chroniques
Publié le 21/06/2012
Un autre regard: Le désenchantement de la cyber-dissidence !


Le printemps arabe a révélé le rôle joué par la cyber-dissidence dans la dénonciation de la dictature et dans sa chute ! Pourtant rien ne prédestinait ces amoureux de la Toile à devenir des acteurs politiques qui ont pu faire en peu de temps ce que les grands partis de l’opposition démocratique n’avaient pas été en mesure de faire durant les longues nuits de l’autoritarisme.

 En effet, ces enfants de la petite bourgeoise urbaine ont découvert le monde virtuel et ont rapidement épousé les valeurs de liberté et d’autonomie dans un univers étouffé par la montée des conservatismes politique et social. Du coup, ils ont migré dans ce nouveau monde, emportant avec eux leurs rêves et leurs utopies artistiques, politiques et sociales.

Mais, ce désir d’évasion et de large a été rapidement confronté à l’arme de la censure et à la répression de régimes qui ont découvert sur le tard la charge subversive du monde virtuel et sa capacité de critique politique et sociale.

Ainsi, on a assisté au déchaînement d’une lutte sourde entre les nouveaux porteurs d’utopie et les agents zélés d’une répression sans limites et d’un ordre sans contestation. Cette répression a été inefficace, car le monde de la Toile offre une liberté qu’il est difficile de reprendre. De ce point de vue, le monde post-moderne de la virtualité a pu mieux résister à la chape de plomb de la répression que celui des partis issus de l’univers de la modernité classique.

 Mais, cette volonté de contrôle et de verrouillage de la Toile de la part des pouvoirs en place a eu une autre conséquence majeure, qui est le basculement des cyber-activistes dans la dissidence politique et dans l’opposition aux régimes autoritaires arabes.
Ces cyber-activistes vont se mobiliser et devenir une importante force de frappe dans le volontarisme politique contre les dictatures arabes.

Les jeunes blogueurs ne cesseront plus d’inventer de nouvelles formes de contestation et de radicalisation. Des messages politiques aux manifestations virtuelles à la constitution de réseaux sociaux d’opposants, les formes de mobilisation n’ont pas manqué pour faire face à des régimes devenus anachroniques dans un monde global de plus en plus marqué par l’ouverture et la pluralité. Parallèlement à cette mobilisation, la cyber-dissidence a joué un rôle important dans le partage de l’information sur la montée des luttes sociales dans les pays arabes.

Ainsi, ce qui se passait dans le silence des geôles et la répression fermée qui terrorisait les populations et les militants politiques devenait impossible dans le nouveau monde post-moderne. Les blogueurs et les cyber-activistes devenaient les témoins qui ouvraient largement leurs yeux et qui ne laissaient plus les victimes seules en face de leurs bourreaux. Désormais, les images des mobilisations et des peuples qui se révoltent dans le monde arabe font le tour de la blogosphère. Des images qui ont contribué à la fin de la peur de l’effroi devant la terreur. Ces images ont également participé à l’extension de la révolte.

 La résistance à l’autoritarisme, contrairement à ce que prétendent les orientalistes, est devenue la nouvelle figure du politique dans le monde arabe. En même temps, les images de la répression ont fait le tour du monde, accélérant la condamnation des régimes autoritaires et les rendant de moins en moins fréquentables.
Ainsi, la mobilisation de la blogosphère a largement contribué au printemps arabe et les blogueurs et autres cyber-activistes sont devenus les héros de ces révolutions.

Certains n’ont pas hésité à en faire l’avant-garde des révolutions post-modernes, jetant ainsi aux oubliettes les partis politiques traditionnels perçus de plus en plus comme les legs d’un monde moderne passé aux oubliettes de l’histoire. La mobilisation et l’utopie libertaire de la Toile se sont poursuivies pendant les premiers mois des révolutions arabes. Les appels aux grandes manifestations et aux grands happenings révolutionnaires passaient désormais par les réseaux sociaux.

 L’appel à la Toile ne s’est pas limité au politique mais il a touché aussi tous les autres domaines de la vie artistique, sociale et économique. Désormais, la Toile est devenue un grand lieu de création et d’innovation dans nos pays où les blogueurs s’en sont donnés à cœur joie et ont décuplé leur inventivité et leur imagination.
Mais le printemps arabe, cet espace de liberté, a commencé à se rétrécir et la blogosphère a commencé à connaître les rigueurs de la glaciation.

D’abord, elle est devenue un lieu propice à la contre-information et les rumeurs en tous genres. Aussi, les partis politiques ont découvert l’importance de cet outil et vont en faire un outil de propagande. La blogosphère sera particulièrement l’outil de prédilection des partis salafistes qui en feront un canal en faveur de leurs appels à une lecture littéraliste du Coran et à leur rejet de toute volonté d’ouverture sur le monde moderne.

 Ils n’hésiteront pas en faire usage pour lancer leurs condamnations des opposants, jusqu’aux appels aux meurtres.


Progressivement, la blogosphère, qui était il y a seulement quelques mois le nouveau centre de l’utopie libertaire et de la démocratie, est devenue un lieu où dominent les appels au rejet de l’autre et au refus de la pluralité et de la différence. Un changement qui explique les désillusions et le désenchantement des blogueurs qui espéraient faire de cet espace le lieu de liberté du sujet post-moderne par essence devant la montée des conservatismes.

 Or, cette utopie libertaire est en train de se noyer sous les coups de butoir de l’extrémisme et risque de céder la place à un hiver rugueux et glacial !

 A moins que les hivers arabes aient aussi leur jardins qui nous permettront de nourrir une nouvelle espérance politique pour le monde d’en bas et une nouvelle utopie libertaire pour la blogosphère !     

Hakim Ben Hammouda
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