà fait son cheval de bataille.

 

Jeudi 15 septembre 2011… Avec toute la «solennité requise», est organisée une conférence de presse au Palais des congrès de Tunis. La raison ? Sous l’impulsion du président de la Haute Instance de la sauvegarde de la révolution, Yadh Ben Achour, onze partis politiques signent la «déclaration du processus de transition». Le document se veut être un engagement moral et écrit signé par la classe politique afin de garantir le succès du rendez-vous électoral, scruté à l’échelle internationale et surtout la bonne marche de la phase postélectorale… ce, quel que soit le vainqueur. La déclaration finale, signée par les membres de la Troïka, hors CPR ainsi que par les partis politiques de l’opposition, dispose selon l’un de ses points phares que les travaux de la Constituante ne dépasseront pas un an. Le document est-il une bombe à retardement ? Il semblerait bien que oui… Préparé aux termes de nombreuses réunions de travail afin de désamorcer une situation préélectorale explosive en 2011, il pose aujourd’hui et sans ambigüité une question : Qu’adviendra-t-il de la légitimité de l’ANC et a fortiori du gouvernement au lendemain du 23 octobre ?

 

La date fatidique

A la solennité du jeudi 15 septembre, essentiellement morale (le document n’ayant aucune valeur juridique)  s’ajoute un deuxième élément venant appuyer la thèse de «la date butoir» … Le décret-loi datant du 03 août 2011 et ayant appelé  les Tunisiens à élire l’ANC précise bien le mandat de ladite assemblée : une année. Lenteur dans la rédaction de la constitution, bilan critiqué du gouvernement,  absence de visibilité et contexte morose… A l’euphorie postrévolutionnaire de l’année précédente, succède une année 2012 morose. Et à l’approche de la date fatidique, des voix s’élèvent et expriment clairement ce que pensent de nombreux Tunisiens. Le 23 octobre, sonnera le glas de «la légitimité de l’assemblée nationale constituante» a estimé, sur  Shems FM, le bâtonnier des avocats Chawki Tabib selon qui, sans nul doute, une polémique sera lancée au lendemain de cette date. Même son de cloche chez l’opposition. «La légitimité de l’ANC prendra fin le 23 octobre puisque le peuple l’a élue pour une durée d’un an», a avancé Ahmed Néjib Chebbi. La troïka, quant à elle, botte en touche. «Ceux qui tentent de substituer la légitimité consensuelle à la légitimité électorale, laissent apparaitre un esprit putschiste», a déclaré Samir Dilou le ministre des droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle. Avant de poursuivre : «On ne partagera pas le pouvoir, et on n’abandonnera pas une seule once de nos prérogatives, sauf dans le cadre de la loi, de la procuration et la volonté populaire (…). Celui qui veut gouverner, doit participer aux élections». Le porte-parole d’Ettakatol, Mohamed Bennour va même plus loin dans ses accusations. «Derrière la polémique portant sur le 23 octobre, se cache le RCD, explique-t-il. Ils essaient de revenir au pouvoir après avoir formé un nouveau parti politique (Nida Tounes). Ces individus qui ont contribué pendant cinquante ans à la mise en place de la dictature devraient être écartés momentanément du pouvoir».

 

Et les initiatives continuent

Jeudi 6 septembre, Abdelwahab El Hani annonce le lancement de l’«Initiative du 18 octobre pour la concorde nationale et la paix civile» pour sortir le pays de l’impasse politique et économique actuelle. Cette initiative, comme toutes celles qui la précèdent, part d’un (même) constat : «Il y a aujourd’hui des appels à la division politique, idéologique qui menacent notre unité nationale. Nous constatons des dépassements sur la question du 23 octobre. Notre rôle est de présenter des réponses tout en appelant au consensus national», explique le président du parti Al Majd qui se donne quarante jours pour la concrétiser. Baptisée «18 octobre», l’initiative se veut également une référence à un moment quasi idyllique de l’histoire tunisienne, celui au cours duquel de nombreux leaders de l’opposition et de la société civile ont décidé de «s’unir contre la dictature» (voir encadré).

Contrairement à l’initiative de l’UGTT, aujourd’hui en stand-by,  celle du «18 octobre 2012» ne rentre pas dans le détail. Rien n’est définitif. Seul quatre axes généraux ont été retenus : arriver à un consensus sur le calendrier politique, fixer une feuille de route sur la justice transitionnelle, évaluer le travail gouvernemental et s’atteler à construire une paix sociale aujourd’hui menacée. A cette crise en gestation, l’opposition, aussi a proposé une solution. Son initiative, sans surprise, appelle «à s’asseoir autour d’une même table et à s’entendre sur les points litigieux notamment le régime politique, la date définitive des élections, le code électoral et l’instance électorale». Et toujours sans surprise, les concertations avec d’autres formations politiques et des acteurs de la société civile auraient déjà commencé.

A.T

 

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