L’exaspération des jeunes algériens

Farouk Ksentini, le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des Droits de l’Homme (CNCPPDH) a remis récemment son rapport au président Abdelaziz Bouteflika. Malaise et détresse de la jeunesse, situation des détenus et des internés, de nombreux sujets ont été abordés et de nombreuses critiques émises.

 

En Algérie, au moins 60% des jeunes scolarisés ont des perspectives floues, 73% n’ont aucun cadre de vie et 33% rêvent de s’installer à l’étranger. Tels étaient les résultats d’une enquête (officielle) du Centre National d’Etudes et d’Analyses pour la Population et le Développement (CENEAP). Chaque année des centaines de jeunes sont interceptés par les marines italienne et espagnole alors qu’ils tentent de franchir la mer Méditerranée au péril de leur vie. C’est cette réalité qu’a tenté d’expliquer, ou du moins de décortiquer, en grande partie la Commission nationale consultative de promotion et de protection des Droits de l’Homme (CNCPPDH) dans son rapport. Le verdict de la commission est sans appel. Selon elle, le gouvernement algérien est le principal coupable car «il n’a pas su répondre aux demandes pressantes des jeunes et leur trouver des alternatives à des lendemains incertains». Premier signe d’un grand désespoir… de nombreuses manifestations ont été organisées en 2011 dans les grandes villes comme dans les zones rurales. Le deuxième signe est le phénomène de l’émigration clandestine, qui attire de plus en plus jeunes algériens.  Dans son dernier rapport, la Commission a appelé à la «décriminalisation» de l’acte de Harga considérant «inconcevable» qu’une seule réponse «répressive privative de liberté» soit donnée à cet acte de détresse.  Tout en préférant «une amende symbolique», elle a proposé de «rendre plus lourdes les peines contre les membres des réseaux» et de «se focaliser sur la consolidation des droits sociaux des citoyens».

 

Les questions qui fâchent…

En Algérie, selon les chiffres officiels de la Gendarmerie nationale, près de 7.200 personnes ont “disparu”, depuis 1992, après avoir été arrêtées ou enlevées. Durant la même période, des islamistes dont le nombre se situe entre «entre 15 000 et 18 000» ont été internés du sud du pays. Même si des progrès ont été réalisés, le (premier) dossier «n’a pas été clôturé». «Nous avons pratiquement apporté la solution», a-t-il affirmé. Cependant, certaines familles ne s’inscrivent pas dans le processus de réconciliation nationale. «Il reste un noyau  de familles de disparus qui considère qu’il y a encore des investigations à faire et que tant  que la justice ne s’est pas encore prononcée, le dossier doit rester ouvert», a-t-il nuancé. En ce qui concerne la question des déportés, Farouk Ksentini s’est prononcé en faveur de l’indemnisation…ne serait-ce qu’à titre symbolique.

 

A.T

 

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