Qui sont les aliénés ?

Hier, Ben Ali voulait asservir la religion à la politique. A «sa» politique. L’issue de cette imposture est connue. Aujourd’hui, l’islamisme radical tente d’asservir la politique à la religion, plus exactement à «sa» propre lecture de la religion et il y a fort à parier que cette posture est également promise à l’échec.

Moussa Elhaj risque fort de récolter au final la même moisson que Haj Moussa.

Blanc Bonnet ne s’est pas résolu à nous donner la parole et Bonnet Blanc veut bien nous l’accorder … si Dieu le veut. Dieu l’a toujours voulu, mais Bonnet Blanc s’est arrogé le droit de parler en Son nom, croyant ainsi Le faire taire.

La liberté, celle de créer, de dire, d’écrire, de croire à la pluie et au beau temps ; aux ovnis transportant des hommes verts ; aux vertus infranchissables du Califat ou aux bienfaits d’une république bananière ; à la sincérité des hommes politiques ; au rôle d’avant-garde joué par l’Emirat du Qatar dans la Révolution tunisienne ; à la quadrature du cercle… ou de ne croire à rien de tout cela ou ne croire à rien du tout, peut-elle souffrir d’une limite fut-elle tracée au nom du sacré ? NON et ceci à un nom : la liberté de conscience.

Que nos peintres se «rassurent». Les salafistes djihadistes n’en veulent pas seulement à leurs toiles. A leurs 27 têtes, oui, et c’est un peu plus grave. La liste n’est d’ailleurs pas définitive. Elle est appelée à être mise à jour au rythme de leurs créations sataniques. Le refus de toute culture (de la haute culture religieuse jusqu’aux coutumes et cultures populaires, en passant par les hymnes et les drapeaux nationaux) est la seule «culture» qu’ils revendiquent. Faire table rase des identités nationales, réduire l’Islam aux notions de licite et d’illicite, imposer la Charia comme outil de surveillance et de punition de tous les comportements, permet en fait d’inventer un islam mondialisé valable aussi bien à Tora Bora en Afghanistan, qu’à Tunis, Londres ou Mogadiscio. Associer les espadrilles Nike américaines au qamis afghan ne communique pas seulement une manière d’être et de paraître. Elle témoigne d’une déculturation qui, sous couvert d’authenticité et de retour aux sources, à ouvert l’Islam à la mondialisation et l’a dépossédé de son âme.

Le salafisme combattant est tout autant un produit qu’un agent de la mondialisation.

Olivier Roy nous l’a dit depuis fort longtemps, «L’Islam est passé à l’Ouest». Il a remis en cause l’image véhiculée par les médias occidentaux d’un Islam solide, cohérent et dynamique, image confortée par les islamistes qui se félicitent de la «réislamisation» des sociétés musulmanes. Qu’il s’agisse de formes radicales ou modérées de «réislamisation», l’Occident est toujours au cœur du processus. La propagande sur Internet comme l’action politique et terroriste (qui rappelle les groupes terroristes français Action Directe ou allemand Badr Meinhof, les Brigades Rouges Italiennes ou l’Armée Rouge Japonaise) participent de modèles d’action typiquement occidentaux.

Le refus des hiérarchies religieuses traditionnelles comme en témoigne l’actualité de nos mosquées, y compris au sein des plus prestigieuses d’entre elles ; le bricolage d’un discours anti-impérialiste emprunté aux mouvements marxistes et grossièrement mâtiné de références islamiques ; le mondialisme conjugué à l’inculture et au conservatisme ; l’obsession de la mort et des fins ultimes ainsi que les discours glauques sur les supplices de la tombe rappelant les théories du salut véhiculées par les intégristes protestants ; la contestation de toute autorité, même celles des parents allant jusqu’à la rupture des liens familiaux ; tout cela   renvoie à des attitudes étrangères à notre société et confirme la déculturation de ces mouvements. Même le passé sulfureux d’une bonne part des activistes salafistes qui veulent se racheter une virginité morale à coup de surenchères religieuses, rappelle étrangement les «Born Again» (né de nouveau) anciens malfrats et adeptes américains du protestantisme évangélique.

L’illusion salafiste du retour à l’âge de Médine, à la cité des Califes bien guidés,  pure et parfaite (bien que trois d’entre eux aient été assassinés), s’apparente à une aliénation dans le temps. Le recours aux doctrines wahabites du Golfe comme aux valeurs religieuses répandues dans les milieux intégristes et sectaires des sociétés occidentales trahit une aliénation dans l’espace. Mais au fait, qui sont les aliénés ?

 

Par Hassan Arfaoui

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