En attendant Babylon

 

Il y a tout juste quelques jours de cela, Babylon film réalisé par les trois jeunes cinéastes Alaeddine Slim, Ismail Louati et Youssef Chebbi raflait le Grand prix de la compétition internationale du festival international de cinéma FIDmarseille 2012.

 

Les échos parvenus à Tunis depuis la rive nord de la Méditerranée sont laudateurs… Hichem Fallah, coordinateur général du Festival International de Documentaire à Agadir a qualifié le film d’objet filmé non identifié. Il dit être sidéré par sa forme poétique qui propose «une alternative cinématographique radicale au traitement télévisuel des révolutions arabes». De son côté, le critique de cinéma Tahar Chikhaoui a vu dans le film une leçon d’humilité qui découle d’une nécessité morale : se mettre au service des êtres, des choses, du temps, du lieu, bref du monde. Chikhaoui évoque aussi cette capacité qu’ont eu les réalisateurs à choisir «l’image première, la toute première, j’entends celle qui advient en premier, proche justement de l’ombre, attenant aux êtres, celle qui précède sa signification… Il fallait nécessairement, dans cet élan vers l’essentiel des êtres, laisser remonter, comme tout seul, le méta-récit, celui des êtres premiers. Babylon justement. Justement intitulé.». The Hollywood Reporter a pour sa part, considéré le film d’un intérêt significatif pour «ses audacieux aspects esthétiques et philosophiques et pour sa valeur inestimable évidente en tant que document historique».

Mais de quoi traite donc Babylon, ce film attendu pour la rentrée prochaine dans nos salles de cinéma ? Les trois réalisateurs Alaeddine Slim, Ismail Louati et Youssef Chebbi disent avoir souhaité poser leurs regards sur un fragment de Tunisie qui vivait un moment différent, un événement autre du reste du pays : les camps de réfugiés nés de la révolution Libyenne. Et de continuer : «nous avons préféré interroger l’ailleurs qui était en nous. Le monde qui était en gestation à l’intérieur même de ces bouleversements qui intéressaient la planète entière et que la planète entière regardait se faire. Nous sommes donc allés passer trois semaines dans ce monde et avons filmé Babylon».

Il est aussi intéressant de signaler l’approche décalée qui a été adoptée par nos trois réalisateurs qui parlent en fait d’une «proposition aux antipodes de l’imagerie médiatique» et qui s’interrogent sur le sens du cinéma «s’il n’invente pas l’inconnu».

Les réalisateurs évoquent aussi un exil filmique. Un exil qui leur a permis de s’imprégner de ce monde évanescent : «nous avons laissé ce monde nous pénétrer, couler lentement dans nos images, car le sentiment était prégnant que ce qui était en cours de s’y vivre était le concentré d’émotions, de mécanismes et d’histoires, de ce qui se passait à échelle plus globale. L’effervescence que le monde était en train de vivre était là : le chaos, le mouvement, les senteurs, les variations. Ce n’était plus un événement plutôt homogène sur-filmé, c’était une explosion de vie tout à fait singulière et tragique, que nous étions en train de filmer».

Le cinéaste Hichem Ben Ammar, quant à lui, nous propose une lecture différente. En effet, il a vu dans Babylon un «témoignage qui relate l’une des tragédies de notre temps et qui suscite l’intérêt, car il explore des territoires purement cinématographiques avec une écriture tournée vers l’expérimentation qui se base sur le doute, assume la fragilité, l’ignorance, l’incomplétude». Et de poursuivre : «sa force vient de la confiance qu’il place en la capacité de l’humain à résister et à survivre dans le chaos. Là encore, une référence au mythe de Babel impose ce film non comme un simple document à valeur archivistique mais comme une œuvre au sens fort du terme porteuse d’une vision sur le cinéma et sur un monde sans cesse menacé».

En attendant la projection de Babylon en Tunisie ; Alaeddine Slim, Ismail Louati et Youssef Chebbi auront créé avec leur couronnement un espoir. L’espoir d’un cinéma novateur, qui interpelle l’humain et qui incite à porter un regard différent sur nous et sur l’autre. Il est à rappeler que Babylon récipiendaire du grand prix du FID Marseille 2012 n’a bénéficié d’aucune aide et a été totalement financé par Exit production.

CBM

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