Tout va bien madame la marquise

 Par Zouhair Ben Jemaa

Tout va bien madame la marquise, tout va bien, tout va très bien ! Cette belle chanson des années 30 pourrait, que dis-je, devrait ressortir en tube cet été qui s’annonce caniculaire et qui promet !!! Le nombre de Britanniques visitant notre pays a augmenté de 20%, n’est-ce pas là une excellente ­­nouvelle pour l’industrie touristique qui a tant souffert, et la preuve que les Tunisiens de Hammamet sont si heureux de la nouvelle, serait-elle qu’ils n’ont pas jugé nécessaire de collecter les ordures des hôtels qui accueillent ces nouveaux venus, et ce depuis trois jours ? Il n’y a pas un lit de libre à Mahdia, n’est-ce pas une aubaine ? Et pour fêter l’évènement en fin de semaine dernière, il n’y avait pas une goutte d’eau dans les 5 étoiles de ces établissements qui affichaient complet et n’est-ce pas une preuve de bonne santé du secteur qui rapporte tant aux caisses de l’Etat ? La ville de Jendouba sans même l’eau potable, alors que toutes nos réserves passent par cette région qui se passerait bien de cette nouvelle déconvenue ? Eh bien c’est très simple, d’un côté on accuse Ennahdha de tous les maux qui nous tombent sur la tête, et de l’autre, on parle de sabotage pour la Révolution, sinon tout va à merveille ! Notre tissu industriel est déchiré de part en part, et l’on continue à répéter le même refrain, tout va à merveille. C’est ce qu’on appelle une dérobade, ou selon d’autres, de la mauvaise foi. Le chômage ne s’arrange pas, le coût du travail augmente proportionnellement à la baisse du rendement, la formation professionnelle s’éloigne de la rive jusqu’à devenir invisible, les caisses se vident, les dettes s’accumulent, les exigences des régions n’arrêtent pas… Et l’on continue à claironner que nous sommes un modèle de réussite, eh bien le jour du réveil, convenons-en, sera très dur. Nous ne nous en prendrons qu’à nous-mêmes. Nous avons cru un moment que la diarrhée verbale allait s’éclipser pour laisser place à la prise de conscience et à la reprise sérieuse du travail, eh bien non, on continue à carburer à l’agressivité, à l’insulte, aucun consensus, tout est contraire à ce que devrait être une période transitoire, dommage que le ridicule ne tue pas ! Pour tous ceux qui ont la mémoire courte, qu’ils demandent à ZABA de leur rappeler la fameuse journée d’un certain mois de juin où tout Tunis était dans le noir. Mahdia, qui vit pendant dix mois de l’année avec trente mille habitants, a toujours souffert les mois de juillet et août avec les cent vingt mille visiteurs supplémentaires qui se ruent vers sa belle côte. En fait, on peut tout juste imputer les problèmes à une mauvaise prévision qui, somme toute, ne peut être résolue qu’avec de lourds investissements qui nous donneraient plus d’énergie que nos besoins en eau et en électricité. Et ces investissements ne pourront venir que de moyens privés ou publics, mais les conditions présentes ne sont hélas pas favorables. Le Tunisien n’a que ce qu’il mérite ! Tant qu’il n’a pas nettoyé devant sa porte, tant qu’il n’a pas lâché sur son égo et son indiscipline, le Tunisien ne doit s’attendre qu’à récolter ce que chacun de nous a semé depuis un certain 14 janvier. La liberté, la dignité ne peuvent pas se décréter, mais s’obtiennent à la sueur du front, avec le civisme, la solidarité, l’amour de la patrie. Si on était responsable, on aurait annulé un mouvement de grève chez les éboueurs de Hammamet par temps de canicule, de coupure de courant et d’eau. Cela aurait été salué par toute la population ! Les solutions extrêmes n’ont jamais donné de réponses, et pourtant, nous versons dans l’extrême. L’opposition qui se déchire, les ventilos de la presse qui brassent toujours plus d’air, le Tunisien lambda qui ne comprend plus rien, et la société civile qui, par manque de moyens, est désemparée, incapable qu’elle est de montrer le chemin à suivre. Devant cette montagne de problèmes, l’arsenal de tout gouvernement est bien mince, la seule issue qui vaille est entre les mains des Tunisiens eux-mêmes. Se remettre au travail dans chaque secteur avec des animateurs aussi propres que compétents, définir la stratégie, en délimiter les délais et foncer têtes devant, en laissant les ambitions personnelles et les privilèges pour plus tard, quand les choses iront réellement bien, alors là, le valet de madame la marquise se remettra à ne donner que de bonnes nouvelles !

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