Une arme contre les grandes puissances

 

Depuis 2010, on ne parle plus de Wikileaks mais de son créateur, devenu célèbre depuis son arrestation. Aujourd’hui son sort est entre les mains de la justice britannique qui veut à tout prix l’extrader vers la Suède, mais pour d’autres pays comme l’Equateur, Julien Assange reste avant tout un symbole à défendre ou une arme contre les grandes puissances.

 

Julien Assange, le nom a fait le tour de la planète et reste encore aujourd’hui très médiatisé. Du haut du balcon de l’ambassade de l’Equateur à Londres, son discours n’évoque en rien l’homme timide et mystérieux des débuts de Wikileaks caché sous  une longue coupe de cheveux blancs. Julien Assange demeure maître de lui-même appelant à «arrêter la chasse aux sorcières» et érigeant en héro une autre victime des révélations de wikileaks, Bradley Manning, actuellement emprisonné dans les geôles américaines. Ni héros ni méchant, on ne sait plus où placer Julien Assange, ni statuer sur son sort. Est-il vraiment coupable de viol comme l’incrimine la justice suédoise ? Ou alors, est-il juste l’homme à abattre coûte que coûte pour les grandes puissances? La défense de Julien Assange par l’Equateur et d’autres Etats serait-il l’amorce d’une mini guerre froide qui opposerait les puissances traditionnelles contre les pays émergents ? C’est ce qui semble révéler la position de ce pays pourtant peu soucieux de la liberté d’expression, qui a fait de Julien Assange, une mascotte à défendre énergiquement.

 

La curieuse position de l’Equateur

Pourquoi un petit Etat comme l’Equateur a-t-il décidé de prendre la défense de Julien Assange au risque d’une crise diplomatique ? C’est la question que se pose Ana Palacio, ancienne ministre des Affaires étrangères dans une tribune sur le site du Figaro.fr. Elle établit que les défenseurs d’Assange notamment Baltasar Garzon et le président équatorien Rafael Correa basent leur soutien sur le fait que les Etats-Unis auraient interféré dans le procès de Julien Assange. Or rien ne prouve cette interférence si ce n’est l’intérêt évident des Etats-Unis dans l’arrestation de Julien Assange. Comme le souligne la ministre, l’intérêt de l’Equateur n’est certainement pas la liberté d’expression, ce dernier étant peu réputé en la matière, mais la lutte “contre l’impérialisme». En matière de liberté de la presse, il figure en 104è position sur 179 pays selon Reporters sans frontières. «Au-delà des faits à proprement parler de l'affaire Assange, ce cas est significatif parce qu'il incarne l'émergence d'une forme de populisme qui se drape dans l'État de droit tout en sapant invariablement la portée et l'application du droit» déclare la Ministre. D’autant que les poursuites contre le cyberactiviste ont aussi été confirmées par la cour Suprême britannique venant s’ajouter au mandat d’arrêt lancé par l’Union européenne.

 

La loi du silence

Le problème souligné par la Ministre est que l’Union européenne reste silencieuse face à ces ambigüités et ne prend pas la peine de défendre son mandat d’arrêt. La liberté d’expression érigée comme liberté absolue est alors devenue intouchable et embarrasse certainement les Etats membres qui n’osent plus faire passer Julien Assange pour un criminel. Mais le silence le plus assourdissant dans cette affaire est celui des cinq grands journaux qui ont accepté de publier en exclusivité les câbles dans l’affaire Wikileaks : Le Monde, The Guardian, The New York Times, Der Spiegel, et El Pais qui ont aussi joué un rôle dans l’ampleur qu’a prise l’affaire Wikileaks et qui s’en sortent indemnes usant même d’articles pour discréditer le personnage d’Assange. Le silence de certains repose en effet sur le problème du dossier Assange ; comme le souligne certains médias, le zèle de ces Etats à poursuivre un présumé coupable de « sexe par surprise » aux quatre coins du monde semble assez louche. Le dossier comporte de nombreuses zones d’ombre sachant que l’accusatrice de Julien Assange, Ana Vardin n’est pas au-dessus de tout soupçon.

 

Une guerre froide en interne ?

Dès 2010, l’année de son arrestation, l’Equateur avait fait savoir son soutien à Julien Assange donnant comme prétexte le fait que le jugement suédois risquerait de renvoyer le créateur de Wikileaks aux Etat-Unis où il serait jugé pour «espionnage». Deux scénarios géopolitiques sont alors possibles : le premier est que l’Equateur tient à affirmer une certaine position face aux Etats-Unis espérant ainsi rallier à ses côtés d’autres pays d’Amérique du Sud. L’Equateur n’entretient pas des relations sereines avec les Etats-Unis et tient à le faire savoir par tous les moyens et affirme sa tendance «anti-impérialiste». Les autres pays soutenant Julien Assange comme la Bolivie et Cuba ne sont pas non plus connus pour leurs positions pro-américaines. L’autre scénario fort probable est celui de l’arrestation d’Assange dès sa sortie de l’ambassade de l’Equateur où il s’est réfugié. La police britannique faisant le guet jour et nuit, le hacker n’aura pas beaucoup d’options pour s’échapper, sauf s’il se faufile dans un container diplomatique, immunisé contre les fouilles comme le souligne avec humour le journal anglais The Guardian. Dans ce cas ira-t-on vers une crise diplomatique entre les pays qui soutiennent Julien Assange et ceux qui veulent son jugement ? D’un côté comme de l’autre, les Etats semblent vouloir faire régner leur loi en dépit du droit ou du respect de la justice. L’homme aux visages multiples, presque schizophrène comme le décrivait un long portrait du New Yorker en 2010 tiendra-t-il face au choc des titans diplomatiques ? Une chose est certaine, il a l’habitude d’être un réfugié. Au commencement, les révélations sur l’armée américaine sont nées dans un bunker en Islande où Assange trouvait abri avec son équipe. L’homme semble aujourd’hui encore capable de bien de surprises.

Lilia Blaise

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