Artistes, reveillez-vous !

Il y a de quoi rester perplexe devant l’infortune de la plupart de nos galeries de peinture. La demande en matière d’art existe pourtant, mais l’offre n’est ni structurée ni raisonnable et l’acheteur qui a les moyens a le plus grand mal à trouver l’entrée des artistes, puis à évaluer la juste valeur des œuvres proposées. Le souci, en partie légitime, de ne pas dévaloriser leur travail, pousse nos artistes à afficher des prix parfois démesurés dans un contexte où il n’existe pas de cotation.

En Europe, de nombreux artistes vendent leurs toiles à un prix très raisonnable, le temps pour eux de se faire un nom.

A une échelle modeste, il n’est pas plus difficile de vendre l’art en Tunisie qu’à Zurich ou Berlin.

Côté acheteurs, on est passé des collectionneurs aux consommateurs d’art, ce sont ceux-là qui construisent de belles maisons, habitent de beaux appartements et cherchent forcément à décorer leur intérieur avec goût et distinction, certains d’entre eux considèrent même l’achat d’un tableau comme un  placement.

Pourquoi alors cet abandon des galeries ? Si les ventes se font attendre, c’est que l’engagement des artistes et des opérateurs culturels n’est pas à la mesure des opportunités qui s’offrent à l’art. Aucun éclairage adéquat de l’évènement et des œuvres exposées. Le visiteur curieux cherche en vain un portfolio de l’artiste, une présentation de ses œuvres et des indications sur ses acquéreurs.

Les galeries d’art sont loin de profiter de toutes les vitrines des services culturels locaux et étrangers ni de renforcer leur présence sur le web.

Adopter des stratégies de communication est un enjeu majeur dans la conquête d’un marché constitué généralement de néophytes.

Comme pour tous les autres produits, c’est le trafic qui dicte la réussite. Vendre l’art est une entreprise de longue haleine et qui ne peut se pratiquer en dilettante.

Aujourd’hui, les artistes sont appelés à agir de concert entre eux et à étendre cette solidarité active aux galeries, aux réseaux sociaux et aux associations culturelles.

La manne des sponsors et mécènes risque d’échapper aux bons projets artistiques.

Il existe déjà des opérateurs intelligents et pas vraiment portés sur les arts qui savent vendre leurs projets. Une exposition internationale d’art contemporain organisée dernièrement au musée de Carthage a tiré bénéfice de l’histoire de la Tunisie – encore nos trois mille ans d’histoire – et de l’originalité du site en le convertissant en atout majeur, en accroche, pour une exposition très médiocre. Leur argument de vente était le suivant, je cite : «la première exposition internationale d’art contemporain à se tenir au musée national de Carthage.

Ce dernier, lieu archéologique par excellence, est idéal pour accueillir cette exposition qui reflète l’Histoire tunisienne au travers de divers médias artistiques.» Je passe sur la pauvreté du style ; on parle du site et pas des œuvres.

Ne s’agissant pas d’une exposition vente, les organisateurs n’ont pas créé l’évènement ni cherché à drainer les visiteurs, ils ont bien su en revanche trouver mécènes et sponsors, publics et privés.

Les artistes qui se sentent aujourd’hui en Tunisie persécutés et abandonnés ne doivent pas se laisser abattre.

Sous d’autres cieux, on nous dit que le marché de l’art est serein, malgré la crise. Des millions d’artistes de par le monde vivent aujourd’hui de la vente de leurs œuvres et les consommateurs d’art sont aujourd’hui, paraît-il, en expansion. Il faut saisir sa chance, et pour ce faire, travailler dur autant pour son art que pour sa commercialisation.  

Par Lotfi Essid

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