La nuit des étoiles à Haouaria

Puisque la mode est aux néologismes : agro … éco … géo … tourisme, ajoutons-en un autre : l’astrotourisme. Mais, sincèrement, depuis combien de temps, n’avez-vous pas levé la tête pour regarder un ciel étoilé ? Sauriez-vous encore retrouver l’étoile polaire ? Vous avez «perdu le Nord» ? Nous vous proposons de le retrouver au cours d’une soirée agréable, dans un lieu inhabituel.

 

Où et quand ?

Pour bien observer un ciel nocturne, il faut s’éloigner des villes brillamment éclairées. Tant pis pour le gaspillage d’énergie électrique que les contribuables paient de plus en plus cher ! Il faut aussi choisir un endroit d’où l’on peut voir tout l’horizon : le sommet d’une colline isolée, par exemple. Nous vous proposons le sommet du Jebel El Abiadh qui domine le Cap Bon et le bourg d’El Haouaria ! Une route goudronnée y mène et il n’y a aucune lumière parasite.

Evidemment, nous irons nous y installer lors de la prochaine nouvelle lune. Celle du vendredi 20 juillet. Le week-end suivant sera parfait : un minuscule croissant de lune apparaîtra à l’horizon durant quelques minutes seulement dans la    soirée du samedi 21.La lyre

 Mais ce sera les premiers jours du mois de Ramadan ! Cela ne sera absolument pas gênant. Même si  le premier jour commence le samedi 21 à la tombée de la nuit, ce sera parfait. Le samedi, on peut  aller, par exemple, à la plage d’El Haouaria, faire une promenade dans la colline voisine pour aller  visiter le fort punique bâti au sommet ou les soubassements du temple carthaginois dédié à Ashtart  situé sur un promontoire rocheux, au ras des flots. Ce sont les seuls bâtiments de ce type visibles en  Tunisie. Ensuite, si on a le courage d’emporter, dans un petit sac à dos, un maillot de bain et une serviette, pour ceux qui auront de la chance : un peu d’eau et un sandwich, ainsi que des palmes éventuellement, un tuba et un masque, le tout pesant moins de 5 kilogrammes, on découvrira que le fjord de Ras Dreck est un endroit merveilleux pour se baigner. La falaise, au Sud, projette son ombre sur le bord. Les rochers plats, lisses et chauds permettent de s’étendre très agréablement. Enfin, l’eau, toujours calme, est fraîche et merveilleusement claire : on voit le fond jusqu’à 20 mètres de profondeur ! On y découvrait, naguère, des débris d’amphores : vestiges de naufrages antiques et même quelques ancres romaines. Quand le vent du Nord se lève, les bateaux, ancrés là, doivent partir immédiatement. Les ancres ne tiennent pas sur le fond rocheux et le vent pousse vers la falaise !

On passe une journée merveilleuse entre ciel, mer et rochers avec pour seule compagnie les oiseaux de mer, parfois criards. A la fin de la journée, on peut aller dîner dans les guinguettes, très agréables, sur la plage ou dans les restaurants du bourg.

Lion

La nuit des étoiles

La route conduit, avons-nous écrit, jusqu’au sommet du Jebel Abiadh. Nous avons prévu pour passer la soirée : le «berrèd», un paquet de thé, un peu de sucre, quelques petits verres et quelques bouteilles d’eau. Pour les enfants des jus de fruits naturels : essayez les jus de pastèque et de melon plutôt que les boissons gazéifiées, «chimiques» et trop sucrées. On emporte un vieux journal, un tout petit peu d’huile, même de vidange et 2 kilogrammes de charbon pour faire du feu. Tout cela tient dans 2 petits paniers. Ensuite, on va s’installer un peu à l’écart des bâtiments, vers la droite et au pied d’une petite falaise qui protègera le foyer du vent.

Il ne reste plus qu’à «réviser» les cours de cosmographie. D’abord, retrouver la «grande Ourse» ou «casserole». Les deux roues arrières indiqueront l’étoile polaire. Et tout de suite, plein Sud, une énorme étoile : Antarès du Scorpion ! Qui est né en novembre ? Voilà ses étoiles ! Le diamètre d’Antarès est estimé à 400 fois celui du soleil ! La trajectoire annuelle de la terre y tiendrait ! Juste en face, au Nord, une autre étoile très brillante : Capella du Cocher. Maintenant, dans la voie lactée : le Cygne avec Deneb à l’avant. Deneb c’est un nom arabe comme Al Taïr de l’Aigle, à gauche du Cygne et à côté, le Dauphin.

A droite du Cygne, Vega de la Lyre brille beaucoup comme Arcturus du Bouvier, la 6ème des étoiles.

Et puis, on peut aller se promener dans la mythologie. Un peu au-dessus de l’étoile polaire, on découvre le «W» de Cassiopée où brille Schedir. Encore un nom arabe ! Cassiopée est une reine légendaire, mère d’Andromède dont la constellation est juste à côté de Cassiopée. Pour avoir défié les Nereïdes, Poséidon, le dieu de la mer, a envoyé à cette princesse un monstre marin pour la dévorer. Le prince Persée, à gauche d’Andromède, monté sur son cheval ailé Pégase, le carré d’étoile à droite, est venu la sauver.

Et puis, on peut chercher le long de l’écliptique – Qu’est ce que c’est ? – les constellations du zodiaque. Qui est né en Octobre ? Voilà le «carré» de la Balance, voilà le «zigzag» du Sagittaire des gens nés en décembre, on voit même le grand triangle du Capricorne des natifs de janvier. De l’autre côté, vers l’Ouest, on découvre le «Y» de la Vierge et le «rectangle» du Lion.

On peut encore, pour occuper les enfants, et les empêcher de s’éloigner, leur demander : «Quelle différence y a-t-il entre une planète et une étoile ? Citez dans l’ordre le nom des planètes du Système Solaire, de la plus proche du Soleil à la plus lointaine ? D’après vous quelles sont les distances Terre / Lune et Terre / Soleil ? Quelle est la température à la surface des étoiles blanches de la Grande Ourse, jaunes de la polaire ou rouges ? Peut-être des millions de degrés !».

On pourrait aussi leur demander d’essayer de retrouver la racine arabe du nom des étoiles : les «yeux» du Taureau s’appellent Aldébaran et Elaïn. Celles du «manche de la Casserole» s’appellent : Al Kaïd, Mizar, Alioth. Les étoiles du Cocher sont Meukaliman et Hassaleh, dans la tête du lion : Ras Elased, Adhafera, Algieba, etc. …

En bas, dirons-nous, il y aura des prix, des récompenses pour ceux qui auront fourni les bonnes réponses. Et puis, un peu plus tard, semblant venir du capricorne, des essaims d’étoiles filantes, rayeront le ciel.

Après avoir constaté que tout le ciel a tourné en sens inverse des aiguilles d’une montre, on leur dira comment connaître l’heure la nuit. Si le ciel «tourne» de 360° en 24 heures, il se déplace de 15° par heure. Sachant qu’il fait nuit à 20H30, on prend un repère et une heure après le ciel a tourné de 15° : la largeur d’un «petit doigt».

Pendant que le pinceau de lumière du phare du cap Bon tourne et se perd dans l’obscurité à nos pieds, il y’a bien des choses à découvrir dans la nuit pour des citadins. Comment retrouver son chemin dans l’obscurité ? On se couche par terre et on regarde les repères : arbre ou maison se découper sur l’horizon. Où sont ces oiseaux de mer qui crient au-dessus de nos têtes ? On ne les voit que les soirs de pleine lune quand ils se découpent sur les nuages éclairés par la lune.

Connaissez-vous la vie de la nuit ? Les gerboises semblent danser. Les chauves-souris qui vous frôlent, se guident «au radar» : elles ne vous toucheront pas. Ce cri désespéré, c’est le seul et le dernier que poussera un lièvre capturé par … une renarde glapit doucement pour appeler ses petits et fait s’envoler à grand bruit quelques perdrix cachés dans les buissons.

Enfin, la brise fraîche de la nuit indiquera qu’il est temps d’aller se coucher, à El Haouaria ou à Kélibia, par exemple ou encore au gîte rural appelé «Dar Ben Abdallah» qui ne sont qu’à 20 kilomètres et … la journée du dimanche sera consacrée à d’autres plaisirs.

Alix Martin

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