«Au Nord, il fait toujours plus frais…». Soit ! Allons à Bizerte. Si nous venons de la ville, 700 à 800 mètres avant ce qui s’appelait «le Camp du Nador» à l’époque coloniale, se trouve un autre ancien petit camp militaire, à droite de la route.
100 mètres à peu près avant ce dernier camp, une rue qui mène jusqu’à la plage formée par l’estuaire de l’Oued Damous s’ouvre sur la gauche. D’ailleurs, n’importe quel Bizertin vous indiquera cette route, car elle descend, vers la mer, d’abord entre des collines, plus ou moins cultivées qui se couvrent de maisons, puis elle serpente dans la vallée boisée de pins en suivant le cours de l’Oued Damous.
Les sites
On peut venir camper sur l’estuaire pour un week-end ou y pique-niquer une journée. Les sportifs y viendront à VTT et même avec des bicyclettes «de tourisme» : le centre de Bizerte n’est qu’à 4 kilomètres environ.
On peut camper sur la plage ou à l’ombre des arbres un peu plus loin. Il ne faut pas rester trop près des fourrés de tamaris et autres végétaux qui foisonnent dans la dernière partie de l’oued. Il peut y avoir des moustiques.
Un secret pour s’en protéger : se passer sur la peau une solution aqueuse, bien diluée, d’essence de citronnelle !
Les promenades
Puisque nous avons parlé de VTT, les sportifs peuvent décider de retourner à Bizerte par la route qui d’abord mène à Ras Angela puis ramène à l’ouest de Bizerte.
On peut aussi décider de partir, vers l’ouest, à pied, vers Ras Angela. Des «sentiers de chèvres» longent le littoral. Ils permettent de découvrir des carrières antiques tout au bord de l’eau. Bien sûr : il était plus facile de charger les pierres sur des barques et de les transporter par la mer que d’escalader, chargé, les collines voisines. Le sable des dunes cache encore des vestiges antiques.
Chemin faisant, dans les rochers, on peut ramasser des «bulots» : coquillages marins à la «coquille» presque cylindrique, de la famille des Buccins. Simplement bouillis dans une eau salée, ils sont délicieux. Il faut toujours être «chaussé» quand on marche dans l’eau sur les plages de sable peu fréquentées : la piqûre d’une «vive» reste redoutable.
On peut aussi «cueillir» des oursins, souvent dans cinquante centimètres d’eau. On les sort de leurs trous avec une fourchette en inox dont les «dents» permettront d’ouvrir la bête, le bout du manche, plat et large, servira de «cuillère» pour les manger.
On peut aussi rechercher les poulpes qu’un petit tas de cailloux, à l’entrée d’un trou, dénonce. Regardez bien : parfois, des soles se cachent dans le sable à quelques pas de la plage. On les pêche à la fourchette !
Gardez quelques oursins. Si vous avez apporté, dans une glacière, quelques «rougets». Allumez un petit feu sur la plage, lavez à l’eau de mer vos poissons et faites les griller, comme ils sont. Une fois cuite, la peau se détache facilement en gardant les écailles. Vous retirez la tête et l’arête centrale.
Les entrailles, coagulées par la chaleur, s’enlèvent d’un coup. Etendez sur les deux demi rougets, les œufs de 2 à 3 oursins ; mangez-les chauds et dites-nous ce que vous en pensez.
C’est une recette qu’on peut réaliser avec tous les «bons» poissons : daurades, loups, mulets et même tranches de mérous rouges : «mannani».
Les marcheurs infatigables peuvent décider d’escalader les collines voisines. Leurs sommets culminent à 100 mètres environ et ne sont qu’à un kilomètre de la plage. Ils peuvent aussi choisir d’aller, en longeant le littoral, jusqu’au Ras Rihane à 6 kilomètres environ vers l’ouest, ou jusqu’au Cap Bizerte : Ras Guardia à 3 kilomètres à l’Est du Cap Blanc.
Ce sont, à notre avis, des randonnées de la journée ; 5 heures de marche aller-retour. Les baignades en milieu et à la fin de la promenade n’en seront que plus appréciées.
Les amateurs de plage se contenteront de petites marches dans les bois, à l’ombre et dans le parfum balsamique des pins. Savez-vous qu’il est question, une fois de plus, de confisquer une belle plage aux Tunisiens ? Des promoteurs veulent, sur le site de l’Oued Damous, construire une ville balnéaire pour 25 000 habitants !
Ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter un appartement, où iront-ils se baigner ? Quel mécanisme fera remonter les eaux usées vers les collines de Bizerte ? Elles seront donc rejetées à la mer qui sera un peu plus polluée !
Les plaisirs
Que tous les visiteurs sachent que ces lieux sont agréables, pratiquement en toutes saisons. Au printemps, les sous-bois sont tapissés de belles orchidées sauvages et résonnent des roucoulements des tourterelles.
Les pêcheurs locaux capturent alors des sèches qu’on peut faire griller tout de suite. Les plus petites sont les meilleures. A la fin de l’été, quand les citadins se calfeutrent, les pêcheurs prennent, à «l’épervier», de très beaux mulets : «kerchou», gras à souhait.
Grillés, tout frais pêchés, au bord de l’eau, ils sont délicieux. Les enfants vous vendront souvent des boites d’escargots de Bourgogne ou de «petit-gris». Sur les dernières braises d’un feu qui a fait griller du poisson ou des côtelettes de chevreau, – le «Berchni» est savoureux au début de l’été ! – faites «chanter» un «bèrrèd».
L’arôme d’un bon thé, rouge ou vert : comme vous l’aimez, charme les narines et, parfois, incite à une – petite – sieste, réparatrice, évidemment, après tant d’efforts !
Ces plages sont à portée de main. Profitez-en sans y laisser de détritus.
Alix MARTIN