Et si les municipalités étaient le maillon faible ?

Depuis des semaines, les déchets s’accumulent au grand dam des Tunisiens. Au-delà de l’aspect sanitaire et (accessoirement) esthétique, l’actualité inquiétante pose la question de la chaine de gestion des déchets. Le problème est-il structurel ou conjoncturel ? En résumé, date-t-il d’hier ou est-il dû à l’instabilité postrévolutionnaire ? Et dans tous les cas qui est le responsable ? Eclairage

 

Réuni en conseil ministériel le 24 juillet dernier, le gouvernement a fait le bilan de la «campagne nationale d’envergure» organisée du 13 au 15 juillet dans les différentes régions du pays. Selon les sources officielles, le volume des déchets ménagers collectés est estimé à 27.000 tonnes, alors que les quantités des déchets de construction ramassés s’élèvent à 72.000 m3. Voilà des mois que les Tunisiens sont «envahis» par leurs ordures, autrefois «absentes» de leurs paysages. Pollution du sol, de l’air et peut-être même de l’eau, leurs accumulations sont à l’origine de nombreuses craintes sanitaires. C’est dans ce contexte, un contexte de l’intrusion de la «gestion des déchets» dans l’actualité, que l’Association tunisienne des changements climatiques et du développement durable (2C2D) en partenariat avec Alternatives a organisé une rencontre portant sur cette thématique. «Les ordures sont l’arbre qui cache la forêt. Les problèmes de l’environnement ne se limitent pas à cela. Ils  sont bien plus graves que cela», a expliqué en introduction Mounir Majdoub,  le président d’Alternatives. De fait, c’est au fur et à mesure des discussions que l’on mesure l’ampleur de ce dossier et ses conséquences sur notre vie quotidienne.

 

Focus sur les municipalités

En Tunisie, la chaine des déchets est composée de trois maillons principaux : le citoyen «producteur», la municipalité «collectrice» et l’Agence nationale de gestion des déchets (AnGed).  «La gestion des déchets est un service environnemental de proximité. La municipalité est la partie prenante en matière d’action de proximité. Mais qu’est-il arrivé de l’indépendance à nos jours ? Le pouvoir local a été détruit, vidé de sa substance en faveur du pouvoir central», a expliqué l’expert environnemental, Samir Meddeb. Ces pratiques ont même eu un pendant constitutionnel. Ainsi, dans la constitution de 1959, il était fait mention de gérer les «affaires locales», le terme de «pouvoir local» ne figurait pas dans le texte. Les municipalités ont été également affaiblies sur le plan financier, or, la collecte des déchets requiert des moyens, ce dont elles manquent cruellement. Même la taxe pourtant destinée (officiellement) aux collectes des déchets (communément appelée «Zebla wa Kharouba») est en réalité une taxe municipale foncière et ne couvre pas les dépenses engagées. Conséquences ? Pour gérer ce service, les municipalités sont obligées de contracter des crédits. Aujourd’hui, leurs dettes sont énormes. Pour y remédier dans l’urgence, le gouvernement a décidé d’apporter «un soutien financier exceptionnel» à certaines d’entre elles afin de leur permettre de fournir et d’entretenir les équipements de voirie.

 

Et le reste ?

Mais la municipalité, bien qu’elle endosse la majeure partie de ce service, n’est pas le seul maillon de la chaine. L’AnGed également y participe activement. «La gestion des déchets avait des problèmes depuis longtemps. Quand il y avait accumulation, le gouverneur réunissait l’ensemble des responsables et instruction était donnée de lancer une intervention. Mais ces campagnes étaient le signe d’un échec, car elles étaient la preuve que le système ne marchait pas. La révolution a dévoilé ce problème d’autant plus qu’il existe aujourd’hui un relâchement au niveau des commandements», a estimé Omar Zouari, un ingénieur de l’AnGed pour qui «le grand malheur est que chacun travaille sans avoir de vision macro». Quant aux Tunisiens ? Après la révolution, ils ont été nombreux à investir les rues pour participer à des opérations de propreté… puis le désengagement a suivi. «La gestion des  déchets, c’est l’affaire des institutions et du citoyen. Avant le 14 janvier, cela fonctionnait sans être ancré. Le citoyen a été exclu de la partie. Résultat ? Aujourd’hui, on se trouve dans une situation d’amalgame terrible où chacun ne se considère pas comme partie prenante, d’où la démission générale», a conclu Samir Meddeb.

A.T

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