Etablissements pénitentiaires : un bilan accablant

Deux rapports, un scandale. Depuis quelques jours, l’attention de l’opinion publique et de la sphère politique marocaine est focalisée sur les prisons. Une fois de plus sont décriées les conditions de détention déplorables comme les trafics en tout genre. Compte rendu

 

“Cette grève de la faim est une protestation contre les conditions de détention de Mouad (ndlr : Belghouat) à la prison Oukacha de Casablanca, qui sont pour le moins scandaleuses”, a déclaré à l’AFP, son amie Maria Karim. Condamné à un an de prison ferme pour outrage à la police, le rappeur marocain a entamé une grève de la faim en guise de protestation. L’actualité liée à l’une des icones du mouvement du 20 février intervient au «moment propice». Les Marocains ont les yeux rivés sur leurs prisons que deux rapports sortis quasi concomitamment décrivent comme des «no laws land».

 

Deux rapports, un constat

Le jeudi 5 juillet, l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH), en partenariat avec l’Ambassade Suisse, a présenté un rapport portant sur «la situation des migrants subsahariens dans les prisons au Maroc». Le travail qui  a porté sur un panel de 90 détenus subsahariens (sur les 400 présents) dans les prisons marocaines a été effectué par une équipe d’experts et d’avocats. Tous se sont rendus dans six prisons représentatives des différentes régions du Maroc afin de recueillir les informations auprès des migrants subsahariens incarcérés et des directeurs et fonctionnaires de l’administration pénitentiaire. Intimidation, viol, drogue ou encore conditions d’hygiène, le bilan dressé est affligeant… Et les exemples ne manquent pas. Selon le rapport, les migrants bénéficient d’un savon de moins de 250 g/mois. Ils n’ont ni brosses à dents, ni dentifrice. Le shampoing est considéré comme un luxe. Cependant,  les détenus subsahariens souffrent le plus de  solitude. Loin de leur pays d’origine, issus de milieux défavorisés, ils n’ont aucun contact avec l’extérieur. L’étude révèle ainsi que plus de 30% des interviewés affirment n’avoir reçu aucune visite. Seules les religieuses se rendent de temps à autre dans les prisons. Il n’en est pas de même en ce qui concerne leur représentation diplomatique. Le rapport est catégorique…Les consulats établissent malheureusement très peu le contact avec leurs ressortissants. Isolement à l’extérieur comme à l’intérieur : les détenus ne maitrisent pas la langue arabe, la communication est réduite au minimum.

 

Le cas de la prison d’Oukacha

Le rapport de l’OMDH n’est pas isolé. Le 24 mai dernier, un groupe de douze parlementaires a été autorisé—une première du genre depuis 2009— à se rendre dans la célèbre prison d’Oukacha située à Casablanca. Là encore, le rapport rendu est plutôt accablant. Il pointe les conditions déplorables d’incarcération. La prison dont la capacité d’accueil ne dépasse pas 5.800 détenus souffre de surpopulation avec un total de 7.572 prisonniers. De fait, chaque prisonnier dispose d’une superficie de 1,2 mètre carré, tandis que les normes internationales en la matière avancent un minimum de 9 mètres carrés pour chaque détenu. Dans le même temps, le rapport souligne «l’implication de certains responsables dans de multiples trafics (notamment de cigarette et de drogue)». Toujours selon les parlementaires, la prison d’Oukacha disposerait d’un quartier de détention baptisé “Abou Dhabi”… uniquement réservé aux prisonniers aisés. La commission a enfin relevé la faiblesse des ressources humaines employées dans la prison (517 employés) tout comme leur manque de formation. Les rapports rendus, la question des conditions de détention dans les établissements pénitentiaires a pris une tournure politique…L’opposition, notamment socialiste, a demandé au nouveau gouvernement d’y remédier d’urgence. Le débat national est à présent lancé.

A.T

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