Inspirations arabes

Monumenta est une exposition d’art contemporain. Organisée à l’initiative du ministère de la Culture et coproduite par le Centre national des Arts plastiques (CNAP) et la Réunion des musées nationaux. Elle se tient annuellement dans la nef du Grand Palais à Paris. Depuis 2007, la Monumenta invite un artiste à s’approprier le lieu.

 

Après Anselm Kiefer, Richard Serra, Christian Boltanski et Anish Kapoor, c’est Daniel Buren qui a reçu à son tour carte blanche pour créer une installation originale.

Davantage sans doute que ses prédécesseurs, Daniel Buren est familier de la règle du jeu imposée par la Monumenta : investir un espace de 13 500 m2 sous une verrière qui culmine à 35 m. Il a déclaré son intention : « Une des choses que j’aimerais montrer et prendre en compte comme élément essentiel de ce lieu, c’est son volume, l’air qui circule, sa lumière. C’est un endroit extraordinaire pour sculpter l’air et lui donner une forme, capter la lumière et lui donner une couleur ».

Quant à l’installation, l’artiste a décidé que le public entrerait dans la nef par un couloir sombre à l’entrée nord et non par l’entrée principale. L’effet est surprenant, les pupilles habituées à l’obscurité sont brusquement assaillies de lumière. On circule dans une forêt de poteaux, sous des cercles translucides de plastique bleu, jaune, rouge et vert, qui projettent au sol autant de ronds colorés. Les tonalités varient selon l’heure du jour et le passage des nuages.

Au centre du dispositif, sous le sommet de la verrière habillée d’un camaïeu de bleus en damier, Daniel Buren a ménagé une clairière recouverte de grands miroirs ronds sur lesquels on continue la promenade. Une bande enregistrée énonce discrètement en 37 langues les noms des couleurs. Les teintes changent et cillent devant les yeux, sous les pas, au-dessus des têtes.

 

À l’image de L’Alhambra

Quant à l’inspiration, Daniel Buren explique s’être imposé le cercle pour répondre à la rondeur de l’architecture. La contrainte a été de devoir couvrir la plus grande surface possible avec des formes rondes. Pour y répondre, il a emprunté la disposition de ses gélatines colorées aux figures géométriques arabes employées pour la décoration de l’Alhambra de Grenade et en particulier à un assemblage extraordinaire de cinq cercles de diamètres proportionnels qui ne laisse qu’un seul espace vide, toujours le même, une sorte de triangle incurvé.

Les effets de matériaux, les jeux de la lumière zénithale ou artificielle, la multiplicité des points de vue ont pour enjeu crucial de faire glisser le regard et d’exalter le sentiment brut sans que le goût personnel de l’artiste entre en jeu.

Il est difficile de dissocier le nom de Buren de la bataille qui, au milieu des années 80, avait accompagné l’annonce de l’attribution d’une subvention de l’équivalent de 1,2 million d’Euros pour la réalisation dans la cour d’honneur du Palais royal de 260 colonnes de marbre de différentes hauteurs alternant bandes verticales, blanches et noires de 8,7 cm de large.

L’affaire avait métamorphosé chaque contribuable en esthète de circonstance et une guérilla impitoyable avait vu s’affronter les partisans de l’alliance de l’ancien et du moderne contre les défenseurs de l’ordre classique. Les colonnes de Buren ont été menacées de destruction sauvage ou de graffiti. Elles ont pourtant fini par s’inscrire dans le paysage.

Robert Santo-Martino

 

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