SOCIETE
Publié le 26/07/2012
Violences aux urgences

 

 

 



 

Evoquant les violences perpétrées contre le personnel de santé dans les services des urgences, le chargé de mission au cabinet du ministre de la Santé, Mohamed Meftah, a dit que ce phénomène n’est pas nouveau et que «statistiquement, il n’existe pas un écart significatif entre le nombre d’agressions commises avant et après la Révolution.


La différence, c’est qu’on en parlait peu». Ce n’est pas tout à fait juste et ce n’est pas tout à fait faux. Oui, il y a toujours eu des violences aux urgences, mais elles n’ont jamais envoyé de médecin en réanimation, à côté d’un patient qu’il vient d’opérer. 

Ce que Monsieur Meftah a omis de dire, c’est que nous avions déjà et nous l’avons encore, un problème au niveau des services des urgences qui n’est plus accepté par les citoyens et aujourd’hui, vu les dérives sécuritaires, l’esprit de révolte chez les citoyens s’exprime… par la violence ! C’est là où résident le problème et l’urgence. Le ministère doit trouver un traitement de fond, immédiat, pour que le personnel de santé puisse travailler en toute sécurité.

 

Le calvaire

Les urgences en Tunisie sont un véritable calvaire. D’ailleurs, si vous devez faire un vœu, faites celui de ne jamais passer par les urgences de nos hôpitaux. Elles sont toujours encombrées. C’est la cohue. Le personnel est dépassé. Ça fait des années que cela dure, mais actuellement il y a un ras-le-bol chez les citoyens.  Ces derniers sont devenus exigeants, ils réclament des urgences dignes de ce nom. Ils regardent des séries télévisées qui se rapportent aux services des urgences, Dr House, Urgences, Greys Anatomy. Ils se font une idée de ce qui se fait ailleurs. D’ailleurs, le ministère le reconnait : «la vague de liberté qui a balayé le pays après la Révolution a rendu les citoyens plus exigeants en termes de rapidité et de qualité des prestations, oubliant les moyens limités de nos hôpitaux», estime M. Meftah.

 

“Au secours !”

Paradoxalement, le citoyen est pour beaucoup dans cet état de choses. Selon une étude réalisée par le ministère de la Santé en 2006, il y a eu une déviation des missions des urgences, puisque 60% des personnes qui consultent ces services sont des «fausses» urgences, mais de vrais malades. Il faut donc sensibiliser les patients pour savoir ce qu’est une urgence afin d’éviter une perte de temps au malade et à l’équipe médicale. Il faut également sensibiliser les citoyens à l’encombrement provoqué par la présence des accompagnants.

Les urgences témoignent de la qualité de la médecine d’un pays et du degré de développement d’une société. Encore un paradoxe tunisien : les urgences en Tunisie ne reflètent pas le niveau de la médecine tunisienne qui, lui, est très respectable. Quand on dit service des urgences, on sous-entend une célérité, une qualité et une disponibilité des prestations. Or ces trois règles font défaut à nos services de permanence. Dans les services modernes, l’affection des malades se fait de manière scientifique. Un personnel qualifié, un infirmier ou un médecin, assurent l’accueil des malades et ont pour mission de mettre un ordre dans la présentation des malades urgents.  Bien évidemment, cet ordre peut changer, car il y a une flexibilité dans cette opération, qui répond à la logique de l’urgence. Malheureusement, certains malades ne comprennent pas la notion d’urgence qui n’est pas un bureau de poste où le premier arrivé est le premier servi.  Il y a une priorité aux cas urgents que les citoyens tunisiens ont du mal à accepter.

Normalement, les urgences doivent être dotées de tous les moyens pour répondre aux besoins des citoyens et à la qualité exigée : équipement, infrastructure, matériel, main d’œuvre. Dans ce registre, le niveau requis n’est pas encore atteint dans nos hôpitaux.

 

Urgences : quelles stratégies de mise à niveau ?

Une question mérite d’être posée : qui assure les urgences en Tunisie ? Les internes et les résidents en médecine ou en chirurgie, qui n’ont aucune formation d’urgentistes.  Cette spécialité est encore rare dans le pays.  Peut être faut-il former les médecins avant de leur confier les urgences. Des urgences qui se respectent ont un personnel formé, qualifié, rompu à cette mission très difficile, très délicate, très complexe dont peut dépendre la vie des malades.

Il existe un autre problème relatif au  transfert des malades entre les urgences et les autres services. C’est un grand obstacle qui ternit l’image de marque des urgences, qui envenime le quotidien du personnel, qui alourdit parfois la prise en charge des malades. La capacité de nos hôpitaux est telle qu’on ne peut pas hospitaliser des malades aussi facilement qu’on le souhaiterait et le personnel se trouve obligé de les renvoyer chez eux malgré leur état de santé.

On sait que le ministère de la Santé prépare depuis des années une stratégie pour une mise à niveau des services des urgences. Elle tarde à se mettre réellement en place. Nous avons intérêt à la réactiver, car les affaires de violences dues à alcoolisme, aux drogues, aux blessures à l’arme blanche, aux jets de pierres, sont très fréquentes, comme dans toutes les urgences du monde et nous ne pouvons pas y échapper, alors autant nous y préparer.


 

Samira Rekik
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