Les «petites bonnes», une fois encore au cœur de l’actualité

Il a tiré la sonnette d’alarme. Le collectif pour l’éradication du travail des «petites bonnes» a rappelé au cours d’une rencontre que des milliers de fillettes étaient quotidiennement exploitées au Maroc. L’adoption d’une loi les protégeant est plus que jamais d’actualité.

 

«C’est une honte pour notre pays, une catastrophe. Nous n’avons pas arrêté de signaler la gravité de ce phénomène du travail domestique des mineures depuis une dizaine d’années», a déclaré Fouzia Assouli à l’AFP. Son association, la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes, est l’une des composantes du collectif pour l’éradication du travail des «petites bonnes».  Crée en 2009, il regroupe 34 associations parmi lesquelles INSAF, Amnesty International-Maroc ou encore l’Association marocaine des droits humains. Aider à la réinsertion de ces jeunes employées domestiques, mobiliser l’opinion publique, militer afin  de mettre en place une  protection juridique contre toutes formes d’exploitation…

Les missions de ce collectif sont multiples. Au Maroc, le constat est alarmant. Pour de multiples raisons (forte pauvreté, une scolarisation non obligatoire, isolement de nombreux villages), près de 30.000 filles mineures travaillent comme domestiques, selon les chiffres officiels. Beaucoup d’entre elles arrivent dans les villes dès l’âge de 6-7 ans pour être payée entre 400 et 800 dirhams maximum par mois (entre 40 et 80 Euros environ), bref une somme dérisoire. Cette pratique courante n’est pas réprimée par la loi.

 

Un appel pressant pour un changement de loi

Une affaire révélée septembre dernier—mais qui avait eu lieu en juillet—avait secoué le Maroc. Une petite bonne marocaine de 11 ans était  décédée à Casablanca, battue à mort par sa patronne. Elle lui avait lavé un pull «d’une manière qui ne lui avait pas plu». Le gouvernement de l’époque avait alors réagi, en la personne de Nouzha Skalli, la ministre de la Famille, en élaborant un projet de loi qui  prévoit «la prison ferme (de 15 ans ou moins) et de lourdes amendes (entre 2500 à 3000 Euros) à l’encontre de toute personne employant des enfants de moins de 15 ans comme domestiques». Le projet, bloqué au Parlement, n’a pas été adopté. Puis, les urnes ont permis à une nouvelle coalition gouvernementale d’accéder au pouvoir, coalition pour qui l’éradication du travail des «petites bonnes» n’est pas une priorité. Toutefois, le collectif en est certain. Au-delà du texte, le changement radical doit se faire au niveau de la pratique ; la société ayant toujours considéré ce type de travail comme «normal».

 

A.T

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