La santé, un droit à reconquérir

Sur le problème de la santé, comme sur le reste, les grandes décisions sont encore devant nous. Notre pays pourra difficilement faire l’économie d’une thérapie de choc s’il veut rattraper les retards pris dans le domaine de la santé. Nos hôpitaux sont malades, nos éminences grises fuient l’étatique, notre population, et surtout la plus démunie d’entre elle, est désemparée tant elle a de plus en plus mal à obtenir des soins de qualité. Last but not least, nos consommateurs sont menacés à longueur de journée par tous les produits qu’ils sollicitent. Pour défendre le consommateur, pour le protéger grâce à une bonne culture de la consommation et épargner à la collectivité des dépenses de santé faramineuses, nous avons besoin d’organismes bien outillés, en hommes et femmes, et en moyens financiers et ce, comme dans tout pays civilisé. La mission d’un Institut National de la Consommation est vitale, et dans notre cas à nous, elle n’a aucune chance d’aboutir. L’INC est un établissement à caractère administratif, c’est-à-dire qu’il est contrôlé à priori. Imaginez, pour réaliser une étude d’intérêt public sur la consommation, la procédure administrative qui dure des mois a tout le temps de rendre le sujet dépassé et sa confidentialité plus que douteuse. Il suffirait de soustraire l’institut à la tutelle administrative pour qu’il retrouve une meilleure efficacité. Ajoutez à cette décision plus de moyens financiers, et vous aurez toutes les conditions réunies pour avoir un organisme efficace, rentable à terme. Ce même institut est censé soutenir et aider les associations de défense des consommateurs. Nous en avons trois à ce jour, mais l’Etat ne reconnaît qu’une seule qui bénéficie de locaux majestueux dans la capitale et dans tous les gouvernorats du pays, ce qui n’est pas juste, ni acceptable après la Révolution qui exige l’égalité dans tout domaine.

 

Les associations de défense des consommateurs ont deux soucis majeurs, défendre le pouvoir d’achat, surtout celui des plus démunis, et défendre la santé du même consommateur qui, tôt ou tard, coûtera beaucoup au budget de l’Etat si, par malheur, sa santé était menacée. Sept mille personnes meurent par le tabagisme annuellement. Essayez d’évaluer le  coût des soins antérieurs à la mort de ces malheureux fumeurs. Les maladies cardio-vasculaires sont aussi coûteuses et causent autant de dégâts. Le surpoids menace nos enfants dès la maternelle et les statistiques vont flirter avec celles des USA. Les additifs et les produits utilisés par l’industrie alimentaire sont de plus en plus contestés par les scientifiques. Et le chantier qui s’impose est gigantesque. A ces questions préoccupantes, il faut une réponse collective, unanime et sans hésitations. Prévenir vaut mieux que guérir n’est-ce-pas ? Il est question de commencer dès l’école pour éduquer notre progéniture à mieux reconquérir les produits du terroir, et à réapprendre à avoir une bonne hygiène de vie. L’Etat devrait se saisir de l’aubaine de trouver une société civile volontariste et accrocheuse dans le domaine de la consommation, car consommer  intelligent, c’est avoir une assurance pour une vie paisible et créative. Or, ce n’est franchement pas avec la situation actuelle qu’on va pouvoir faire la fête demain. Tout nous manque, la volonté politique, la coordination, les moyens mais jamais la volonté ne nous fera défaut.

 

Il revient à l’Assemblée nationale constituante de définir le droit de tout citoyen, et surtout des non nantis, à s’assurer d’un service de santé digne et efficace. La réalité est hélas toute autre, nos urgences sont dans un état calamiteux et triste à en mourir, ce qui explique les agressions perpétrées contre le personnel médical désarmé.  Nos hôpitaux universitaires ont besoin d’une bonne toilette et de beaucoup d’équipements, nos régions délaissées depuis l’indépendance exigent d’être dotées d’hôpitaux même de catégorie B. Nos personnes âgées  sont honteusement dans le désarroi. Bâtir une nouvelle démocratie sur des fondations solides comme l’éducation, la culture, la formation, la santé et la recherche développement est la meilleure manière de redonner  aux Tunisiens la dignité et la liberté tant voulues par les manifestants de Janvier 2011.

 

Par Zouhair Ben Jemaa

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