Le devoir d’inventaire

Par Zouhair Ben Jemaa

 

C’est le branle-bas à l’ONTT. On attend avec effervescence les mutations, les nominations et autres promotions. Dans le temps, tout se décidait à Carthage. Ni le Ministre et encore moins le Directeur général de l’ONTT ne se hasardaient à prendre la décision de nommer quelqu’un sans se référer là haut.  Il fallait être le poulain de l’un des trois ou quatre plus proches du Président pour espérer décrocher le poste qui ouvrait la voie à la vie de privilégié, et les intérêts du pays pouvaient toujours attendre ! C’est ainsi que l’on pouvait passer du poste de Directeur général à celui de représentant à l’étranger et vice versa. ZABA avait décidé un jour qu’un représentant ne pouvait pas passer plus de cinq ans à l’étranger, c’était la fameuse limite. Ainsi, nous avons vu défiler plus d’intéressés pour le FCR que de vrais professionnels du tourisme. Et  les quelques oiseaux rares qui se sont distingués, à peine ont-ils commencé à maitriser la langue du pays où ils exerçaient, et réussir leur lobbying, qu’on les appelait pour raison de limite légale de ZABA. Et bien, qu’en est-il après une belle Révolution et une vraie libéralisation du joug de Carthage ? C’est peut-être le moment idéal de faire un vrai inventaire, d’organiser une belle table ronde avec les séniors qui ne sont plus dans l’arène, pour reconstruire la Maison du Tourisme. Sans attendre d’y être invité, je voudrais suggérer quelques vrais changements pour donner à notre pays les moyens de décoller et de rattraper le monde civilisé !

Mille quatre cent personnes se bousculent comme dans une fourmilière entre l’Office et le Ministère. Malgré ce nombre impressionnant, il n’y a plus de hauts cadres formés pour occuper un poste clef comme celui de représentant à l’étranger. Si l’on veut rompre avec le passé et bannir la politique de copinage qui a tant sévi et qui a montré ses limites en résultats, il est grand temps de restructurer le tout. D’abord, l’Office, cette grande bête qui a l’un des plus grands budgets de l’Etat, doit se débarrasser de beaucoup de ses départements. Commençons par la formation, qui ne sait pas que la formation n’a jamais pu satisfaire la demande du secteur tant en qualité qu’en quantité ? Alors nous pouvons imaginer une agence indépendante avec pour tutelle le ministère du Tourisme, il est question de fermer au moins trois des écoles hôtelières existantes, de donner aux trois que l’on garderait une à Djerba, une à Sousse et une à Tabarka, tous les moyens avec un restaurant d’application ouvert au public, un programme conçu par les professionnels qui doivent faire partie du conseil d’administration des écoles. Enfin l’école de Sidi Dhrif, qui n’a pas de référence internationale, pourrait signer un partenariat avec une grande école comme celle de Lausanne pour devenir le label international pour toute l’Afrique et le Moyen Orient. La Direction des investissements devrait se rattacher définitivement au ministère du Tourisme, ainsi que la Direction de l’environnement et celle de la Qualité et du Produit. Le Ministère qui se penchera sur la politique générale du tourisme créera une deuxième agence pour la promotion qui engagera des contractuels tunisiens dans les pays émetteurs et fera de la promotion selon les normes internationales de marketing ! La Direction des ressources humaines, toujours rattachée au Ministère, doit se remettre en question de fond en comble pour réfléchir dans la durée avec des projections sur vingt ans. Une vraie mise à niveau doit être effectuée dans l’Administration et auprès des Commissaires qui ne peuvent pas, avec les moyens qu’ils ont à présent, produire ce que l’on exige d’eux.

 

Enfin, il faut redéfinir la mission du ministère du Tourisme, ou plus exactement redéfinir le pouvoir de ce Ministère. Nous ne pourrons pas prétendre à faire du tourisme sans donner les pouvoirs les plus étendus au ministre qui en sera chargé. Il n’est pas logique de continuer à remplir des fiches de police pour des passagers sur des vols intérieurs ! Il n’est pas normal de prétendre faire du tourisme de masse et de ne pas permettre au ministre en charge du secteur d’agir directement et efficacement sur le transport, qui est le levier principal de toute politique commerciale. Il n’est pas normal d’avoir une mer de plastique et de ne pas pouvoir agir à temps pour la tenir propre constamment. Il est temps de combattre ceux qui s’entêtent dans l’erreur, ceux-là même qui ne voudraient rien entreprendre qui contrarie leurs intérêts personnels. Beaucoup de points restent à clarifier et une vraie réflexion de fond doit avoir lieu avant d’entamer les futures saisons qui pèseront de tout leur  poids sur l’économique et sur le social de notre pays !!!

 

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