chroniques
Publié le 26/07/2012
Un autre regard: L’Afrique en 2012: Résilience et quelques nuages !

Les nouvelles économiques en provenance d’Afrique, ces derniers jours, sont plutôt bonnes. Certes, la croissance économique a baissé en 2011 pour passer de 5% en 2010 à 3,4%. Même en baisse, ces résultats représentent, par ces temps de vaches maigres et de récession généralisée dans l’économie mondiale, d’importantes réalisations.


Ces nouvelles sont d’autant meilleures qu’elles vont se prolonger durant l’année 2012 avec une croissance qui pourrait se situer à 4,5% et qui devrait croître en 2013 pour atteindre 4,8%.

L’Afrique a pu démontrer, depuis la grande crise de l’autonome 2008, qu’elle est résiliente et qu’elle a fait preuve d’un important dynamisme économique. Certes, l’impact de la crise globale a été à l’origine d’une baisse de la grande dynamique que l’Afrique avait retrouvée dans les années 1990. Mais le continent a pu éviter le pire et a pu maintenir un niveau relativement fort de croissance tout au long de ces années de crise. Plusieurs raisons expliquent cette résilience africaine dans ces moments d’incertitude ! On peut en citer quelques-uns dont les réformes mises en œuvre et qui ont permis d’améliorer la situation macroéconomique et accroitre par conséquent la marge de manœuvre des pays africains. La plupart des pays africaines, à l’image d’un grand nombre de pays du Tiers-Monde, ont ainsi pu initier des politiques pro-cycliques au pire moment de la crise pour soutenir les dynamiques de croissance et empêcher leur transformation en une récession ouverte.

Ainsi, contre vents et marées, l’Afrique a pu maintenir une grande résilience par ces temps troubles et risqués de l’économie mondiale. Mais, la question que ne cesse de se poser experts et spécialistes depuis quelques mois, est de savoir si cette résilience est suffisante pour faire de l’Afrique la nouvelle destination de l’émergence. C’est là où un nouveau consensus est en train d’émerger pour considérer que l’Afrique doit faire plus et mieux pour sortir de cet état et faire aussi pousser les frontières de l’émergence, du développement et de la modernité. Les études qui ont été faites sur l’Afrique ces dernières années ont montré d’importants progrès sur une longue période. Les économies africaines ont enregistré des rythmes de croissance importants avec une moyenne annuelle, depuis le tournant du siècle, de 5% et surtout une croissance par tête d’habitant de 2,2%. L’Afrique a enregistré aussi d’importants progrès en matière de développement humain où la durée de vie, même si elle reste faible par rapport à l’Asie qui se situe à 65 ans, a connu une amélioration et se situe aujourd’hui autour de 56 ans.

Par ailleurs, l’Afrique a connu d’importantes évolutions politiques et la plupart des pays sont gouvernés par des gouvernements élus et représentatifs. Il faut aussi mentionner un déclin rapide des guerres civiles et de la violence. Ainsi, la plupart des pays qui ont connu d’importantes guerres civiles sont en train de construire patiemment des processus de paix. Ces transitions post-conflit ont été à l’origine d’une forte amélioration de la sécurité sur le Continent. Il faut aussi mentionner l’environnement institutionnel sur le Continent avec des progrès sans précédent dans l’environnement des affaires qui ont encouragé l’investissement privé. Il faut noter que la création d’une entreprise, qui demandait 64 jours en 2003, ne suscite plus aujourd’hui que 37 jours. Certes, ce chiffre parait encore plus élevé par rapport à l’Asie où 25 jours seulement sont nécessaires, mais il témoigne d’une forte progression et d’une amélioration importante de l’environnement des affaires. On peut également souligner que la moyenne de jours nécessaires pour réaliser une exportation en Afrique a également beaucoup diminué et elle est passée de 39 à 31 jours.

On peut multiplier les exemples qui montrent que l’Afrique a coupé court avec l’image des violences, des famines et de la pauvreté que ne cessaient de projeter les moyens d’information mondiaux. L’Afrique est rentrée dans une nouvelle ère depuis les années 1990 et suscite l’intérêt des grands pays et des grands investisseurs. C’est un nouveau continent et une nouvelle image qui se projettent sur la scène mondiale et qui font de l’Afrique la nouvelle frontière de l’émergence et du développement. L’Afrique n’est plus le continent de la maladie et de la fatalité mais celui de l’espoir et de la croissance future.

Cependant, on se rend compte aujourd’hui que ces progrès sont fragiles et que les retournements de situations peuvent parvenir à tout moment. La crise malienne a été de ce point un signal d’alarme car tout le monde était persuadé que ce pays était installé dans une démocratie stable apaisée. Or, le coup d’Etat à quelques mois des élections, a montré la grande fragilité des transitions politiques sur le Continent.

La faiblesse de la diversification de la plupart des économies africaines est une importante source d’instabilité pour le continent. En dépit des efforts mis en place dans les années 1970, les dynamiques de croissance dans la plupart des pays africains restent fortement portées par les exportations des matières premières. Or, cet effort de diversification a été remis en cause par le revirement des modèles de développement dans les années 1980 et l’avènement du Consensus de Washington dont l’intérêt se limitait aux grands équilibres macroéconomiques. Aujourd’hui, il est temps de revenir aux questions de transformation économique qui devront soutenir la croissance africaine et lui permettront de sortir du cercle vicieux de l’économie de rente. Mais la croissance africaine souffre également de son incapacité à réduire les inégalités sociales qui ne cessent d’augmenter et remettent en cause la légitimé des pouvoirs politiques et la stabilité des systèmes démocratiques. La croissance africaine doit impérativement chercher à être plus inclusive à travers une meilleure répartition des richesses. La répartition doit aussi s’accompagner d’une plus grande protection des groupes sociaux les plus vulnérables à travers, notamment, la mise en place de systèmes de sécurité sociale qui permettent de gérer l’impact négatif des grandes crises comme, par exemple, la hausse des produits agricoles. L’Afrique devrait aussi s’attaquer à l’impact du réchauffement climatique et inscrire sa croissance dans la mitigation de ses effets afin de défendre l’avenir de nos enfants et favoriser une croissance plus verte. 

Le soutien de la croissance économique passe également par une meilleure gestion de l’impact des chocs globaux comme la récession européenne qui pèse de tout son poids sur le Continent. Ceci passe par un accroissement des marges de manœuvre économiques afin de mettre en place les politiques contra-cycliques pour mitiger l’impact des crises globales. Par ailleurs, le renforcement de l’intégration régionale sur le continent pourrait constituer, comme c’est le cas pour d’autres régions dont l’Asie, de nouveaux moteurs de croissance.

L’Afrique a fait preuve depuis quelques années d’une grande résilience économique. Cette résilience est certes nécessaire mais elle est insuffisante pour dissiper les nuages et faire rentrer l’Afrique dans l’ère de l’émergence. Le Continent a besoin aujourd’hui, pour entamer une nouvelle ère, d’opérer une véritable transformation économique, une plus grande inclusion sociale, une transition vers une économie verte et d’une plus grande maîtrise de l’impact des crises globales à travers, notamment, une plus grande intégration régionale.

Hakim Ben Hammouda
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