Après Baghdadi Mahmoudi, Abdallah Senoussi «rentre au bercail»…

 

Les Libyens ont fini par avoir gain de cause. L’ex-chef des services de renseignement du régime de Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi, a été extradé par la Mauritanie et remis à Tripoli. Quelles sont les dessous de cette extradition ? L’homme bénéficiera-t-il d’un procès équitable ? Les médias mauritaniens se posent depuis de nombreuses questions

 

«Nous étions avec mon père quand il a été appelé pour «une rencontre importante» qui s’est avérée être sa remise à la Libye», a affirmé sa  fille aînée Anoud Senoussi. Avant de poursuivre : «J’exprime toute ma déception face à l’extradition de mon père, parce que les autorités, y compris le président de la République, nous affirmaient qu’il ne sera pas extradé». Mercredi 5 septembre, Abdallah Senoussi se trouvait avec sa famille à Nouakchott lorsqu’il a été convoqué pour être extradé. L’homme, notamment recherché pour crimes contre l’humanité, vivait dans une résidence surveillée située dans le quartier nord de Nouakchott. Il avait été arrêté en Mauritanie, dans la nuit du 16 au 17 mars, après y être entré avec un passeport malien sous une fausse identité. Le 21 mai, il fut inculpé de «falsification de document de voyage» et «entrée illégale dans le pays».

 

Y’a-t-il eu des tractations financières ?

Aussitôt la nouvelle apprise, le collectif des avocats mauritaniens d’Abdallah Senoussi a réagi en dénonçant, dans un communiqué, «le non-respect par les autorités mauritaniennes des procédures édictées par les conventions internationales». En outre, s’ajoute selon le collectif, un vice de procédure flagrant : les tribunaux mauritaniens n’ont pas été saisis de cette extradition, qui devait être examinée par une Cour correctionnelle de Nouakchott. Le site Alakhbar a une autre version recueillie auprès d’un parlementaire libyen … Tripoli aurait levé l’interdiction sur d’importantes sommes qui étaient approuvées par Kadhafi en faveur de la Mauritanie, sommes auxquelles s’ajoute une grosse enveloppe financière au profit de la Présidence et du gouvernement. Le tout est estimé à un milliard d’euros. La preuve apportée par le site semble irréfutable. La délégation libyenne venue chercher l’ancien patron des renseignements était composée du chef d’Etat-major de l’armée libyenne mais aussi des ministres de la Justice et des Finances. Les tractations se seraient accélérées depuis quelques jours : le Liban, aussi, aurait manifesté son intérêt pour le dossier Senoussi contraignant les autorités libyennes à passer à l’action. Beyrouth l’accuse d’être impliqué, en 1978, dans la disparition forcée de l’imam chiite Moussa al-Sadr en Libye.

 

Ce qui l’attend en Libye

«Nous confirmons qu’Abdallah Senoussi a été remis à la Libye. Il y a quelques minutes, il a été remis au bureau du procureur général. Il va subir des examens médicaux de routine et l’interrogatoire commencera tout de suite après. Nous déciderons ensuite de son sort», a indiqué à l’AFP l’adjoint du procureur général libyen, Taha Baara. Une vidéo amateur partagée sur Facebook a filmé Abdallah Senoussi descendant de l’hélicoptère, en compagnie du chef d’état-major Youssef al-Mangouch, sur fond de cris: «le sang des martyrs n’a pas été versé en vain». Souriant, l’homme semblait en bonne santé. Il a aussitôt été incarcéré dans un complexe pénitentiaire à Tripoli où d’autres hauts responsables de l’ancien régime, dont l’ex-Premier ministre Baghdadi Mahmoudi, sont détenus. Beau-frère de Kadhafi, il est notamment accusé d’avoir exterminé des opposants. Son «opération» la plus célèbre demeure celle de la prison Abou Souleym au cours de laquelle 1.200 prisonniers ont été exécutés par balles. La CPI, qui a émis le 27 juin 2011 un mandat d’arrêt à son encontre, l’accuse d’avoir commis «des meurtres et des persécutions de civils constitutifs de crimes contre l’humanité». Pourtant, la juridiction internationale a «indiqué ne pas avoir reçu d’information officielle au sujet de l’extradition». Autre problème… Selon les observateurs, l’extradition de Senoussi devrait mettre de nombreux pays «mal à l’aise». L’Algérie et le Niger, notamment, accueillent sur leur territoire d’anciens dignitaires du régime déchu.

A.T

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