Paradoxes du marché du travail en Tunisie

Ce sont des effets d’annonce,  400.000, puis 100.000, 125.000 et dernièrement 47.000 emplois seront créés en 2012, alors qu’aucune action n’a été encore menée. Le gouvernement actuel ne sait plus sur quel pied danser. Bien que la conjoncture soit très difficile pour n’importe quel gouvernement, celui-ci demeure incapable de faire avancer les choses d’un cran. Il n’a pas assuré la continuité de l’Etat en poursuivant des actions prises lors du gouvernement précédent. Said Aidi, l’ex ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle nous donne une description de la situation actuelle de l’emploi en Tunisie. 

 

Pouvez-vous nous définir le chômage et sur quels critères peut-on dire qu’une personne est un chômeur ?

Il y a plusieurs critères dont ceux du Bureau International du Travail (BIT) qui sont communément acceptés. Un chômeur c’est quelqu’un qui est sur une période référence (en général 15  derniers jours) n’a pas eu une seule heure de travail et qui est à la recherche d’emploi d’une manière active et qui est prêt à saisir une opportunité d’emploi si elle se présente dans les deux semaines. C’est la définition théorique. Maintenant ces critères-là dans le contexte de la Tunisie de 2010-2011 ne s’appliquent pas réellement. A mon sens, quand on considère le problème du chômage en Tunisie, il faut l’étendre à la notion de précarité. Les derniers chiffres de l’Institut National des Statistiques donnent à peu près 730.000 demandeurs d’emploi dont 230.000 diplômés du supérieur. Si on prend des personnes en situation de précarité, ces chiffres n’existent plus aujourd’hui et on doit dépasser le million de personnes en situation de précarité. Une erreur serait, de s’arrêter sur des statistiques et des chiffres sur le taux du chômage au niveau national. Il faut examiner catégorie par catégorie, filière par filière et région par région pour pouvoir trouver des réponses au chômage.

 

Qu’est ce qui a été fait selon vous par le gouvernement actuel pour répondre à ce million de demandes ?

Pour l’instant on peut dire qu’il n’y a pas eu de programme clair annoncé par le gouvernement. Actuellement la confusion la plus grande existe au niveau de l’action du gouvernement par rapport à la manière de traiter l’emploi. Entre la campagne électorale et l’après élection, nous avons entendu  parler de chiffres qui vont de 400.000 à 100.000 passant par 125.000. Pas plus tard qu’il y a deux semaines ces chiffres ont atteint les 47.000 puis 49.000 créations d’emploi. Je serais très content si c’était la réalité malheureusement ce n’est pas le cas. L’économie n’a pas été relancée, donc l’emploi non plus. La jeunesse tunisienne était en droit de s’attendre que ce gouvernement continuerait les programmes déjà entamés et apporterait aussi ses propres programmes. Mais on a rien vu jusque là. Un gouvernement qui fait preuve de très grande légèreté en arrivant déjà les mains vides. Pourtant des réflexions étaient indispensables sur le court et le long termes pour trouver des réponses aux problèmes structurels de l’emploi.

 

Vous dites que des programmes entamés par le gouvernement Essebsi n’ont pas été poursuivis ? Quels sont ces programmes ?

Nous avons procédé à différentes mesures qui n’ont pas été poursuivies par mon successeur. Première action était de mettre des procédures transparentes dans le recrutement dans la fonction publique et qui reflète la demande des jeunes à la recherche d’emploi. Je pense en toute humilité qu’on a commencé à rétablir le lien de confiance des jeunes vis-à-vis de l’institution de l’Etat. Nous avons déjà à travers un dialogue avec les acteurs économiques dégagé  des filières de reconversion en nombre de six. Il s’agit des TICs, de l’agroalimentaire, de la logistique, de la biotechnologie et la santé, du tourisme et l’artisanat, de l’énergie renouvelable et l’économie d’énergie.  Pour ces filières de reconversion nous avons lancé des initiatives à l’instar de « l’initiative Tact » avec un collectif d’entreprises opérant dans les TICs. Par ailleurs des conventions ont été signées avec différents partenaires. La première convention a été signée avec le ministère de la Défense, qui prévoit une instruction militaire (6 à 8 semaines)  et  une formation d’emploi (un an) pour 25.000 jeunes, pour augmenter les chances d’employabilité sur des métiers fortement demandés. D’autres conventions ont été signées avec des employeurs  dans le cadre d’un plan de recrutement. L’Etat financerait les formations, en contre partie, un engagement de ces employeurs d’un minimum de taux d’insertion de ces jeunes.

Malheureusement cette convention n’a pas été concrétisée depuis l’arrivée de l’actuel gouvernement. Quant au programme Amal, mon successeur a changé la nomenclature mais en catimini, les nouveaux critères qu’il donne ressemblent comme deux gouttes d’eau aux critères initialement mis en place.

 

Le secteur public est objet de toutes les convoitises, ce qui augmente le risque de passe-droit notamment dans les recrutements, parlez-nous de votre expérience dans ce domaine.

La capacité de la fonction publique selon le budget 2011 était de l’ordre de 11.000 emplois. Quand il y a une conjoncture, et suite à un dialogue avec l’ensemble des ministères, nous avons décidé de porter le nombre des recrutements dans la fonction publique pour 2011 à plus de 24.000 postes. Les critères de recrutement qui ont été mis en place l’année dernière répondent à des circonstances exceptionnelles (le seul critère pour le recrutement dans la fonction publique était la compétence). Les nouveaux critères étaient l’âge du demandeur d’emploi, l’année d’obtention du diplôme, les conditions sociales et le critère de compétence qui ne comptait que de 30%. Ce qui est crucial c’est d’appliquer ces critères dans la transparence. Pour les concours qui ont été organisés par le ministère l’année dernière il n’y a pas eu de passe-droit. Par contre on m’a signalé des documents montrant que des personnes notamment au ministère de l’Agriculture qui répondaient aux critères ont été rayées de la liste pour faire passer d’autres personnes recommandées. Par ailleurs les critères annoncés aujourd’hui ne sont pas favorables pour le pays et sont même dangereux, quand on donne la priorité d’embauche aux bénéficiaires de l’amnistie générale. D’une part calà va détruire l’espoir des jeunes par rapport à la confiance qu’on a commencé à rétablir et recrée un nouveau népotisme au sommet de l’Etat.  Les personnes qui prennent ces décisions portent une responsabilité historique par rapport à l’unité nationale. J’espère que l’Assemblée nationale constituante rejettera cette mesure.

 

Le bassin minier de Gafsa est un casse-tête pour tout gouvernement notamment en terme de recrutement? Comment vous voyez la suite des événements ?

C’est un sujet extrêmement sensible et complexe. Je pense que les solutions à court terme n’existent pas. Car le court terme n’existe que si le moyen et le long terme sont clairs et que les habitants  de la région y adhèrent et seront partie prenante, ce qui n’est pas facile actuellement. Le chiffre sur le recrutement de la CPG est de l’ordre de 4.000 postes ouverts l’année dernière. Les critères  retenus sont principalement sociaux notamment un recrutement par famille maximum (sachant qu’une famille pourrait avoir plus d’un chômeur). Les dossiers qui nous sont arrivés au ministère (je crains que des dossiers soient restés là-bas) sont au nombre de 15.000 dossiers de familles pour 49.000 demandes. On a installé une équipe de 40 personnes qui a fait tous les recoupements possibles avec les caisses de sécurité sociale et tous les contrôles possibles pour minimiser les erreurs. Sachant que la CPG a anticipé sur le recrutement pour les trois prochaines années, un jeune qui ne trouve pas son nom sur la liste, c’est le désespoir total.  Si c’était à refaire, j’aurais affiché la liste des candidats, avant de traiter les dossiers, afin de leur donner un délai de réclamation et ainsi éviter toute suspicion. D’ailleurs c’était l’une des recommandations que j’ai faite à mon successeur. Je comprends parfaitement qu’un jeune qui n’a pas été pris à la CPG et qui n’a pas d’autres espoirs, est confronté au désespoir et à la violence. Le problème du bassin minier de Gafsa ne date pas d’aujourd’hui ni d’hier. Depuis l’indépendance, le bassin minier est la richesse de Gasfa mais également son handicap. Aujourd’hui on arrive à un constat qu’un jeune de cette région, s’il n’a pas un niveau de qualification d’enseignement supérieur qui lui permettrait d’avoir un avenir dans cette région, n’a pas d’autres perspectives réelles que de travailler à la CPG.  Si on prend l’exemple de l’OCP Maroc, cette entreprise est allée plus dans le développement de la région, sur la formation et sur l’investissement plutôt que de recruter 4.000 et laissant 45.000 sur le bord de la route. La région a besoin de plan Marshal pour se développer. La CPG doit envisager, dans les années qui viennent de réserver une partie conséquente du revenu du phosphate pour réaliser ce plan.

 

Le secteur privé, une alternative d’embauche, mais sa mauvaise réputation auprès des jeunes lui fait du tort ? Comment changer la donne ?

La fonction publique ne peut en aucun cas subvenir à toutes les demandes d’emploi, donc au secteur privé et à l’investissement d’aider à résorber le chômage. Maintenant est force de constater qu’il y a une rupture des liens de confiance qui laisse place à la défiance des jeunes vis-à-vis du secteur privé. Il n’est pas normal que dans un pays comme la Tunisie, sur certaines qualifications, le secteur public paye une et demi à deux fois de plus que le secteur privé. Le jeune à cette attraction d’aller vers le secteur public parce que celui-ci a plus de sécurité, une meilleure rémunération et un emploi garanti. Dans des environnements plus dynamiques et plus équilibrés, le privé offre une certaine sécurité d’emploi garanti par une rémunération élevée,  alors que dans notre pays c’est l’inverse qui se passe. Il est indispensable de travailler et de rétablir dans une logique de dialogue social avec les syndicats, les fédérations professionnelles et surtout avec les jeunes, ce lien de confiance. Il faut se poser réellement la question sur nos politiques de rémunération qui existent aujourd’hui en Tunisie et qui sont totalement injustes du point de vue fiscal, social et grille de rémunération.

 

L’économie informelle représente aujourd’hui 30% du PIB, serait-il préférable que le gouvernement n’attire pas la sonnette d’alarme afin d’apaiser la tension sociale?

Comme vous dites, la part de l’économie informelle au niveau du PIB est de 30%, après il faut se poser la question pourquoi il ya de l’informel. Quand une personne va vers l’informel c’est qu’elle ne perçoit pas l’Etat ou les institutions de l’Etat comme étant des partenaires mais comme étant un contrôle répressif et spoliateur (un héritage du passé). On ne parle pas non plus de l’économie informelle qui existe au niveau des frontières avec le phénomène de contrebande qui nuit fortement à l’économie nationale. A mon sens il y a un secteur économique qui n’est pas pris suffisamment en considération et où l’informel est plus répandu, ce sont les PME, PMI, TPE et TPI. Là dessus, il faut que ces acteurs économiques soient conscients de l’intérêt de rentrer dans le formel car cela leur permet dans l’avenir de développer leur activité et supporter leur plan de développement et trouver ainsi  plus de bénéfices sans nuire à l’économie nationale. Cela fait partie des réformes structurelles de l’Etat et de l’administration avec une plus grande simplification des procédures non seulement dans les textes mais dans leur application. Les petites entreprises plutôt que d’être dans l’informel, une simplification dans la déclaration fiscale permettrait le transfert d’une grande partie de l’économie informelle vers le formel. En étant dans l’informel ces entreprises ne pourront jamais se développer et élargir leur activité et par conséquent générer de nouveaux postes d’emploi. Ce gouvernement qui gère le court terme et prépare le moyen terme et le long terme, doit chercher le consensus le plus large par un dialogue ouvert, sincère avec l’ensemble des acteurs pour préparer l’étape suivante.

 

Les programmes d’intégration sur le marché du travail ne réalisent pas toujours les objectifs escomptés. Pourquoi ?

Je pense qu’il faut revenir sur l’origine. Une politique active d’emploi ne peut pas avancer sans la contribution de toutes les parties prenantes. Il y a plusieurs mesures qui doivent être prises pour avoir des résultats en termes de chômage et ce n’est pas uniquement la responsabilité du ministère de l’emploi. Si on reprend la structure de notre pays, on remarquera que pendant les années 2000 nous avions 200.000 étudiants au niveau des universités tunisiennes (on commençait déjà une croissance exponentielle), on en est aujourd’hui à moins de 400.000 étudiants. Nous avons chaque année de 60 à 65.000 nouveaux diplômés du supérieur et ils seront à 100.000 en 2015, et ce sera le pic démographique. Le ratio (2/3 et 1/3) entre le nombre d’étudiants et la formation professionnelle est totalement déséquilibré par rapport à la structure de notre économie actuelle. Si je prends le programme SIVP, je pense que c’est un excellent programme, là où il est défaillant c’est dans son application et dans la rigueur de son application. Et par le passé c’est vrai que les programmes du ministère de l’Emploi n’étaient pas mauvais mais ils étaient détournés. Par ailleurs le budget du ministère de l’Emploi au moment ou j’ai pris les commandes était ridiculement bas soit 2% du Budget de l’Etat. La structure actuelle de notre économie fait qu’un point de croissance correspond  à 15.000 emplois. Quant aux investissements, il faut investir 50.000 dinars pour créer un emploi. Réformer la structure de notre économie est indispensable pour sortir de cette impasse. Il faut commencer peut-être par revoir le coût du travail à travers la fiscalité. Il est indécent que le poids fiscal aujourd’hui soit porté par les classes moyennes et les classes défavorisées en majorité face à des fortunes payant peu ou pas d’impôt. Cette pression fiscale induit un coût de travail très élevé. Idéalement pour notre pays, c’est qu’il n’y ait plus de code d’investissement. Cela est possible si on a une économie saine, transparente et équitable. Cela ne peut être que le résultat d’une société apaisée et performante, une ressource humaine de qualité, une justice et une équité sociale. Je trouve totalement immoral de jouer sur le dumping social pour développer les investissements étrangers. Quelle différence y a-t-il  de donner 0% d’imposition à un investisseur étranger qui veut investir dans la technologie par exemple, et pas à un investisseur tunisien ? J’ai eu l’occasion de discuter avec des entreprises offshore, celles-ci déclarent ne pas avoir besoin d’une exonération fiscale mais d’une exonération de tracasserie administrative. Pourquoi pas une incitation fiscale pour la création d’emploi?

 

La réforme devrait se faire aussi au niveau des bureaux de l’emploi ?

Aujourd’hui il y a 700 conseillers-emploi sur tout le territoire. Si vous partez sur la base de 700.000 chômeurs, cela implique que chaque conseiller doit s’occuper de 1.000 demandeurs d’emploi. Là ou les politiques d’emploi réussissent on arrive à des ratios de un conseiller sur 80 chômeurs. Les moyens que les bureaux d’emploi possèdent sont dérisoires. En effet un conseiller dans les bureaux d’emploi n’a pas accès à l’Internet. Le conseiller n’a pas les moyens d’assurer les déplacements pour visiter les entreprises afin de dialoguer et connaître leurs potentialités en termes de recrutement.

 

L’émigration serait-elle une alternative sérieuse pour résorber le chômage?

Je serais triste pour notre pays si la seule réponse aux problèmes du chômage est dans l’émigration. L’émigration doit être choisie et n’est pas contrainte, car celà voudrait dire que notre pays est en « faillite » et n’a pas donné une perspective à sa jeunesse et ce serait la fin de la société. Cette émigration doit être génératrice pour l’individu avant tout mais également de valeur pour note pays et c’est faisable. Il y a différentes natures de convention  et de collaboration avec des pays limitrophes, frères et amis à l’instar de la France, l’Italie ou le Qatar. Prenons le cas de la France, nous avons signé trois conventions. Une première liée sur les compétences notamment dans les TICs de l’ordre de 1500 postes par an. Ensuite il y a l’émigration circulaire pour un ou deux ans, certains métiers particuliers et la troisième une émigration saisonnière comme son nom l’indique, elle correspond aux métiers de l’agriculture et du tourisme. La somme des ces convections est de l’ordre de 9.000 emplois.

Sur le Qatar, des engagements ont été pris pour 20.000 emplois sur les quatre années qui viennent sur différents secteurs d’activité. En général les pays avec lesquels nous avons signé ses conventions nous demandent de ne pas faire de la publicité car eux-mêmes peuvent avoir des problèmes par rapport à la perception de leur population de cette émigration. Ensuite il y a des pays limitrophes à la Tunisie telle que la Libye qui représente un grand potentiel d’embauche pour nos jeunes le jour où la situation de ce pays sera sécuritaire mais ce n’est pas le cas d’aujourd’hui. L’émigration malheureusement ne peut pas être la solution qu’on met en avant pour résorber le chômage dans notre pays, c’est peut-être une solution pour augmenter notre influence sur ces pays-là et pour accompagner des investissements qui seront fait par des tunisiens dans ces pays mais pas comme étant un pilier d’une politique d’emploi car il est indispensable de trouver des solutions dans la Tunisie. Par contre, une meilleure intégration régionale à travers la Libye ou l’Algérie permettrait de créer plus de richesses de valeurs dans la région. On créera plus d’emplois, plus d’investissements et cela doit être la priorité de la prochaine décennie.

 

Si vous étiez encore à la tête du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle qu’est-ce que vous auriez fait ?

D’abord j’aurais amplifié les filières de reconversion avec une plus grande implication des instituts de formation notamment les universités. Sur une telle période de transition, j’aurais décliné un programme à court terme qui soit clairement communiqué au peuple tunisien avec des actions ponctuelles et dire aux tunisiens ce qui sera fait en termes d’investissement,  de relance économique et d’emploi. Sur certaines régions en difficulté, j’aurais mis en place une politique précise d’investissement, un plan de relance, de grands travaux générateurs d’emploi mais j’aurais souhaité qu’ils soient accompagnés de mesures de formation et non pas par des emplois précaires pour calmer une situation sociale. Sur la formation professionnelle, nous avons commencé à identifier des partenaires potentiels pour avoir en cogestion certains centres de formation professionnelle pour bâtir les lettres de noblesse de la formation professionnelle parce qu’une partie de la solution de la relance de l’économie se trouve dans la revalorisation de la formation professionnelle. J’aurais également revu immédiatement la structure de la fiscalité notamment sur les salaires en remontant par exemple la première  tranche de 1.500 dinars à 3.000 dinars pour baisser le coût du salaire et par conséquent augmenter le pouvoir d’achat et ce en élargissant le collecte d’impôts à d’autres catégories pour respecter les équilibres budgétaires de l’Etat. 

 

La communication demeure le grand problème du gouvernement actuel ?

Le discours de la sincérité est une vertu pour la conscience et aussi pour le futur de ce pays. Ce discours doit être une constante de tout homme politique qui se respecte et qui a cet esprit patriote. Aujourd’hui on a le sentiment que le gouvernement souffre de forte perte de crédibilité. On a le sentiment et plus qu’un sentiment puisque les faits sont là, ne serait-ce que dans les nominations au niveau de l’Administration et dans les derniers critères de recrutement qui nous prouvent que finalement ils remplissent un népotisme par un autre. Ils travaillent l’intérêt d’un parti et pas celui de la patrie. Donc pour avoir de la communication, il faut mettre de la méthode et cela ne se fera pas avec 81 ministres.

 

Bien que nous ayons 730.000 chômeurs, des entreprises sont obligées d’importer de la main d’œuvre. Comment expliquez-vous cela ?

Il ne faut pas avoir peur d’importer de la main-d’œuvre de l’étranger ? On est un pays ouvert et comme nous exportons des compétences nous pouvons aussi en importer.  Cela dit, il y a  tout de même un manque de prospective. La solution, nous avons commencé à l’avoir en menant un dialogue avec les opérateurs économiques pour bâtir avec eux des plans de développement à trois ans. Il faut décliner un plan de recrutement et définir de manière précise les qualifications et les métiers dont les opérateurs économiques auront besoin. Un jeune qui a un diplôme mais qui n’a pas les qualifications lui permettant d’avoir un emploi, l’Etat se charge de le former. Dans le même temps il est impératif d’entamer la réforme de l’enseignement, revoir tout notre système d’éducation avec une mise en cohérence des politiques publiques et des acteurs économique. Sans oublier  qu’un découpage régional permet une cohérence entre les deux politiques publique et de formation.  Un jour, une femme chef d’entreprise m’appelle et me dit avec étonnement qu’elle a contacté le bureau de l’emploi pour recruter vingt personnes mais elle ne les trouve pas. Elle ajouta avec étonnement aussi qu’elle veut les payer 80 dinars par mois, ce qui est un bon salaire selon elle. Si on respecte la loi sur un plan social je pense que les personnes accepteraient plus facilement d’aller travailler chez cette dame.

Najeh Jaouadi

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