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Publié le 28/06/2012
Vincent Geisser: Ennahdha et les salafistes, radioscopie d’une relation










Pour Vincent Geisser, le Monde arabe n’est pas un simple champ laissé en jachère qu’un chercheur se doit de cultiver pour récolter reconnaissances et honneurs. Sans être musulman, Vincent, le citoyen, ne cache pas son islamophilie dans un contexte européen ou l’islamophobie est parfois portée en étendard, en toute impunité.

Quant à Geisser, le chercheur, il scrute les changements des sociétés arabes en toute impartialité. Dans La nouvelle islamophobie (La Découverte, 2003), il a dénoncé dans les règles de l’art les nouvelles formes de racisme anti-arabe, sans pour autant apparaître comme un crypto-islamiste ou un idéologue déguisé en chercheur.

Pour lui, le monde arabe est un territoire aux contours changeants, une étendue qui a une histoire, et cette histoire n’en fait pas un noyau identitaire, mais un monde ouvert.

Politologue à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), auteur avec Michaël Béchir Ayari du livre Renaissances arabes. Sept questions clés sur des révolutions en marche (éditions de L’Atelier, 2011). Vincent Geisser a vécu en Tunisie entre 1995 et 2000, comme chercheur à l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC) de Tunis.

 Dans cet entretien, il analyse au scalpel, mais en toute sérénité, le salafisme, ses relations avec le mouvement Ennahdha, le rapport de celui-ci avec la violence sans oublier les recompositions politiques en cours dans notre pays. 

La nébuleuse salafiste n’est apparemment pas homogène. Quelles sont ses principales composantes et quels sont leurs objectifs ?
La mouvance salafiste n’est pas apparue avec la révolution du 14 janvier. C’est un phénomène antérieur qui existait déjà sous le régime de Ben Ali. Si elle n’était pas aussi visible et active qu’aujourd’hui, elle disposait néanmoins d’adeptes dans plusieurs villes du pays, notamment à Bizerte, Menzel-Bourguiba, Radès, Ezzahra, mais aussi dans le centre-ouest (Sidi-Bouzid, fief de la révolution) et dans les banlieues populaires de la capitale comme Ettadhamen, Intilaka, etc.

La nébuleuse salafiste recrutait généralement dans les mosquées avec pour cible des jeunes âgés de 16 à 30 ans, issus de milieux modestes, avec un niveau scolaire moyen. C’était généralement des jeunes désœuvrés, faiblement instruits et très peu structurés sur les plans intellectuel, politique et religieux.

 En Tunisie, le salafisme a très largement profité du vide politique et culturel créé par vingt-trois ans de règne de Ben Ali et du RCD à la tête de l’Etat. Le benalisme a été une machine à produire du salafisme chez les nouvelles générations tunisiennes qui n’avaient aucune mémoire politique. Les halaqat salafistes (cercles) se sont ainsi progressivement développés à l’ombre de la dictature, se nourrissant à la fois des prédicateurs des chaînes satellitaires du Golfe (Al Rahma, Al Hikma, Al Majd…) des opuscules vendus sous le manteau dans les foires du livre, mais aussi d’une littérature de propagande disponible sur Internet que les internautes téléchargeaient sous forme de PDF et qu’ils redistribuaient gratuitement auprès des futurs adeptes. C’est de cette manière que les œuvres d’Ibn Tamiyya ou de Muhammad Al Maqdisi circulaient dans la société tunisienne, alors qu’elles étaient auparavant censurées par le ministère de l’Intérieur.

Mais, il est vrai, que la mouvance salafiste tunisienne est loin d’être homogène. Déjà à l’époque de Ben Ali, on pouvait distinguer deux grands courants. En premier lieu, le salafisme dit « scientifique » (‘almiyya), littéraliste et plutôt pacifique, qui ne s’opposait pas frontalement au régime : à l’époque de la dictature, la police politique surveillait de près ces groupes littéralistes, mais ne les réprimait pas véritablement et, à certaines occasions, pouvait même les utiliser comme «indicateurs» pour infiltrer d’autres courants islamistes.

Car, à côté des salafistes dits «scientifiques», il est apparu ces dix dernières années un «courant jihadiste» (jihadiyya) qui, comme son nom l’indique, appelait au jihad contre les régimes jugés «impies», dont celui de Ben Ali. C’est notamment ce courant jihadiste qui a été directement impliqué dans «l’affaire de Soliman» en 2006-2007, première alerte salafiste sérieuse dans toute l’histoire politique tunisienne. Leur principal leader spirituel est le cheikh Abu Iyadh, originaire de la cité populaire d’«Ettadhamen».

Mais comme les adeptes de la salafiyya jihadiyya ne pouvaient pas pratiquer leur jihad en Tunisie, en raison du verrouillage sécuritaire, ils l’ont exporté à l’étranger, notamment en Egypte, en Syrie et surtout en Irak.


La Tunisie, petit Etat sur le plan démographique, est pourtant l’un de ceux qui a fourni le plus de «combattants jihadistes» à l’échelle du monde arabo-musulman. Enfin, à côté de ces deux courants (scientifique et jihadiste), il existait aussi des néo-salafistes «ordinaires», influencés par les chaînes satellitaires du Golfe et par la littérature circulant sur le Web, mais qui n’appartenaient pas à une organisation précise et se sont en quelque-sorte auto-formés.

C’est probablement parmi ces «salafistes anonymes» que les groupuscules tunisiens cherchent à recruter aujourd’hui, profitant de la transition démocratique, pour agir au grand jour et faire de nouveaux adeptes.

Quant à leurs objectifs, ils sont difficiles à déterminer de manière précise. De façon globale, on peut dire que ces différentes mouvances de la nébuleuse salafiste se rejoignent sur l’idée d’instaurer un Etat islamique en Tunisie, d’imposer la Charia comme Constitution et de combattre toutes les formes d’impiété (ou ce qu’ils perçoivent comme tel).

 En somme, ils veulent nettoyer la Tunisie de toutes les traces d’impiété, certains prônant la force de la conviction, d’autres la force brutale, c’est-à-dire le recours à la violence, en s’en prenant directement aux symboles, aux individus et aux groupes perçus comme l’expression de la mécréance (kouffar).

On comprend dès lors que les artistes et les intellectuels tunisiens puissent constituer des cibles privilégiées, car dans la vision salafiste, ils représentent les vecteurs de la «décadence occidentale».

Une bonne part de l’opposition reproche à Ennahdha, parti aujourd’hui au pouvoir, mais traversé lui aussi par des courants et contradictions internes, d’être complaisante, sinon complice des salafistes. Est-ce le cas ? Et de manière plus générale, quelle est la relation qu’Ennahdha entretient avec ces mouvements et comment les place-t-elle dans sa stratégie de conquête durable du pouvoir ?


Soyons clairs : ni le MTI (Mouvement de la tendance islamique ancêtre des Nahdhaouis actuels), ni les Nahdhaouis en exil, ni même Ennahdha comme parti gouvernemental, n’ont appartenu à la mouvance salafiste. Sur les plans politique, religieux et doctrinal, les Nahdhaouis ont souvent combattu les Salafistes, au point que ces derniers considèrent parfois Rached Ghannouchi comme un néo-impie ou, pire, comme un collaborateur des kouffars. Il n’y a jamais eu de grand amour entre les Nahdhouis et les Salafistes tunisiens, pas plus à Londres, qu’à Paris ou en Tunisie aujourd’hui.

Toutefois, il est vrai que depuis le 14 janvier, les responsables du parti Ennahdha sont confrontés à l’explosion du phénomène salafiste en Tunisie, auquel ils n’étaient pas du tout préparés. A l’instar des autres forces politiques tunisiennes, ils ont découvert l’implantation assez profonde de la nébuleuse salafiste dans la société tunisienne, notamment dans la jeunesse. Les Nahdaouis pensaient naïvement avoir une influence réelle sur les jeunes séduits par leur message islamique et la personnalité charismatique de Rached Ghannouchi.

Or, ils constatent, impuissants, qu’une bonne partie des jeunes tunisiens réislamisés clandestinement sous Ben Ali sont allés directement au salafisme sans passer par la «case Ennahdha».

On entend parfois en Tunisie ce dicton «Grand-père destourien, père nahdhaoui, fils salafiste». C’est une image caricaturale, mais qui comporte une part de vérité. La salafisation des esprits a fait son chemin en Tunisie. D’où aujourd’hui, l’urgence pour le parti Ennahdha de gérer la «question salafiste» et de l’intégrer à son agenda politique et électoral. Sur ce plan, je distinguerais trois stratégies qui provoquent des débats contradictoires au sein du parti Ennahdha.

D’abord, la stratégie de répression pacifique. C’est notamment celle prônée par le ministre de l’Intérieur actuel, Ali Larayedh, qui a compris que, s’il laissait se propager la mouvance salafiste, elle menacerait à terme l’hégémonie politique et électorale du parti Ennahdha et finirait par emporter la démocratie tunisienne toute entière. Cette stratégie d’affrontement pacifique avec les salafistes me paraît encore minoritaire dans le parti, car certains Nahdhaouis craignent le retour aux méthodes répressives et policières des «années Ben Ali» : comment des anciennes victimes de la torture peuvent-elles, elles-mêmes, utiliser la répression ?

Ensuite, la stratégie du laisser-faire qui me semble plutôt celle de Rached Ghannouchi. Les partisans de cette ligne pensent qu’ils finiront par surmonter le «problème salafiste» en Tunisie par une reconquête progressive des cœurs et des âmes.

C’est une stratégie qui procède d’une extrême confiance en soi et qui a toujours été celle de R. Ghannouchi qui, pendant ses années d’exil, a préféré perdre des militants (démissions, dissidences, exclusions, etc.) plutôt que de changer le parti de l’intérieur afin de le moderniser et d’en faire un grand parti de gouvernement, à l’image de l’AKP turque.

 De ce point de vue, R. Ghannouchi me paraît conduire une stratégie assez contradictoire : il se réclame souvent du «modèle AKP» et pourtant il ne fait pas grand-chose pour que sa propre formation politique devienne réellement un grand parti conservateur «moderne» à l’instar de ceux existant dans les démocraties parlementaires (partis démocrates-chrétiens), où la référence religieuse devient purement culturelle.

Enfin, la stratégie de collaboration qui est celle de leaders ultraconservateurs comme Sadok Chourou qui pense que les salafistes et les nahdhaouis appartiennent à la même «famille islamiste».

 Pour eux, les alliances doctrinales, politiques et électorales sont non seulement possibles, mais souhaitables. Cette tendance collaborationniste parie précisément sur la «salafisation des esprits» dans la jeunesse tunisienne. Elle sait que le salafisme a un réel avenir dans les sociétés arabes et son objectif est donc de «salafiser» le parti Ennahdha, afin qu’il garde une influence chez les plus radicaux. C’est une stratégie que l’on pourrait qualifier de «populiste et identitaire», à l’opposé de ceux qui prônent le modèle réaliste et démocratique de type «AKP turque».

Il faut donc se garder des analyses globalisantes qui considéreraient que le parti Ennahdha aurait une position unique sur la question salafiste.

C’est plus compliqué que cela. Les débats internes au sein du parti nahdhaoui sont souvent agités et contradictoires. La cacophonie nadhaouie à laquelle on a assisté le vendredi 15 juin à propos de la manifestation de la «défense du sacré» en est la preuve éclatante. En tout cas, le parti Ennahdha est à un carrefour de son histoire : ou bien il sera capable de faire son «congrès de Ksar Hellal» (en référence à la création du Néo-Destour en 1934), ou bien il disparaîtra au profit d’autres forces démocratiques ou, pire, de mouvements islamistes encore plus radicaux que lui.

Vous présentez Rached Ghannouchi comme un simple «animateur» d’un courant parmi d’autres existants au sein d’Ennahdha, alors qu’il est le leader incontesté de ce mouvement et que sa voix est largement prépondérante... D’ailleurs, n’est-ce pas la ligne du «laisser-faire» qui a prévalu jusque-là au sein du parti comme au sein du gouvernement ? La position de Rached Ghannouchi, même après la récente vague de violences, demeure inchangée à l’égard du courant salafiste. Il ne l’a pas condamné en tant que tendance «politique» et considère que les violences commises sont des actes individuels…

Quand je parle de «laisser faire», c’est justement au sens de l’attentisme prémédité : Rached Ghannouchi n’a pas tellement envie d’affronter frontalement les groupuscules salafistes, pensant à terme les récupérer, voire les intégrer dans le parti Ennahdha. Cela relève bien d’une stratégie politique. Mais à la différence des collaborationnistes (tendance Chourou), il refuse de «salafiser» la ligne politique du parti. En somme pour lui, ce sont les salafistes qui doivent se «nahdhaouiser» et non l’inverse.
En revanche, je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur le caractère incontesté et incontestable du leadership de R. Ghannouchi dans le parti. Dans le passé, il a déjà dû affronter des oppositions internes, notamment quant à la ligne à suivre contre la dictature de Ben Ali. Encore aujourd’hui, ses décisions ne font pas l’unanimité. R. Ghannouchi occupe, certes, une position dominante dans la mouvance nahdhaouie, du fait qu’il est le fondateur historique, mais il n’est pas le seul à prendre les décisions. Il doit souvent composer avec les autres leaders et la base militante, notamment ceux de l’intérieur, qui ont la légitimité de «martyrs» du fait qu’ils ont passé de longues années dans les prisons de Ben Ali.

 De plus, le gouvernement à majorité islamiste a désormais sa propre dynamique du fait qu’il fonctionne avec deux autres forces politiques (le CPR et le FDTL) et qu’il tient à garder une certaine crédibilité vis-à-vis des partenaires étrangers, notamment l’Union européenne et les Etats-Unis. Enfin, on ne peut nier une certaine normalisation d’Ennahdha qui fonctionne de plus en plus comme un «parti moderne» avec des instances dirigeantes, un parlement interne, et des institutions d’arbitrage.

Aujourd’hui, R. Ghannouchi doit nécessairement composer avec ces données internes au parti et au gouvernement de la Troïka. Il n’est pas le seul capitaine à bord du navire islamiste, même s’il reste leur référence morale et spirituelle.

L’histoire du rapport du mouvement Ennahdha avec la violence n’a pas été encore écrite. Elle sera probablement débattue lors du prochain congrès prévu du 12 au 15 juillet prochains. La vérité sur les attentats terroristes de Sousse et Monastir en 1987 ou sur les événements de Bab Souika en 1991 n’a pas été dite. Si Abdelfattah Mourou, fondateur du mouvement, reconnaît la responsabilité d’Ennahdha et a signifié son refus de cette dérive terroriste en démissionnant à l’époque de sa direction, et si dans une moindre mesure, son Secrétaire général, Hamadi Jebali, reconnait une responsabilité limitée de son mouvement, Rached Ghannouchi ne se départit pas d’une position qualifiée de négationniste et conspirationniste.

 Sachant que l’interprétation et l’écriture de l’histoire sont au centre de l’action politique, que veulent signifier ces divergences au sein d’Ennahdha sur ces questions ?

Dans mes recherches avec mon collègue Michel Camau (Le syndrome autoritaire, Presses de Sciences Po, 2003) nous avons étudié le rapport complexe des islamistes nahdhaouis (ex-MTI) à la violence. Nous avons été les premiers chercheurs, avec François Burgat, à raconter en détails leur projet de coup d’Etat du 8 novembre 1987, dans lequel Rached Ghannouchi et Abdelfattah Mourou étaient directement impliqués (ils avaient donné leur accord), même s’ils n’ont jamais voulu le reconnaître. A l’époque, le contexte de décrépitude du régime de Bourguiba et la dérive sécuritaire (plusieurs condamnations à mort) permettaient de comprendre les raisons de ce projet. Mais la plupart des dirigeants islamistes persistent à nier le projet du 8 novembre, comme s’ils voulaient se construire une image lisse et pacifique. C’est une erreur, car ce mutisme fait planer des doutes sur la sincérité de leur renonciation définitive à la violence politique. Un examen critique et un regard lucide sur les «erreurs du passé» leur permettraient de lever tous les soupçons qui pèsent sur eux, d’autant plus qu’on a tendance à leur mettre sur le dos des projets d’attentats qu’ils n’ont jamais commis (on ne dispose d’aucune preuve sur leur implication réelle dans les attentats d’août 1987). Comme je le dis souvent, les islamistes tunisiens «ne sont ni des anges, ni des démons». Ils sont d’abord des acteurs politiques qui aspirent à participer à une vie politique démocratique. Il leur appartient de prouver leur maturité en ouvrant leurs archives au peuple tunisien. C’est une question de respect pour leurs militants, mais aussi pour l’ensemble des citoyens tunisiens qui ne veulent plus vivre dans le mensonge d’Etat comme à l’époque de Ben Ali.

Quelle analyse faites-vous de la recomposition de la scène politique en Tunisie après le lancement du mouvement «Nida Tounis» de Béji Caïd Essebsi ?
A l’époque de Ben Ali, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois Béji Caïd Essebsi. Avec mon collègue Michel Camau, nous préparions un colloque international et un ouvrage en hommage à Bourguiba (Habib Bourguiba, la trace et l’héritage, éditions Karthala, 2004). Nous avons d’ailleurs publié un long entretien avec lui. A ces différentes occasions, j’ai pu apprécier l’intelligence politique et l’humour de C. Essebsi, ainsi que son amour pour l’histoire de la Tunisie. C’est un homme d’Etat doté d’un sens politique aiguisé. Mais ses qualités incontestables en font-elles pour autant un dirigeant d’avenir pour le pays ? Selon moi, Caïd Essebsi incarne une conception ancienne de la politique, marquée justement de l’empreinte bourguibienne, qui tend à considérer le peuple comme immature et qu’il convient donc d’éduquer politiquement. Je crois que Caïd Essebsi est un démocrate sincère, mais un démocrate «à l’ancienne» qui n’a pas vraiment compris que le peuple tunisien ne veut plus aujourd’hui de figures tutélaires, de «père de substitution». De mon point de vue, C. Essebsi aurait été beaucoup mieux dans un rôle de «sage de la politique», susceptible d’être consulté et d’apporter des conseils aux acteurs de la transition démocratique. Je le vois davantage à la tête d’un «think tank républicain» que d’un parti politique. S’il veut rester dans l’Histoire avec grand « H », C. Essebsi doit prendre de la hauteur par rapport à la politique politicienne.

Comment appréciez-vous la situation politique actuelle en Tunisie ? Et quels points de comparaison avec l’Egypte ?
Il existe des éléments de convergence inquiétants entre les deux pays : la crise économique, la chute vertigineuse des revenus touristiques, l’aggravation du chômage des jeunes, le retour de la violence politique, la «question salafiste» qui empoisonne le débat public et surtout la perte de confiance d’une partie de la population en la démocratie et qui est donc tentée de revenir à des solutions autoritaires. Mais il y a une très grande différence aussi : la transition égyptienne n’a pas remis en cause fondamentalement l’influence politique de l’armée qui reste la principale maitresse du pays, alors qu’en Tunisie, l’armée joue clairement le jeu de la transition démocratique. C’est une armée républicaine qui, par sa modestie, est devenue, depuis le 14 janvier, l’une des institutions clefs de l’Etat et de l’avenir démocratique de la Tunisie. Je pense que les Tunisiens doivent retrouver le chemin du dialogue patriotique et surtout ne pas oublier qu’ils représentent l’espoir pour l’ensemble du monde arabe. Si l’expérience démocratique venait à échouer en Tunisie, cela serait un échec pour la totalité des peuples arabes et les premiers à pleurer la révolution du 14 janvier ne seraient pas forcément les Tunisiens eux-mêmes, mais les insurgés de Homs qui brandissent le drapeau tunisien comme emblème de démocratie et chante en cœur Humât al hima comme symbole de leur liberté.


On peut dire que ces différentes mouvances de la nébuleuse salafiste se rejoignent sur l’idée d’instaurer un Etat islamique en Tunisie, d’imposer la Charia comme Constitution et de combattre toutes les formes d’impiété (ou ce qu’ils perçoiven

Sur les plans politique, religieux et doctrinal, les Nahdhaouis ont souvent combattu les Salafistes, au point que ces derniers considèrent parfois Rached Ghannouchi comme  un néo-impie ou, pire, comme un collaborateur des kouffars.t comme tel).

Nous avons été les premiers chercheurs, avec François Burgat, à raconter en détails leur projet de coup d’Etat du 8 novembre 1987, dans lequel Rached Ghannouchi et Abdelfattah Mourou étaient directement impliqués (ils avaient donné leur accord), même s’ils n’ont jamais voulu le reconnaître.

L’armée joue clairement le jeu de la transition démocratique. C’est une armée républicaine qui, par sa modestie, est devenue, depuis le 14 janvier, l’une des institutions clefs de l’Etat et de l’avenir démocratique de la Tunisie.

Hassan Arfaoui
3 commentaires
roule pour marzouki
dubitatif |11-07-2012 22:34
VIncent Geisser, grand ami de Marzouki, ne fait que reprendre ici des thèmes qui vont exactement dans le sens des propos que Marzouki n'a pas arreté de nous marteler depuis des années
Réponse à V.Geisser.
Riadh Chatti |29-06-2012 13:05
Je pense que Vincent Geisser est très bien informé et que son analyse des liens entre Ennahdha et les salafistes est pertinente. Cependant, le "conseil" qu'il donne à M.Béji Caïed Esseb
-si ne me semble pas être un bon conseil ! Je pense que M. Essebsi a un rôle fondamental à jouer en Tunisie.
Vincent sympathyse trop avec les islamiste
abu haifa |29-06-2012 10:25
Vincent je croit que votre absence de la scène tunisienne durant les dernière année vous a laisse entre les mains des exilés d'ennahdha en France. Je suis d'accord avec votre analyse en grande partie mais deux points je ne suis pas tout a fait d'accord
le prmier concernant Nahdha ce n'est pas un parti d'mocratiques les gens qui ont resté en Tunisie et un grand nombre d'entre eux ont préféré de se ralier a RCD ou de jouer le double jeux et les autres qui ont passé des années en prison ne peuvent pas des démocrates ils sont un danger imminent sur la démocratie
deuxième point concernant BCE la Tunisie actuellement a besoin d'un homme comme lui il nous rappelle au moins les années où la Tunisie été respectée et le tunisiens été enthousiaste par un modèle moderniste sinon sans BCE c'est le modèle iranien qui va être mis en place en Tunisie d'ailleurs Msaddek été le BCE de l'Iran mais malheureusement il a été tué par les extrémistes islamistes
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