Cinq libertés pour l’intégration du Maghreb

Le séminaire organisé par la Présidence de la République sous le thème des “cinq libertés dans l’UMA : vision d’intégration”, avec la participation des représentants des cinq pays du Maghreb, a permis de baliser la voie qui mène vers le sommet prévu à Tunis le 10 octobre 2012, destiné à relancer un processus salutaire pour l’avenir de la région.

L’initiative prise par le Président Marzouki pour la réanimation d’un projet en panne depuis plus de dix ans est fondée sur cinq libertés à consacrer sur la voie de l’intégration progressive de l’espace maghrébin.

Circulation, résidence, travail, investissement et citoyenneté.

La liberté de circuler signifie l’absence de visas et de contraintes lors de la traversée des frontières alors que celle de résidence implique non seulement l’abolition des cartes de séjour mais aussi le droit à la propriété privée de son logement.

Chaque citoyen maghrébin pourrait s’installer sans entraves dans le pays voisin, y travailler sans être obligé d’avoir un permis de travail, se déplacer et voyager en toute liberté, accéder au droit de propriété mobilière et immobilière sans autorisation. Il y a également la liberté pour chaque maghrébin d’investir dans le pays voisin et de devenir citoyen en payant les impôts et en participant aux élections locales (municipales). Il est évident que cela doit se faire dans le cadre du respect des législations en vigueur dans le pays d’accueil.

La promotion des échanges commerciaux suppose l’instauration d’une véritable zone de libre-échange sans entraves ni conditions à la liberté des flux commerciaux. Or le développement du commerce est un facteur de croissance économique et de création d’emplois à travers la transformation industrielle des produits, source de valeur ajoutée. En effet, les échanges commerciaux intra-maghrébins ne représentent actuellement, que 4% du commerce extérieur, ce qui est dérisoire.

L’élimination des obstacles tarifaires et non-tarifaires permettrait d’atteindre au bout de quelques années 20 à 25%, ce qui constituerait un progrès considérable, une dynamisation de l’activité économique et une source de progrès social.

Le coût du non-Maghreb a été estimé par les experts à 2% de croissance en moins chaque année pour chacun des pays du Maghreb alors que 1% de croissance du PIB se traduit pour notre pays par la création de 16.000 emplois. C’est dire la contre-performance provoquée par l’étanchéité des frontières et la rigidité des réglementations. Ce sont les associations patronales des cinq pays du Maghreb qui devraient exercer des pressions sur leurs gouvernements respectifs pour forcer la décision et favoriser l’émergence d’une intégration économique de la région, loin de toute arrière-pensée politique.

Cela implique la restructuration du tissu entrepreneurial maghrébin avec des participations croisées de la part des acteurs économiques maghrébins dans le cadre du développement du partenariat industriel et une véritable économie d’échelle au niveau de la taille des entreprises.

Les répercussions sur la compétitivité des entreprises maghrébines ne manqueront pas de se traduire par la promotion des exportations maghrébines sur les marchés des pays tiers. L’intégration économique progressive devrait donner un coup d’accélérateur à l’internationalisation des entreprises maghrébines pour avoir une meilleure visibilité à l’étranger.

L’objectif ultime du président Marzouki est de parvenir au Maghreb des cinq institutions : le Parlement, la Constitution, la Commission, la Ligue et la Cour constitutionnelle. Mais le chemin à parcourir est encore long pour y parvenir. Je pense qu’il faudrait d’abord passer par une monnaie commune pour favoriser une intégration économique réelle. Ce qui impliquerait une institution d’émission unique : une Banque centrale commune et un marché financier unifié. Une construction qui pourrait prendre 10 à 15 ans s’il y a une volonté politique soutenue.

Ainsi, au niveau régional, l’UMA pourrait accéder à un rang d’interlocuteur de premier plan, présenter un front commun pour mieux négocier avec l’Union européenne les accords de partenariat dans les meilleures conditions.

N’oublions pas qu’à l’horizon 2020, l’UMA serait un marché très convoité avec 102 millions de consommateurs mais aussi quelques millions de sans emploi.

Par Ridha Lahmar

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