Dicta… Euh, démocratie…

Par Foued Zaouche*    

C’est le fameux lapsus du premier ministre Hamadi Jébali rapporté par les médias. Il faut se rappeler que le même homme nous avait déjà sorti dans une envolée lyrique l’établissement prochain d’un sixième califat. Cela est révélateur d’un état de pensée car le califat en soi est une dictature car il signifie le pouvoir d’un seul. Ce sont les référents culturels de l’islamiste qui a beaucoup de mal à assimiler la démocratie car il se croit investi d’une volonté divine. Il n’a pas compris que la démocratie a été conçue pour se protéger des passions humaines et de toutes les volontés d’hégémonie d’un seul ou d’un groupe sur le reste.

Hélas! Il est avéré à présent que la Révolution a été récupérée par un Islam politique dont nous ignorons les véritables intentions. Qui peut croire les beaux discours prononcés du haut des tribunes exaltant le consensus et la concorde lorsque la pratique politique au quotidien contredit toutes ces promesses. D’ailleurs le spectacle de cette Troïka au pouvoir est désolant tant les ambitions et les appétits des uns et des autres sont féroces.

Qui peut faire confiance à Ennahdha pour nous gouverner alors que nous en constatons tous les jours l’incurie et l’incompétence ? Jamais, au grand jamais, la Tunisie depuis son indépendance n’avait connu des coupures d’eau et d’électricité de cette ampleur. On peut trouver mille excuses mais il est inconcevable d’en accuser la seule fatalité. On peut aussi soupçonner les nominations massives partisanes au sein de l’Administration comme étant une des causes de ces perturbations car on ne s’improvise pas gestionnaire, il faut une expérience et une connaissance qui font défaut à tous ces nouveaux promus.

Les indicateurs économiques de notre pays sont au rouge, nos réserves en devises fondent comme graisse au soleil, notre endettement s’accroît dangereusement et nos perspectives économiques ont été sanctionnées par l’abaissement de notre note souveraine. Les promesses de réactivation de l’ancienne Isie tardent à voir le jour, ce qui traduit une mauvaise foi politique évidente quant au respect de l’échéancier électoral. Ces gens ont été élus pour rédiger une constitution dont on ne connaît rien pour l’instant sinon des promesses, encore des promesses comme dit la chanson.

Nous sommes les témoins impuissants de pratiques politiques qui n’ont qu’un seul but, la conquête du pouvoir avec une philosophie machiavélique : « La fin justifie les moyens », double langage selon les interlocuteurs, noyautage politique de l’Administration et de tous les rouages de l’Etat. On change le directeur des statistiques pour faire dire aux chiffres ce qu’on veut, on remplace le gouverneur de la Banque Centrale pour avoir les mains libres pour des pratiques financières de confort qui sont une hérésie sur le plan économique. Mais le plus grave, c’est l’instrumentalisation de ce qu’ils faut bien appeler des  voyous  qui s’arrogent le droit de parler au nom de l’Islam. Ils agressent et terrifient une population et cela dans l’impunité totale et sous le regard passif de la puissance publique. Le dernier exploit de ces fanatiques a été l’agression de monsieur Ahmed Chebbi, empêché de tenir son meeting à Jendouba et il n’est pas le seul car il s’ajoute à la longue liste d’hommes et de femmes de culture, de journalistes, de politiques qui ont été les victimes de ces violences ciblées comme si une stratégie s’était mise en place pour faire taire toutes contestations. Et cela ne fait que commencer et ne peut qu’empirer si le ministère de l’Intérieur ne prend pas des mesures radicales pour juguler ce phénomène de ce qu’il faut bien appeler du terrorisme intellectuel.

Notre Tunisie change tous les jours sous nos yeux par les coups de boutoir d’une idéologie rétrograde et passéiste. Ces gens se sont installés au pouvoir et ils ont goûté aux délices des ors et des lambris, aux courbettes des courtisans et aux prestiges de leurs fonctions et il ne fait pas de doute qu’ils s’accrocheront bec et ongles pour ne pas perdre ces privilèges. D’ailleurs leur appétence au luxe se vérifie tous les jours dans leur pratique du pouvoir.

Il y a parfois des situations historiques où celui qui aurait pu être un héros se révèle un personnage falot, incapable de comprendre l’importance et la dimension du rôle qu’il aurait pu jouer. Le personnage pour lequel je nourris cette frustration est le Cheikh Abdelfatah Mourou, accueilli avec éclat par son ancien parti lors des assises d’Ennahdha. Il a eu droit à son entrée théâtrale qui a du satisfaire son ego mais quelle triste consolation pour celui qui aurait pu jouer un rôle véritablement historique durant les moments essentiels de la transition. Il aurait pu se placer comme le contre poids idéologique de Ennahdha pour représenter l’Islam tunisien, paisible et convivial, à la manière du regretté Cheikh Fadhel Ben Achour qui a joué en son temps un rôle essentiel lors de la rédaction du Code du Statut Personnel. La stature du Cheikh Mourou aurait été d’autant plus grande que la force des adversaires était importante mais, encore une fois, l’Histoire ne choisit pas, c’est à l’individu d’écrire l’Histoire. Cet homme a raté le coche, peut-être pour notre plus grand malheur.                                

 

*Artiste-peintre et écrivain

www.fouedzaouche.com

 

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