Bien que les observateurs aient considéré l’attentat de la semaine dernière causant la mort de quatre hauts responsables du régime syrien dont notamment le ministre de la Défense Daoud Rajha, comme un coup dur pour Bachar Al Assad et un signal fort pour une chute imminente de son régime, la vérité du terrain ainsi que les tiraillements politiques sur le plan international sont loin de confirmer cette hypothèse.
Il va de soi qu’aujourd’hui la Syrie s’enlise dans une guerre civile. Tous les indices montrent que la crise n’est pas encore en mesure d’être résolue et que la situation a atteint un point de non retour. Toutefois, jusqu’à nouvel ordre, le régime semble encore capable de résister pour une longue période. A notre sens cela est dû à de nombreux facteurs qui ont permis au régime sanguinaire d’Al Assad d’endurer plus de 16 mois, malgré l’intensité des affrontements avec l’Armée syrienne libre et les fortes pressions internationales.
Durant plus de 40 ans, la famille Al Assad a réussi à fonder un dispositif sécuritaire et une force armée considérable fidèle, obéissante et toujours au service du « Président » et à sa base communautaire alaouite dont le soutien donne encore le pouvoir à Bachar de réprimer la révolte et d’anéantir l’opposition. Cette opposition, se trouvant dans sa majorité à l’étranger, n’arrive plus à peser lourdement sur le régime puisqu’elle n’a pas encore un projet commun et une vision claire de l’avenir de la Syrie post-Al Assad. Mieux encore, on parle même d’opposition syrienne dont les décisions dépendent des intérêts des pays où elle réside. Cette fragmentation de l’opposition a permis au régime syrien de mieux tenir contre des rivaux dépourvus de stratégie et d’action commune. D’ailleurs, bien que l’armée syrienne libre dispose actuellement d’armes sophistiquées en provenance de Turquie, d’Arabie Saoudite et de Qatar, elle reste incapable, seule, à faire face à des troupes armées bien équipées et bien organisées. La guerre est déséquilibrée. Seule “la guerre des rues” dans laquelle sombrent plusieurs villes syriennes permettrait un tant soit peu à affaiblir le régime à long terme, idem pour les attentats ciblés. Bien que le dernier attentat qui a fait explosé le centre de la sûreté nationale à Damas semble porter les traces d’un service de renseignement étranger, il a créé un état d’effroi au sein du régime. On a même évoqué une implication éventuelle du Mossad dans cette affaire.
Les Israéliens ainsi que les Occidentaux et notamment les Américains qui n’ont jamais caché leur hostilité au régime d’Al Assad (père et fils) se trouvent aujourd’hui décontenancés face à cette crise syrienne. Bien qu’ils souhaitent le départ du régime alaouite qui, avec les Iraniens et le Hezbollah ont toujours représenté une menace réelle pour l’existence même de l’Etat juif, les Israéliens ont peur de l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants radicaux. Ils se trouvent perplexes et incapables de réagir à terme.
Ils sont entre l’enclume d’un régime qui se déclare nationaliste et qui exprime clairement son animosité envers l’Etat hébreu mais qui reste malgré tout “gérable” et le marteau d’éventuels nouveaux dirigeants islamistes radicaux qui pourraient représenter un danger plus réel.
Cette phobie d’un éventuel pouvoir des islamistes en Syrie lors de la chute de régime en place est un sentiment partagé. Les Russes aussi, qui n’ont jamais caché leur soutien au régime de Bachar Al Assad en usant du droit de véto au Conseil de sécurité à trois reprises, veulent à tout prix garder un allié stratégique dans la région qui demeure une valeur stratégique incontestable. Les Russes, qui ont des expériences amères avec les islamistes notamment les Moudjahidines en Afghanistan et en Tchétchénie qui recevaient des soutiens financiers importants de la part des pays du Golfe, veulent faire avorter toute tentative d’émergence de mouvements islamistes en Syrie et éviter que celle-ci ne se transforme, en une base de rassemblement des Moudjahidines, après la chute de leur protégé. Des informations circulent à propos d’une participation considérable des combattants tchétchènes avec l’Armée syrienne libre.
Cela dit l’alternative en Syrie ne doit pas être de tendance islamique qui dans un pays multiethnique, risque de créer un climat de méfiance et d’instabilité et pourrait ouvrir le chemin à une guerre de communautés.
Somme toute, que la Ligue arabe qui a aussi sa part de responsabilité dans ce bourbier syrien, appelle Bachar Al Assad à quitter le pouvoir ou même l’opposition à former un gouvernement de transition ou non, cela ne changera pas grande chose quant à l’avenir de la Syrie qui n’a plus son sort entre ses mains.