BLOC-NOTES

Par Sami Mahbouli

Après plus de 30 ans de clandestinité, d’harcèlement et de persécutions, le mouvement islamiste rebaptisé Nahdha tient son premier congrès au grand jour. Même les détracteurs de ce parti et de son projet ne peuvent nier l’importance d’un tel événement ; la démocratie à laquelle tous les Tunisiens aspirent est incompatible avec l’exclusion de plus d’un million de leurs concitoyens. L’ostracisme brutal d’une frange de notre population n’était plus tolérable. En plaçant, suite à des élections convenables, leur parti Nahdha, en tête des forces du pays, ses sympathisants ont définitivement ancré leur présence dans le paysage  politique. A peine installé au pouvoir, le mouvement islamiste, confronté à la réalité, a édulcoré sa vulgate et s’initie au dialogue avec l’opposition. Le guide du mouvement, Rached Ghanouchi, a démontré qu’il savait être pragmatique en rangeant  durablement au placard son antienne fondamentaliste. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si, dans le même temps, on n’assistait pas la recrudescence des agressions visant les responsables de l’opposition ; il ne se passe pas une semaine sans que leurs meetings ne soient la cible d’énergumènes n’hésitant pas à recourir à la violence la plus extrême pour les empêcher de s’exprimer. L’agression perpétrée contre Me Nejib Chebbi est le dernier épisode de ce phénomène inquiétant. Qu’un membre de la Constituante, figure respectée de l’opposition démocratique, soit abreuvé d’insultes et que sa voiture soit endommagée afin de saboter une de ses réunions politiques à Jendouba est un véritable scandale. La condamnation par Nahdha de cette énième atteinte à la liberté de réunion est une bonne chose en soi si l’on attend du parti au pouvoir davantage de fermeté envers des brutes manipulées. A vrai dire, la violence verbale ou physique n’est plus l’apanage des voyous seulement puisque même un représentant du peuple, le député Tahar Hamila semble en faire une spécialité. Sa dernière charge contre Me Béji Caïd Essebsi qu’il taxe de «représentant de la vermine francophone et des forces de l’apostasie anti-révolutionnaire» témoigne soit d’un dérangement mental soit d’une propension à la haine gratuite. 

Pour faire le «Buzz», ce député atypique est prêt à aller dénicher ses arguments dans une décharge publique et à recourir aux effets les plus vulgaires. A l’âge où, habituellement, on s’assagit, il préfère jouer les potaches mal embouchés, histoire de faire parler de lui ; comme dirait Sagan, «Bonjour tristesse»…

 

Mali, Tunisie même combat ; la guerre sans précédent que livrent les salafites contre les mausolées des marabouts est un des symptômes de leur ignorance crasse et de leur fascisme congénital. Que ce soit à Tombouctou, à Gao, ou dans certaines localités de notre pays, ces excités, en proie à une folie destructrice, s’en prennent à des monuments datant parfois de plusieurs centaines d’années. N’attendez surtout pas de notre pusillanime ministre de la Culture, «Eric Mabrouk», champion absolu du triple langage, qu’il se dresse contre cette attaque caractérisée du patrimoine national. Il faut dire qu’entre ses virées au festival de Cannes ou celui de Moscou, le temps lui manque pour se préoccuper du saccage de quelques Zaouïas séculaires. Le maraboutisme soufi en Tunisie est pourtant une dimension importante de notre histoire ; on ne peut ignorer la place qui y occupe des hommes comme Sidi Mezri, Sidi Mehrez, Sidi Belhassen Echeddli, Sidi Belguith El Qâchach, ou Sidi Brahim Riahi. De leur vivant, tous ses personnages exceptionnels n’ont jamais prétendu à la moindre sainteté et encore moins à faire l’objet d’un culte quelconque. En revanche, par leur action politique et intellectuelle, ils ont écrit, chacun à sa manière, des pages essentielles de l’histoire de Tunisie. Evoquons brièvement les actions marquantes de certains d’entre eux. Il y a eu Sidi Mehrez au XIème siècle et son combat contre l’intolérance à l’égard des Juifs de Tunis, puis Sidi Belguith El Qâchach et son engagement en faveur de l’installation des Morisques en Tunisie au XVIIème siècle, enfin Sidi Brahim Riahi au XIXème siècle et ses fatwas contre l’esclavage sans oublier ses prises de position contre l’absolutisme beylical. Loin de se poser comme des intercesseurs entre Dieu et les croyants, ces grands hommes ont mérité, par leurs qualités de cœur et d’esprit, le respect des Tunisiens. Profaner, aujourd’hui, leurs mausolées ne peut être le fait que de grands malades justes bons à être incarcérés à défaut de pouvoir être internés.

Email :avocatmahbouli@gmail.com

 

A vrai dire, la violence verbale ou physique n’est plus l’apanage des voyous seulement puisque même un représentant du peuple, le député Tahar Hamila semble en faire une spécialité. Sa dernière charge contre Me Béji Caïd Essebsi qu’il taxe de «représentant de la vermine francophone et des forces de l’apostasie anti-révolutionnaire» témoigne soit d’un dérangement mental soit d’une propension à la haine gratuite.

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