Tourisme
Publié le 04/04/2012
L’open sky n’est pas la solution

L’hôtesse aux passagers : «Il n’y a aucune raison  de s’alarmer. Gardez votre calme. Nous vous souhaitons une bonne fin de vol. Si quelqu’un à bord sait piloter un avion, merci de nous contacter de toute urgence»




Extrait du film : Y a-t-il un pilote  dans l’avion ?

La famille du tourisme est en deuil, en raison des signes négatifs qui persistent et qui empêchent le secteur de sortir de son marasme, et ce malgré les promesses faites par les quatre gouvernements de l’année écoulée.

Deux constats sont nécessaires pour introduire ce qui suivra : le premier c’est que sans une volonté politique claire, rien n’avancera dans notre pays. Le deuxième constat est que les grands rassemblements médiatisés à grands frais sont tout à fait ce qu’il ne faut plus faire pour solutionner les grands problèmes.

L’heure est grave et une poignée d’experts représentatifs seraient plus efficaces pour réfléchir sur les tracasseries du jour.


La semaine écoulée le magazine “Réalités” a organisée une table ronde à l’hôtel les Ambassadeurs avec la participation de MM. Chokri ZARRAD, Directeur Général de Nouvel Air, Mohamed Ali ETTOUMI, Président de la FTAV, Khaled CHEIKH, ancien Directeur Général de l’ONTT et Consultant en tourisme, Abdelkader KHLIL, Président de la FTAV au Cap Bon, Mohamed TAIEB, Expert et Consultant en Aviation Civile.

 Le sujet du jour est un sujet à la mode et qui est sur toutes les lèvres en ce moment : l’OPEN SKY.

Ce terme barbare pour certains fait bondir plus d’un. Rares sont les professionnels de l’hôtellerie et du voyage qui vous diraient que sans cette ouverture du ciel, point de salut pour le tourisme national.


Le Directeur Général de Nouvel Air affirme que personne ne peut plus s’opposer à l’Open sky, mais il ajoute que la croissance en nombre de passagers ne sera pas à deux chiffres, en tout cas pas celle que l’on croit.

Il prône une démarche progressive pour permettre aux compagnies  aériennes du pays de se restructurer pour mieux affronter la concurrence.
Nous sommes en droit de nous poser la question sur les vraies possibilités de redressement de TUNISAIR.

La réintégration d’un grand nombre d’employés l’année dernière a fait reculer la Compagnie Nationale d’une bonne dizaine d’années. Le Syndicat ne lâche rien et franchement, il plombe toute possibilité de mise à niveau.


Or, le temps presse et il faut répondre aux bonnes questions par de bonnes réponses. Après chaque demi-mesure, on se retrouvera à nouveau à la case de départ, c’est-à-dire en difficultés.

Il faut réduire d’au moins 30% l’effectif de cette vache à lait qui donne des signes de vieillesse et élaborer avec le Syndicat un nouveau contrat social pour pouvoir parler raisonnablement de restructuration.

 Parallèlement, notre Compagnie Nationale devrait créer sa propre filiale LOW COST avec une gestion séparée et avec une vraie culture LOW COST. Il faut savoir que, quand un commandant de bord d’un vol LOW COST demande une limonade à son hôtesse, elle la lui sert moyennant le paiement d’un Euro.

 La même hôtesse du même vol va passer l’aspirateur dans l’avion. Allez demander à une hôtesse de n’importe quelle compagnie classique de faire pareil et vous aurez une grève dans la minute qui suivra.

Restructurer le secteur pour mieux faire face à la concurrence

La position de la FTAV est également sans équivoque. Mohamed Ali Ettoumi rappelle que l’Open sky est inévitable, qu’une préparation à la restructuration est nécessaire dans un délai raisonnable.

Il insiste sur la gravité de la crise que connaît le secteur et invite les Syndicats et le Gouvernement à s’assumer pour prendre le taureau par les cornes et crever tous les abcès.

 Il rappelle que l’ouverture du ciel engendrera une croissance de trafic chez les Tunisiens à l’étranger, ce qui serait bénéfique pour l’économie du pays dans son ensemble.

L’orateur a aussi invité tous les opérateurs du secteur à travailler de concert pour figurer amplement sur les sites Internet qui seront créés à cet effet, chose qui n’est pas notre force actuellement.


En septembre 2011, le Directeur Général de l’ONTT, M. Habib Ammar affirmait à Paris que le goulot d’étranglement du tourisme tunisien est le volet aérien, et que sans l’Open sky, il n’y a point de salut. A la même conférence, le représentant de TUNISAIR M. Ali Miaoui déclarait que sa compagnie n’était pas contre l’Open sky, mais que la solution au problème du tourisme tunisien n’était pas l’Open sky.

Avant d’ouvrir son ciel, tout pays effectue au préalable une étude exhaustive afin d’en mesurer les incidences sur le trafic, l’emploi, le tourisme, etc.…

Nous savons que certaines institutions bancaires notamment  la Banque Mondiale pourrait financer totalement une étude sur le sujet, alors pourquoi ne l’engageons nous pas sans délai ?

Il est indéniable de reconnaître que les compagnies LOW COST opérant en Europe, déploient des moyens de publicité colossaux, que parfois un pays comme le nôtre n’est pas apte à égaler.

 De plus, il est important de signaler que ces compagnies vont chercher leurs clients dans des villes qui ne sont pas desservies par les compagnies classiques.

 Enfin, ces mêmes compagnies ne commercialisent jamais une destination qui n’ait pas une capacité suffisante de lits d’hôtels ou un produit touristique parfait, ce qui n’est hélas pas le cas dans certaines de nos régions sinistrées comme Tabarka et Tozeur !!!


Khaled Cheikh rappelle que l’Open sky est un moyen qui faciliterait l’accès à notre pays, mais qu’il ne fallait pas négliger l’essentiel qu’est l’animation, la création d’évènements pour susciter l’intérêt à visiter nos régions.

 Il rappelle que la vente en ligne bute sur le problème de transport aérien : les utilisateurs du Net ne peuvent pas compter sur les charters, vols plutôt fermés par les TO, ni sur les vols réguliers qui ne répondent que rarement à leurs besoins spéciaux.

D’où l’importance de l’Open sky avec des échéances et des préalables.

Khaled Cheikh a cité l’exemple de la Hollande avec ses dix sept millions de voyageurs dont la moitié réserve par Internet, voici un marché qui, pour l’instant ne peut pas être le nôtre.

Il suggère de créer une agence semi étatique pour s’occuper exclusivement de la promotion du tourisme, agence qui sera gérée de concert par la profession et l’Administration.

Nous avons donc à restructurer nos institutions pour les adapter aux exigences des marchés, nous avons à revoir de fond en comble le classement de nos hôtels.

 Nous devons élaborer une stratégie de développement des divers marchés et nous devons régionaliser nos produits comme au bon vieux temps où l’Île du Lotos avait un stand à part dans les salons avec une promotion spécifique.

 Avant d’ouvrir grand son chez soi pour recevoir, on fait toujours un grand ménage, on parfume la maison et on l’agrémente au mieux, c’est ce que nous devrions être en train de faire déjà en ce moment même, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Low Cost : expériences comparées

Mohamed Taïeb, expert connu dans le milieu de l’aviation civile, qui peut encore donner beaucoup à son pays a passé en revue  l’expérience  Tunisienne, marocaine, égyptienne et turque.

 Pour la Turquie, il est pour le moins curieux que ce pays qui connaît la plus grande progression touristique du bassin méditerranéen, n’autorise aucun vol LOW COST sur son territoire !

Allez chercher l’erreur, c’est qu’il est serein et sûr de la qualité de son produit et surtout, il a su créer la forte demande, ce qui ne l’a pas empêché de faire une excellente promotion.

Si notre produit était parfait et prisé, les professionnels du voyage auraient trouvé des moyens pour solutionner l’aérien, envoyer plus de touristes et réaliser plus de profit.

 L’Egypte qui n’a pas ouvert son ciel a connu une évolution moyenne du trafic de  11% par  an durant la période 1999-2009  contre  4,19% au Maroc et 4,7% en Tunisie pour la même période.
En Europe, le  LOW COST qui représentait 25 % du trafic inter  en 2005, et qui est planifié pour atteindre 50 % en 2020, se situe en 2011 à 38 %.

D’après une étude de YORK AVIATION, la croissance du LOW COST est de 7,2 % par an, alors que celle des compagnies classiques évolue de 2,7 % seulement par an.

 Pendant ce temps, nous parlons chez nous d’annulation de deux vols hebdomadaires sur Moscou mis en place seulement en Juin dernier, ce qui a mis en détresse les petits TO qui avaient investi sur notre destination.

 Malgré la timidité de la libéralisation du transport aérien en Tunisie (libéralisation de la 3ème et 4ème liberté avec six pays arabes), les indicateurs du secteur aérien sont encourageants.

En effet, et durant la période 1999-2009 la capacité aéroportuaire a presque doublé, le trafic aérien a évolué de 4,7% par an, les mouvements d’avions de 4,8% et le nombre de compagnies aériennes desservant la Tunisie est d’environ 110 compagnies (dont 25 régulières).


En matière de sécurité aérienne, le niveau de carence en Tunisie par rapport aux normes de l’OACI  est de 26,25% (5% en France, 12,5% en Espagne, 33,75% au Maroc, 22,5% en Turquie) contre une moyenne mondiale de 41,25%. Ce ratio paraît plutôt correct.


En Tunisie, on s’attend à l’annonce de 60 millions de dinars de perte en 2011 pour la seule compagnie Nouvel Air.

Cette même société contemple 12 de ses appareils cloués au sol sans entrevoir le bout du tunnel. Et nous ne pourrons passer sans rappeler les centaines de milliers d’emplois qui caractérisent notre économie qualifiée il y a peu de temps de miraculeuse.

Abdelkader Khlil cite l’exemple du marché anglais qui comptait 20 TO. moyens et 2 grands, et qui se limite à présent à 2 super géants et presque zéro moyens.

Il déplore qu’Internet reste en marge du circuit de commercialisation et que notre pays ait connu quatre ministres du tourisme en une année, et l’on se demande après pourquoi le secteur est en détresse!

Open sky : le processus “irréversible”

En conclusion, on peut   raisonnablement espérer, sans plus tarder, une ouverture totale de notre ciel pour le premier mars 2014.

Nous avons deux bonnes années pour réaliser une étude concrète sur l’impact de la libéralisation, pour restructurer nos institutions dans les secteurs du transport aérien et du tourisme, pour actualiser le cadre réglementaire, pour mettre en place un organe neutre  de régulation de la concurrence et une réglementation pour protéger le consommateur, enfin pour permettre à nos compagnies aériennes d’augmenter leur  capacité à développer de nouvelles niches, moyens et longs courriers, notamment en Afrique et en Amérique, pour créer et lancer une nouvelle compagnie LOW COST en profitant de l’expérience marocaine, en valorisant les effets positifs et en corrigeant les éventuelles lacunes.

Il ne sera jamais question de tourner le dos aux TO qui, seuls, répondront aux besoins des marchés en sièges charters et en produits packagés.


Mohamed Taïeb confirme que la libéralisation  du transport aérien est un processus irréversible, mais reconnaît aussi que certains Etats ne sont pas prêts à implanter immédiatement tous les éléments d’une libéralisation totale et qu’ils peuvent choisir de procéder à leur rythme.

 Les Européens ont mis neuf ans pour atteindre la libéralisation totale Open sky. Il recommande,  en outre, d’opter pour une libéralisation progressive et de procéder d’urgence à établir une feuille de route accompagnée d’un plan d’action avant  la conclusion d’un accord  Open sky avec l’Europe, enfin, de mettre en place  un conseil de pilotage et de surveillance de très haut niveau.


Espérons que nous n’aurons pas recours à la triste et non moins véridique citation des journalistes Bredoux et Magnaudeix de Médiapart qui terminent leur excellent livre «TUNIS CONNECTION » par cette phrase : «Et si tout changeait pour que rien ne change ? ».


 Qu’est-ce que l’open sky

L’Open sky qui consiste à éliminer toutes les restrictions des accords aériens bermudiens, a connu sa première existence  notamment en 1978, aux USA, pour le trafic intérieur, ensuite l’espace Européen se l’est approprié en 1987 mais d’une façon progressive, Les Africains et les Arabes ont respectivement suivi  les Européens dans leurs espaces en  1999 et  en 2000.

La Tunisie a ouvert son ciel aux pays émetteurs de touristes, tenez-vous bien depuis1972. Le Maroc a fait de même mais en 2000. En 2004, une volonté politique royale a décidé d’ouvrir entièrement le ciel marocain avec un objectif d’atteindre 10 millions de touristes.

Il est important de rappeler qu’à cette date  le Maroc avait beaucoup de retard à rattraper par rapport à la Tunisie.

Zouhair Ben Jemaa
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