Nous sommes tous des Abdelfattah Mourou !

Le geste du Cheikh Abdelfattah Mourou qui s’est dressé pour défendre la liberté de parole de Youssef Seddik dont il est loin de partager la pensée, mérite d’être salué comme une belle illustration de cet Islam tolérant, ouvert, tunisien en somme, que nous n’avons cessé d’appeler de nos vœux. Autant le visage ensanglanté de ce noble Cheikh déshonore son agresseur, autant il nous honore tous, comme il glorifie l’Islam dont le prophète a résumé l’esprit d’ouverture en affirmant que « La diversité des opinions dans ma communauté est le signe de la miséricorde divine ».

La présence de Cheikh Mourou au sein d’Ennahdha, qui a longtemps tergiversé avant de l’intégrer dans ses rangs, bien qu’il fut l’un de ses principaux fondateurs, est une chance pour ce parti et beaucoup plus important, pour la patrie. La Tunisie dans cette phase de transition plus que délicate, a besoin  de figures concordataires comme lui, qui conjugue la fidélité à soi et l’ouverture aux autres, la foi et la raison, la tunisianité et l’arabité.

La violence intégriste doit être combattue énergiquement, sans relâche, car elle menace non seulement la loi qui organise notre vivre ensemble mais aussi la foi sereine et sincère.

L’obscurantisme religieux comme le répétait souvent Mohamed Arkoun, une autre figure de la libre pensée libre en terre d’Islam, est le versant délirant et négatif de la parole de Dieu quand celle-ci est reçue et appliquée par des esprits aliénés par l’ignorance institutionnalisée et entretenue aussi bien par les marchands du temple religieux que par les dictateurs.

Les fondamentalistes veulent imposer leur ignorance grossière du patrimoine islamique comme « fondements » de ce qu’ils considèrent la religion vraie. Ils en font alors des clôtures pour empêcher toute libre quête de savoir et fossilisent ainsi la religion et l’affaiblissent. Dès lors, la paresse intellectuelle, le refus de tout esprit critique et le dogmatisme se muent en vertus censées protéger l’intégrité de la religion de toute souillure que représentent, selon eux, l’Ijtihâd et les nouveautés « Bida’a » qu’ils entrainent dans leur sillage.

Faut-il rappeler que la démocratie que nous sommes appelés à bâtir ensemble, ne peut aboutir que si elle est portée par un désir collectif de libération qui se donne constamment de nouvelles frontières. Face à la montée des intégrismes, la grande affaire pour la démocratie est de défendre la liberté de pensée et de conscience. Elle ne peut être réduite à un ensemble de garanties contre le retour au pouvoir autoritaire. Elle doit également être un instrument de reconnaissance de l’autre. 

Par Hassan Arfaoui

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