Une guerre sans nom

Rien ne semble arrêter l’enlisement de la Syrie dans la guerre civile. Chaque jour amène son lot de drames pour les civils syriens.

 

Dimanche dernier a été encore sanglant. Des combats très intenses, les plus violents depuis le début de cette guerre, ont eu lieu dans la banlieue de Damas et à Deraa. Ils ont fait selon les premières estimations au moins 55 morts. Des témoins, opposants au régime, parlent de tirs dans tous les sens à Deraa, et ce pour empêcher les habitants de la quitter.

72 heures auparavant, des affrontements meurtriers ont eu lieu à Treimsa entre l’armée et les insurgés. Pour la Croix rouge, il s’agit d’un «conflit armé intérieur» qui aurait fait pas moins de 150 morts. L’opposition dénonce un pur massacre. Pour d’autres témoins, il s’agit d’attaques ciblées visant des rebelles. Malgré les suspicions des observateurs qui enquêtent à Treimsa, le gouvernement nie le massacre et déclare avoir saisi plusieurs armes détenues par «ceux qui ne croient pas au processus de négociations et de la paix».

 

Une composante djihadiste prend place au sein de l’armée libre

Un conflit meurtrier s’est, sans conteste, installé entre groupes armés et armée régulière et ce qui inquiète le plus et complique d’avantage la situation selon des spécialistes syriens, c’est la composante «djihadiste» qui a pris place au sein de l’armée syrienne libre. On assiste ainsi, a une «guerre de tous contre tous». Les opposants se livrent à des attaques qui gagnent les grandes villes voire même Damas. Cette composante «djihadiste» a également mis le feu aux poudres et a confessionnalisé le conflit en ralliant les minorités ; en plus des Alaouites dont est issue la famille d’Assad, les Chrétiens, les Druzes et aussi les Kurdes (Sunnites) au régime. Cette donne ne manquera pas d’éloigner la perspective d’un règlement politique.

 Alors que pour bon nombre d’observateurs une guerre civile ronge le pays, le président français appelle à «une solution politique» en multipliant les pressions pour éviter la guerre civile. Pourquoi une telle pudeur sémantique ? Est-ce pour éviter d’intervenir militairement ? Certes, le conflit syrien est loin d’être comparable à celui de la Libye pour être bien plus lourd d’implications géopolitiques et ne peut aucunement être contenu géographiquement.

 

Un projet de résolution  timide

Somme toute, le projet de résolution du conseil de sécurité menace le gouvernement de Damas de sévères sanctions diplomatiques et économiques s’il n’interrompait pas les mouvements des troupes dans les villes et ne cessait pas d’y utiliser des armes lourdes.

 De crainte de voir les Russes et les Chinois, qui défendent la position syrienne, s’opposer à cette résolution, le texte onusien  stipule que seulement des sanctions prévues par l’article 41 de la charte de l’ONU seraient prises à l’encontre du régime syrien. Ce qui exclut toute intervention militaire. Des diplomates laissent entendre en privé que si la résolution stipulait l’emploi de la force «on serait bien embêté !» L’option militaire est évoquée comme simple rhétorique pour calmer des indignations

D’ailleurs, le Secrétaire  général de l’ONU a recommandé de réduire le nombre de  casques bleus à 300, qui plus est non armés.

Annan de son côté appelle les membres du conseil de sécurité à «exercer une pression commune et continue sur les deux parties syriennes avec des sanctions claires au cas de non respect. Il s’agit là d’une menace qui s’adresse tout autant au régime qu’à l’opposition armée.

 

La Syrie, un enjeu géostratégique

Un décryptage de ces diverses positions et déclarations amènent des analystes à se demander si la Syrie ne serait-elle pas devenue « un terrain de jeu des grands».  Autrement dit, ne s’agit-il pas d’une nouvelle guerre froide entre Moscou et Washington? 

D’ailleurs, des agents de la CIA  seraient en mission au sud de la Turquie et se chargeraient de distribuer de l’aide militaire accordée par le Qatar et l’Arabie Saoudite aux rebelles Syriens. Ils mettraient également entre les mains de l’armée libre des photos satellites lui permettant de localiser les déploiements de l’armée syrienne.

Aussi, les Occidentaux ne haussent pas le ton face au Russes, la réunion du groupe d’action sur la Syrie le 30 juin dernier à Genève a débouché sur la seule perspective d’inclure dans le futur gouvernement Syrien quelques opposants sans évoquer  le départ de Bachar al-Assad. Déception voire stupéfaction au sein de l’opposition. Une volte face occidentale ? Les analystes l’imputent à un deal entre Obama et Poutine : hors de question pour les Américains de se lancer dans une intervention armée à la veille d’une campagne électorale ; il y aurait également un compromis sur le nucléaire iranien et les impératifs du retrait de troupes américaines d’Afghanistan. En attendant, la Syrie s’enfonce chaque jour davantage dans l’enfer de la guerre civile.

Emna Soula

 

Elections en Libye 

Jibril, l’énigmatique, en tête des résultats

 

Bien que les résultats définitifs tardent encore à être annoncés, Mahmoud Jibril, à la tête de l’Alliance des forces nationales (AFN), regroupant une soixantaine de partis libéraux et nationalistes, devance les islamistes : il obtient 60% des sièges réservés aux partis politiques sur les 200 députés   à élire. Un haut responsable libyen de Tripoli contacté par «Réalités» déclare que sur les 96% des résultats définitifs des élections libyennes, les islamistes réunis au sein du parti de la justice et de la construction (alliés aux frères musulmans d’Egypte) n’obtiennent que 15 à 20% des 80 sièges.

Il est vrai que Jibril appartient à une puissante tribu des Warfalla (estimée à près d’un million de membres) ; mais pour Abdelghani Erwed, ce sont les jeunes qui ont participé et porté Jibril à ce succès. Le peuple libyen, certes profondément musulman mais pas fanatique,  poursuit-il, aspire au progrès, au développement, à la construction de véritables institutions qui répondent aux exigences du marché et de la modernité. In fine, ce peuple veut reconstruire le pays sur des bases solides pour relancer les investissements et la croissance. Les jeunes, nous dit le responsable libyen, ne peuvent être attirés par des islamistes sous influence étrangère.

 

E.S

 

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