Le 9ème congrès d’Ennahdha se tiendra à un moment crucial qui voit le pays passer par la plus grave crise économique, politique et sociale de son histoire. Le parti, aujourd’hui au pouvoir, fait donc face à plusieurs défis. Ce congrès marquera-t-il le début d’une remise en question ou plutôt un renforcement des rangs pour aller de l’avant ?
«Notre avenir est entre nos mains» est le slogan que portera le prochain congrès prévu du 12 au 15 juillet au Palais des Congrès à Tunis. Il est lourd de significations, à savoir, que le parti se tourne plus que jamais vers le futur, en essayant d’identifier une stratégie de travail et une vision lui permettant de devenir un parti populaire, fort et moderne.
Initialement, le congrès devait se tenir l’année dernière, mais, en raison des élections, le leadership a préféré le reporter à cette année, le situant au beau milieu de la deuxième phase transitoire.
«Nous sommes conscients de la nature de l’étape par laquelle passe le pays et de ses attentes.
Nous devons lui proposer un nouveau système politique démocratique, une vision du pouvoir et un projet de société qui concrétise les objectifs de la révolution», affirme Riadh Chouaibi, président du Comité d’organisation du congrès.
Un congrès historique
Après les 261 congrès locaux qui se sont tenus du 20 avril au 20 mai, place aux congrès régionaux et sectoriels qui devraient prendre fin au terme du mois de juin. Au total 1103 représentants vont prendre part au congrès national et participer aux élections. Ils représentent les régions, les étudiants, les cadres, le groupe parlementaire et gouvernemental et les nahdhaouis à l’étranger.
Il y a une règle d’or au parti : donner la possibilité à toutes les catégories de prendre part à ce rendez-vous électoral et d’être représentées au sein du comité constitutif et du bureau exécutif. Un clin d’œil spécial a été adressé à l’intention de ceux qui sont à l’étranger et qui seront représentés par 103 élus et dont les congrès ont été tenus avec une participation des organisateurs à Tunis via Skype.
Ennahdha est représentée dans 41 pays qui ont été regroupés occasionnellement par régions. La participation au vote dans les régions où il y a peu d’adhérents s’est faite par mail. D’après Chouaibi, le parti compte actuellement environ 60.000 adhérents à l’intérieur de la Tunisie et hors de ses frontières.
Ce congrès est historique, non seulement parce qu’il est le premier à se tenir après la révolution, mais aussi parce que le parti, longtemps persécuté, est devenu un parti de gouvernement avec plusieurs challenges à gérer.
Les nahdhaouis sont conscients que le moment est actuellement à la réflexion sur l’avenir. Il est vrai que le parti s’est rapidement trouvé au milieu de la scène, après la révolution, et a dû reconstituer à la hâte ses institutions (bureau politique, comité constitutif…) pour se préparer aux élections. Entre-temps, beaucoup de ses adhérents à l’étranger ont pu regagner progressivement le pays pour trouver leur place au sein de ses structures.
Par ailleurs, ceux qui ont été les pièces maitresses de son appareil, comme Hamadi Jebali, Ali Laâriyadh, Bhiri, Dilou font aujourd’hui partie du gouvernement.
Le temps est donc venu de dresser le bilan et discuter en profondeur les axes stratégiques de travail du parti, d’autant plus qu’une échéance électorale est prévue pour l’année prochaine. Quatre motions seront débattues durant le congrès : la motion générale, la motion politique, la motion économique et la motion sociale.
Un débat houleux !
Elles ont été déjà discutées durant les congrès locaux, mais surtout régionaux. Le débat a été houleux car il a permis à tous les points de vue de s’exprimer. Et Dieu sait combien il y avait de divergences !
En fait, les visions diffèrent par rapport à la forme à donner à Ennahdha : s’il faut séparer entre le mouvement (porteur du projet religieux et idéologique) et le parti (qui devrait strictement s’occuper de politique), un peu à l’image de l’Egypte, ou s’il faut continuer à avoir une seule entité.
Un autre sujet a été aussi au cœur du débat : le projet de société que compte proposer Ennahdha aux Tunisiens. S’agit-il d’appliquer à la lettre les préceptes de l’Islam ou d’essayer de trouver un compromis avec les valeurs de la modernité tout en essayant de les revêtir d’orientations islamistes ?
Ce dernier point a fait ressurgir encore une fois les différences de visions au sein du parti et les divers courants qui le traversent. Ces différences se situent à plusieurs niveaux : entre base radicale et leadership plus ou moins modéré ; entre nouvelle génération (ceux qui s’activaient dans les années 80 au sein de l’université) et l’ancienne génération (ceux de l’appareil organisationnel du mouvement depuis son début) ; et entre ceux qui ont vécu dans les prisons sous Ben Ali et ceux qui étaient en exil.
Les observateurs parlent d’un éclatement à terme au sein du parti, ce que Ridha Chouaibi nie catégoriquement, tout en reconnaissant les divergences : «Beaucoup sur la scène politique souhaitent la division d’Ennahdha, mais ce qu’ils ne comprennent pas c’est qu’il y a un haut niveau de démocratie à l’intérieur du parti, permettant à chacun d’exprimer sa vision et d’émettre des critiques. Mais à la fin, tout le monde accepte l’avis de la majorité», précise-t-il. La discipline est une règle d’or !
Et de toutes les manières, le mouvement n’a pas intérêt pour le moment à montrer des signes de divisions, car l’heure est à l’unité autour du parti qui se sent remis en cause de l’intérieur, vu le faible rendement du gouvernement et la contestation de son appétit hégémonique à la Constituante, et à l’extérieur, notamment par les Américains et les Européens, lesquels attendent de lui le respect des promesses d’ouverture et de modération.
Si en plus, on ajoute à tout cela, les attaques d’Al Qaida, laquelle commence à lui lancer des critiques et à vouloir avoir un pied dans le pays, on conclut qu’Ennahdha n’est pas du tout dans une situation confortable.
Sous le signe du renforcement de l’unité du parti
«Ce congrès sera celui de la consolidation des rangs et du renforcement de la cohésion au sein du parti, laissant de côté pour le moment les sujets qui divisent», explique Alaya Alani, spécialiste de l’islamisme au Maghreb.
Et le garant de cette unité n’est autre que Rached Ghannouchi qui semble bénéficier d’un consensus pour sa réélection à la tête d’Ennahdha. Le personnage est à la fois chef politique et spirituel du mouvement. Il est aussi le stratège qui possède des réseaux forts aux niveaux interne et externe. Sa présence est primordiale dans cette étape délicate pour guider le navire à bon port. Son pouvoir au sein d’Ennahdha est sans égal. Nous avons tous vu comment il a pu trancher la question de l’inscription de la Chariâa dans la Constitution, alors qu’elle avait divisé le parti pendant deux mois. C’est finalement lui qui a le mot final lors de toutes les polémiques.
Reste à savoir maintenant dans quelle direction se penchera Ennahdha durant ce prochain congrès. «Il est sûr qu’elle sera appelée à préciser son point de vue par rapport au caractère civil de l’Etat et à la démocratie. Si elle réussit à réviser son texte fondateur et à en finir avec cette vision idéologique proche de la pensée salafiste, alors elle réussira son pari de construire un Etat moderne, sinon elle échouera à mettre en place le modèle turc, tant convoité», souligne Allani.
Hanène Zbiss
Précision
Suite à l'article publié dans votre revue sous l'intitulé " affaire de corruption liée aux concerts de Maria Carey en 2006" (Réalités n°1373, du 19 au 25/4/2012) Me Radhouane Elaiba nous a dévoilé que du point de vue juridique une pareille révélation des péripéties de l'affaire est sanctionnée par la loi puisque le dossier était au moment de la publication de l'article, entre les mains du juge d'instruction, d'un autre côté sa cliente Afef Bakhtri (ex chef d'agence de la BFT) a bénéficié d’un non-lieu devant la chambre d'accusation, ce qui prouve que celle-ci a fait son travail correctement et n'a participé ni directement ni indirectement dans l'affaire. D’ailleurs sa cliente va intenter une action contre la personne qui a voulu salir sa réputation et qui l'a accusée à tort dans l'affaire.