Urgence des réformes structurelles

Ridha LahmarLa mission d’experts dépêchés à Tunis par le FMI a présenté son rapport au conseil d’administration qui a émis plusieurs recommandations relatives à la situation économique et sociale de notre pays et ses perspectives d’avenir. Le communiqué publié par le FMI insiste sur l’urgence des défis économiques et sociaux à relever par notre pays ainsi que la nécessité de transformer l’économie tunisienne pour faire face aux difficultés : inflation, chômage, déficit budgétaire, déséquilibre régional, croissance en panne…

 

Constats et difficultés

Le FMI, connu par sa crédibilité et sa rigueur en matière de gestion financière et monétaire, commence par relever les différents indicateurs négatifs de l’année 2011. Régression du PIB de 1,8%, forte baisse du tourisme et des investissements directs étrangers, mais aussi forte progression du chômage qui a atteint 19 % de la population active alors que celui des jeunes se situe à 42%.

Les réserves de change ont baissé de façon sensible : 9,5 milliards de dollars US fin 2010 à 7,5 fin 2011. Le taux de l’inflation qui était de 3,5% en 2011, a connu une augmentation sensible en 2012 pour atteindre 5,7% en avril.

Le FMI fait le constat, sinon le reproche aux autorités d’avoir pratiqué une politique expansionniste afin de répondre aux revendications sociales et soutenir le fonctionnement normal des rouages de l’économie.

En effet, il y a eu une forte augmentation des dépenses relatives au Budget de l’Etat : augmentations salariales, subventions aux produits alimentaires et énergétiques (caisse générale de compensation), mesures d’assistance sociale en plus des montants prévus à titre de projets de développement et d’investissement.

Le déficit du Budget est passé de 1,1% du PIB en 2010 à 3,5% en 2011. Par voie de conséquence, le taux d’endettement public qui était de 40% en 2010 est passé à 44,5% du PIB fin 2011. La politique monétaire pratiquée par la BCT a consisté à soutenir le système bancaire et le financement de l’économie en abaissant le taux d’intérêt directeur et en injectant d’importantes masses de liquidités dans le circuit bancaire pour soutenir l’activité.

La baisse de l’activité économique, surtout dans le tourisme, a engendré la dégradation de la qualité du portefeuille des banques d’où le rééchelonnement des titres de créances des entreprises. Les banques sont devenues très dépendantes du refinancement organisé par la BCT. En fait, le FMI reproche à la BCT, qui n’avait pas d’autre choix, d’avoir soutenu les banques et l’économie tunisienne et empêché l’effondrement durant cette période de transition.

 

Les conditions et les risques de la relance

L’activité économique connaît depuis le début de l’année 2012 une relance avec une reprise de la croissance, notamment dans le tourisme et les investissements directs étrangers. Le FMI a remarqué une importante expansion budgétaire qui soutient la reprise de la croissance.

On ne sait pas s’il s’agit d’un reproche ou d’un constat positif.

Cependant selon le FMI les risques à court terme restent élevés, car la récession qui sévit en Europe pèse sur nos exportations. En outre, l’augmentation des tensions sociales risque de décourager les investisseurs locaux et étrangers, tandis que les contraintes dans les financements peuvent freiner la croissance à travers le budget.

Le FMI estime qu’il est nécessaire d’adopter un programme de réformes structurelles afin de promouvoir les investissements privés. La Tunisie doit réaliser une croissance plus forte et plus inclusive à moyen terme pour faire baisser le taux élevé de chômage et réduisant ainsi les fortes disparités régionales et sociales. Si certaines conditions sont remplies, le taux de croissance du PIB pourrait atteindre 6% en 2017 selon le FMI.

Il s’agit de la poursuite de la stabilité macroéconomique, l’amélioration de la gouvernance et du climat des affaires, de la réalisation des réformes du marché du travail et du système éducatif pour remédier aux déséquilibres dans le domaine des qualifications professionnelles ainsi que le renforcement du système financier et bancaire.

Le FMI confirme la nécessité de la mobilisation d’importants financements extérieurs, notamment les investissements directs étrangers pour réaliser un taux de croissance élevé. Il y a également les emprunts extérieurs à assurer au profit de l’Etat et des entreprises privées. Cependant cela risque d’alourdir l’endettement de l’Etat. Alors, que faire ?

 

Les recommandations des administrateurs du FMI

L’évaluation des administrateurs du FMI a concerné l’ampleur et l’urgence des défis économiques et sociaux à relever, notamment le taux de chômage élevé et les disparités régionales. Ils pensent qu’il y a nécessité de jeter les bases d’une transformation de l’économie avec la promotion d’une croissance plus soutenue et plus solidaire.

Les administrateurs du fonds considèrent que l’Etat doit soutenir l’activité économique tout en veillant sur la stabilité macroéconomique par sa politique budgétaire qui doit promouvoir la croissance et l’emploi à court terme. Ils soulignent que l’expansion ciblée des investissements publics doit être accompagnée par la maîtrise des dépenses courantes. Il y a là une contradiction à élucider.

Les administrateurs apprécient les efforts déployés par les autorités tunisiennes pour rationaliser la passation des marchés publics et améliorer l’exécution des programmes d’investissements. En revanche, ils insistent sur la nécessité du retour au rééquilibrage des finances publiques à moyen terme afin de préserver la viabilité du budget et de la dette. Pour y parvenir, un plan clair de rééquilibrage doit être mis au point par les autorités tunisiennes.

Les administrateurs du FMI soulignent l’impératif de maîtriser les finances publiques à moyen terme, surtout la masse salariale, et de réformer le système des subventions et pensions.

On sait par ailleurs que le FMI est plutôt favorable à la vérité des prix alors que l’Etat doit soutenir le pouvoir d’achat des masses populaires

 

Politique monétaire et réformes structurelles

Pour endiguer l’inflation, les responsables du FMI recommandent le resserrement de la politique monétaire qui peut se faire par le relèvement du taux d’intérêt directeur par la BCT.

Ils insistent sur l’importance du renforcement du cadre institutionnel relatif à la politique monétaire ainsi que la coordination entre politique monétaire et de change. Ils pensent que l’indépendance de la BCT doit être préservée pour la conduite de la politique monétaire et de change, mais aussi pour la supervision de tout le système bancaire. Les administrateurs du FMI recommandent de remédier aux vulnérabilités du secteur bancaire tunisien et recommandent aussi de s’attaquer aux créances non productives, de recapitaliser les banques et d’améliorer la gouvernance des banques publiques.

Les banques tunisiennes doivent avoir des indicateurs conformes aux normes de Bâle. C’est pourquoi ils encouragent la BCT à élaborer un plan de sortie et à mettre en pratique une stratégie de retrait progressif de son important soutien aux liquidités bancaires, tout en continuant de répondre à leurs besoins en la matière.

Les responsables du FMI pensent qu’il est urgent de procéder à des réformes structurelles exhaustives pour réorienter l’économie tunisienne et exploiter tout son potentiel afin de réaliser une croissance plus élevée.

Le FMI met en valeur la nécessité de hiérarchiser les réformes et d’améliorer la capacité de mise en œuvre : les décisions ne suffisent pas, il faut passer à l’action sur le terrain et aller jusqu’au bout.

Il y a la réforme du marché du travail et celle du système éducatif et de formation qui revêt un caractère crucial : adéquation des profils par rapport aux besoins pour réduire le chômage des jeunes diplômés.

Il y a l’amélioration de l’environnement des affaires et de la gouvernance à réaliser pour favoriser les investissements privés. En fait c’est le développement des activités à valeur ajoutée qui permet de créer des emplois pour les compétences et les jeunes diplômés.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le terme “transformer l’économie tunisienne”. Le FMI a rectifié le taux de croissance prévisible pour 2012 soit 2,7% au lieu des 3,5% prévus par le gouvernement.

Pour 2013 ce sera 3,5% et non les 4,5% prévus par les autorités tunisiennes.

Le FMI reste muet pour ce qui est du soutien à apporter par lui-même à la relance de l’économie tunisienne.

Ridha Lahmar

 

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