Les dessous d’une pénurie

Peut-on minimiser la pénurie de médicaments anticancéreux ? C’est ce que vient de déclarer la Pharmacie centrale de Tunisie qui dit contrôler la situation. Mais ce qu’elle tait, ce sont les véritables raisons de cette rupture de stock.

 

Lors de la conférence de presse, tenue dernièrement pour expliquer cette situation, la Pharmacie Centrale a affirmé «étudier la possibilité de remplacer ces médicaments ou de recourir à d’autres protocoles de soins».

Cinq médicaments anticancéreux font l’objet de pénurie : le 5FU, la Carboplatine, le Folinate de Calcium, le Mitoxantrone, l’Aracytine. Selon le PDG de la Pharmacie centrale, cela serait dû particulièrement aux difficultés auxquelles fait face son unique fournisseur, qui vient d’être racheté par un autre laboratoire. Officiellement, on ne nous en dira pas plus sur les raisons de cette pénurie. Mais il se trouve qu’au mois de mars 2012, le ministre de la Santé a clairement annoncé qu’il existait bien une liste de médicaments bloqués à l’importation parce que les laboratoires qui les fabriquent ont été rachetés par une entreprise israélienne. Toujours officiellement, les cinq produits en rupture sont des génériques importés de France et d’Islande. Mais qui les fabrique ? Dans le monde si puissant de l’industrie pharmaceutique, les petits laboratoires, les petites unités, finissent toujours par se faire dévorer par les géants. Il se trouve qu’aujourd’hui un des géants de la fabrication des génériques qui rafle tout ce qui est à prendre dans ce domaine, s’appelle Teva Pharmaceutical Industries et il s’agit d’une entreprise pharmaceutique israélienne. Elle doit sa renommée aux médicaments anticancéreux qu’elle fabrique, parmi lesquels la «Carboplatine» et le «5FU».

 

La nationalité du médicament en cause

En Tunisie il y a au moins 11.000 nouveaux cas de cancer chaque année ! 6.000 chez les hommes et 5000 chez les femmes ! Ils ont tous besoin d’une prise en charge et de soins palliatifs, sans compter ceux qui sont déjà sous traitement. Une stratégie de lutte a été mise en place pour la période 2010-2014. Les médicaments sont un volet très important de cette stratégie parce qu’ils permettent la guérison du cancer ! La CNAM fait des efforts phénoménaux pour venir en aide à ces malades. Des associations internationales, caritatives, interviennent pour financer les traitements des cancéreux nécessiteux. Mais aujourd’hui, il semble que notre priorité soit la nationalité du médicament avant le médicament lui-même, puisque, toujours selon la Pharmacie centrale, l’acquisition de ces médicaments ailleurs que chez le fournisseur habituel se négocie avec un écart de prix s’élevant à 760 % !  Lors de sa conférence de presse, le PDG de la Pharmacie centrale a précisé que la priorité, en terme d’approvisionnement des institutions spécialisées dans le traitement du cancer, serait donnée aux institutions hospitalières publiques et aux structures relevant de la CNAM. Face à cette «ségrégation de malades», que va faire le secteur privé pour soigner ses patients, quand on sait que seule la Pharmacie centrale a le monopole de l’importation des médicaments ?

Samira Rekik

 

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