Des réformes essentielles pour favoriser l’implication du secteur privé

Dans le cadre du programme d’appui budgétaire pour l’année 2012, la BAD a organisé récemment, en collaboration avec la Banque mondiale et l’Union européenne, une consultation du secteur privé. L’objectif majeur consistait à rétablir la confiance du secteur privé, à créer une dynamique d’investissement en vue d’impulser le processus de croissance, ce qui implique aussi de mobiliser les ressources nécessaires pour y parvenir.

 

Il est clair que les moyens de l’Etat à lui seul ne suffisent pas et que l’implication du secteur privé dans le processus du développement est une condition nécessaire, d’où la justification de cette consultation.

Cette consultation a débouché sur dix mesures jugées prioritaires pour atteindre à terme les objectifs assignés. Ces mesures relèvent de quatre chapitres différents : la réforme fiscale, l’amélioration de l’environnement des affaires, l’amélioration de l’employabilité des candidats à l’emploi par la restructuration, du dispositif de formation et enfin la réforme du système financier et bancaire.

 

Réforme de la fiscalité

La réforme de la fiscalité comporte quatre volets distincts, mais complémentaires.

Tout d’abord l’organisation d’une campagne de sensibilisation multimédia autour du devoir fiscal, de l’engagement citoyen, de la culture fiscale pour préparer l’opinion dans le sens de la réconciliation du citoyen avec la fiscalité avec mise en place d’une “hotline fiscale” 

Il y a également la révision du barème d’imposition ainsi que l’abolition du régime forfaitaire. En effet, il est anormal que 300.000 personnes qui pratiquent des métiers lucratifs et ont des revenus élevés ne soient pas tenues de détenir une comptabilité rigoureuse et ne paient au fisc que des montants symboliques une fois par an selon des déclarations plus ou moins fantaisistes. Il y a là une source de fraude et d’évasion fiscale, en quelque sorte légalisée par une réglementation désuète et injuste, alors que l’Etat manque de ressources financières et est contraint d’emprunter pour boucler son budget chaque année. D’ailleurs, il y a nécessité de renforcer le dispositif du contrôle et du recouvrement fiscal par le recrutement et la formation de 5.000 agents. Enfin, il y a l’application du système bonus-malus.

 

Le climat de l’investissement

Le climat de l’investissement s’est détérioré, dans une grande mesure avec la multiplicité des évènements qui ont perturbé le pays à la suite du déclenchement de la Révolution : grèves sauvages, sit-in, manifestations, routes bloquées, etc. Il règne une atmosphère d’instabilité et d’insécurité préjudiciable non seulement à l’investissement, mais aussi au fonctionnement normal de l’économie et à l’activité des entreprises économiques.

Or, pour créer de l’emploi et générer de la croissance, il faut de la sécurité et de la stabilité, mais aussi libérer l’initiative privée en réduisant les formalités administratives et les autorisations.

Il y a lieu de créer les conditions attractives pour les investisseurs locaux et étrangers, accorder des avantages et incitations motivantes, les procédures doivent être simples et rapides. Investisseurs étrangers et touristes ont horreur de l’insécurité et ils ont raison. L’économie ne peut prospérer que dans un climat de paix sociale.

 

La restructuration de la formation

Le taux élevé de chômage des jeunes diplômés du supérieur montre l’inadaptation de notre système d’enseignement supérieur aux besoins et aux exigences du monde du travail : industries, services…

La refonte des filières et des programmes d’enseignement s’impose d’urgence si nous voulons réduire le chômage des jeunes et en même temps satisfaire les attentes des chefs d’entreprise qui ne trouvent pas sur le marché de l’emploi tous les profils dont ils ont besoin pour faire face à leurs programmes de production. L’université doit aussi former des professionnels et apprendre à exercer des métiers.

Il s’agit donc de renforcer l’employabilité des cycles de formation universitaire et de re-concevoir les programmes avec la participation des chefs d’entreprises, secteur par secteur.

En outre, le dispositif de la formation professionnelle mérite d’être renforcé et remis à niveau avec élargissement de la capacité d’accueil des centres, modernisation et révision des programmes. Il y a lieu également de spécialiser des centres de formation dans les activités qui connaissent plus d’engouement ces dernières années : industries aéronautiques par exemple, pour répondre aux besoins des chefs d’entreprises.

 

Ouverture sur l’Afrique

Notre pays a besoin de concevoir une stratégie globale d’exportation sur l’Afrique subsaharienne et de la mettre en application.

Avec la crise de la dette souveraine, notre principal partenaire, l’UE, sera en panne pendant des années : il importe donc de trouver d’autres débouchés pour écouler nos produits. La diversification est toujours une valeur ajoutée, surtout lorsque les marchés traditionnels sont en difficulté. Or l’Afrique recèle des opportunités multiples d’exportation de nos produits et d’internationalisation de nos entreprises. Plus de la moitié des pays africains font de la croissance tous les ans et apprécient nos produits. La pénétration du marché africain implique plusieurs dispositions : mesures d’incitation aux exportateurs, adaptation du transport maritime et aérien, quant au secteur bancaire, il doit suivre avec implantation des banques tunisiennes sur place…

 

Réforme du système financier et bancaire

La promotion de la microfinance et la recapitalisation des banques publiques sont les principales mesures à réaliser dans l’immédiat dans le cadre de la réforme du système financier.

Les autres mesures comme le développement du marché financier, l’assainissement du portefeuille “créances classées” des banques, la solution du surendettement de l’hôtellerie sont plutôt à réaliser à moyen terme.

 

Ridha Lahmar

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