Soigner le système de santé

Depuis février 2012 on parle sans arrêt de médicaments manquants, particulièrement de ceux destinés aux maladies chroniques. En réalité, le problème n’est pas nouveau, il a toujours existé dans le système de santé.

 

Actuellement en Tunisie, il est pratiquement impossible qu’un malade ne puisse trouver le médicament qu’il lui faut. Même s’il ne peut se le procurer, il aura toujours un substitut, à condition qu’il ait les moyens de l’acheter. 

 

Les raisons d’une pénurie

Il y a  quelques perturbations dans le marché du médicament. Elles sont liées au fait que nos amis libyens viennent, encore plus nombreux que d’habitude, s’approvisionner chez nous et au fait que des grèves ont eu lieu dans l’industrie pharmaceutique tunisienne, ce qui a retardé la production. Des grèves ont également eu lieu au niveau des ports où la matière première n’a pu être déchargée à temps. On se souvient également que l’importation de certains médicaments a été interdite car les laboratoires qui les fabriquent appartiennent à des Israéliens ! Ajoutons à tout cela que, vu que les médicaments sont relativement bon marché en Tunisie, que le trafic de ces produits vers des pays voisins a toujours existé et s’est quelque peu «amélioré» après le 14 janvier. 

Que ce soit dans le secteur privé ou public, les patients ayant des maladies chroniques sont examinés par leurs médecins en moyenne une fois tous les trois ou six mois. C’est à ce moment que le médecin traitant leur prescrit un traitement qui durera jusqu’à la prochaine consultation. Dans le privé, le malade, surtout s’il a une prise en charge, achète immédiatement la totalité de son traitement. Les pharmacies privées ont leurs stocks et peuvent honorer toutes ces ordonnances. 

 

Hôpitaux : à la recherche désespérement des médicaments 

Dans le secteur public, c’est une autre paire de manches. Les malades sont obligés de se présenter une fois tous les 15 jours à l’hôpital ou au dispensaire local pour récupérer leur traitement. Et c’est là que les problèmes commencent. Même si le malade a consulté dans le service le plus pointu du plus grand CHU de Tunis ou d’une autre grande ville, c’est au dispensaire le plus proche de son domicile qu’il devra aller chercher son traitement. Il y a de très fortes chances pour que ce dernier ne soit pas disponible et qu’il faille attendre qu’on fasse «un bon d’urgence», qui mettra quand même quelques jours pour être honoré. Entre temps le malade patiente sans médicament ! En général, on lui demandera, gentiment, de se «dépanner» en se procurant une partie de son traitement dans une pharmacie privée. Cela marche pour certains malades qui en ont les moyens, mais pas pour tout le monde et la réponse est souvent violente, parfois musclée. On rappelle que les dispensaires, ou centres de soins de première ligne, ont, entre autres, pour mission, de servir toutes les ordonnances à condition que le malade soit géographiquement dépendant de la localité où se trouve le centre.

Ces dispensaires passent leurs commandes une fois par mois, hormis pour les cas urgents. Chaque dispensaire est rattaché à une pharmacie d’un hôpital ou d’un groupement de soins de santé de base (un ensemble de centres de première ligne ayant la même administration). La commande se fait selon une nomenclature spéciale «centre de première ligne», qui est totalement différente de celle des hôpitaux régionaux ou des E.P.S. (établissement publics de santé), les anciens CHU. Mais les malades des E.P.S. doivent aller chercher leur traitement dans les dispensaires, où ils ne devraient pas exister ! Ce qui est aberrant, mais cela a fonctionné toujours ainsi et depuis très longtemps !

Autre particularité du système public, puisque la commande de médicaments est livrée au début de chaque mois, il y a une forte probabilité pour que le patient qui se présente le 23 du mois se voit obligé d’attendre la nouvelle commande, tout comme celui qui veut récupérer son traitement de la seconde quinzaine, il devra attendre également le mois suivant en raison de l’épuisement du stock. Résultats des courses, les malades sont furieux, les altercations avec les agents de la pharmacie du dispensaire sont fréquentes, ils sont souvent accusés de donner les médicaments à «leurs connaissances», etc.

Plus dangereux encore, le malade ne prend son traitement qu’une fois sur deux, il est mal équilibré et lors de consultation suivante, le médecin traitant reste perplexe quant à l’efficacité du traitement. Les malades ont des difficultés à avouer le manque de moyens pour acheter les médicaments manquants au dispensaire. 

Il est vrai qu’il y a quelques années, des efforts ont été déployés pour assurer la disponibilité des traitements des maladies chroniques dans les dispensaires. Ce n’est plus le cas actuellement. Tant que le système de distribution de médicaments ne change pas, tant que les malades ne reçoivent pas la totalité de leur traitement dans l’institution où ils ont consulté, il y aura toujours des problèmes de disponibilité de médicaments.

Samira Rekik

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