Moncef Marzouki ne veut pas rembourser la dette

 

Moncef Marzouki a réclamé, devant le premier créancier de la Tunisie, la France, un audit des dettes contractées par l’ancien régime. Selon lui, ces dettes ont servi la dictature de Ben Ali. 

 

L’une des raisons pour lesquelles le président provisoire a voulu limoger le Gouverneur de la Banque centrale, M. Kamel Nabli, serait que ce dernier aurait refusé de soumettre la dette tunisienne à un audit. Refusant de payer sa dette, la Tunisie aurait, selon lui une mauvaise réputation internationale, notamment auprès des créanciers et cela pourrait les dissuader de s’engager avec elle dans de nouveaux crédits. Par ailleurs, le président de la République a reporté la signature de deux projets de loi relatifs à l’amendement de la convention de création du Fonds monétaire international (FMI) et à l’augmentation de la contribution de la République tunisienne au Fonds (258 700 millions de dinars de droits de tirage spéciaux) en attendant l’étude du projet de loi sur l’audit de la dette. L’audit concernera les dettes contractées notamment auprès du Fonds monétaire international. M. Ahmed Ouerfelli, conseiller du président de la République, a signalé qu’outre le fait de montrer que la dette contractée par Ben Ali était odieuse, que «le projet de loi permettra à notre pays de planifier une politique nationale cohérente et exigeante sur les fonds empruntés et leur impact sur le budget de l’Etat .» Ahmed Ouerfelli a déclaré que cet audit ne signifie pas forcément la demande d’annulation de ces dettes odieuses, mais une nouvelle évaluation et réorientation de la politique d’emprunt du pays.

Rappelons que la société civile tunisienne, à travers l’association RAID ATTAC, a lancé une campagne au lendemain de la chute de Ben Ali pour exiger la suspension, l’audit et l’annulation de la part odieuse de la dette tunisienne. En Europe, un appel a été lancé en 2011 par le des eurodéputées en faveur d’un moratoire et d’un audit des créances envers la Tunisie. Cet appel a été signé par plus de 120 parlementaires en Europe. Mais si l’Etat tunisien ne demande pas par lui-même un audit de la dette tunisienne, rien ne peut se faire. Certains économistes tunisiens confortent la demande du président et estiment que ces dettes ont servi l’ancien régime à des fins personnelles et que le peuple n’en a aucunement profité.

Après la Révolution, au lieu de réaliser ses objectifs, soit l’emploi, la dignité et l’équilibre régional, la Tunisie était contrainte d’honorer ses engagements avec ses créanciers, malgré une situation économique et sociale critique qui peine à s’améliorer à cause de la conjoncture. Face à cette situation, il est urgent de suspendre le remboursement de cette dette et de mettre en place un audit qui permettra de comprendre les circonstances de contraction de ces prêts, leur utilisation, d’identifier la responsabilité de chacun et finalement de déterminer la part odieuse et illégitime. Le projet de loi propose la constitution d’une commission indépendante composée d’experts internationaux. Ces experts auront pour mission d’évaluer les emprunts contractés par la Tunisie depuis 1987, soit durant le régime Ben Ali. Quant aux réactions des pays créanciers de la Tunisie, l’Allemagne a décidé de convertir ces dettes qui sont évaluées à 60 millions d’euros en investissement dans des projets viables dans le pays. Ce qui fait de l’Allemagne, le premier pays à convertir les dettes de la Tunisie. Le Sénat belge a annoncé en juillet 2011 que la Belgique serait prête à annuler sa dette bilatérale avec la Tunisie si un audit révélait que la dette tunisienne s’était avérée odieuse.

N. J

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