Il est un endroit où le palmier est roi, peut-être même davantage que dans les oasis du Sud. C’est sur l’archipel des îles Kerkennah. Pour les Kerkenniens, tout dans le palmier est utilisable et utilisé !
Les iles
L’archipel, situé à une vingtaine de kilomètres des côtes de Sfax comprend deux îles principales : Mellita au Sud et Kerkennah, la plus grande. Parmi les îlots, cinq sont plus importants : Gremdi, Roumedia, Raqqada, Sefnou et Chermadia.
Les deux îles principales, séparées par un détroit : El Kantara, s’étendent sur une trentaine de kilomètres et sur trois à quatre de large en moyenne. Le point culminant, vers la «falaise» de Djorf, atteint 13 mètres. Le climat, très influencé par la mer, est éminemment doux, les vents modérés, la pluviométrie faible mais compensée par l’humidité de l’air. Les sols, assez pauvres, sont, soit argilo-gypseux sur banc de roche, soit sablonneux. La végétation est évidemment dominée par le palmier mais les Kerkenniens ont réussi à cultiver de petits vergers, des oliviers et un peu de céréales dont l’orge, très étudiée en ce moment, parce qu’elle résiste à une salinité importante.
La population, très attachée à ses îles, compte 15.000 personnes environ, répartie dans une douzaine de villages construits principalement sur la grande île. Ramla est le chef-lieu de Délégation.
L’eau potable manque à Kerkennah. Il a fallu la chercher à grande profondeur et la dessaler, ce qui freine le développement du tourisme.
Mais Kerkennah, c’est d’abord la mer ! Le plateau sous-marin sablo-vaseux s’enfonce très lentement à partir de Sfax. Les fonds de 20 mètres sont à 20 kilomètres au large de l’archipel ! Et si les alentours de Kerkennah connaissent des phénomènes de marées, uniques en Méditerranée, de 1,8 mètre à 2 mètres d’amplitude, l’autre originalité est que les fonds marins, appartenant soit à l’Etat, soit à des privés, sont exploités à l’aide d’immenses «pièges à poissons » : les «Chrafi». Leur construction et leur exploitation sont régies par un «droit» multiséculaire.
L’histoire
La quiétude actuelle masque une histoire souvent tumultueuse qui remonte à l’aube de l’humanité. Le niveau de la mer ayant beaucoup monté depuis la préhistoire, elle a dû noyer bien des sites. Elle continue à monter, commence à couvrir des vestiges d’époque romaine et couvrira sans doute, une importante partie de l’île, actuellement occupée par des sebkhas, d’ici quelques décennies.
Les Carthaginois y ont certainement introduit l’olivier, la vigne, le figuier et le grenadier. Hannibal, poursuivi par les Romains, y a cherché refuge. Les Romains en ont fait une destination d’exil politique. L’antique « Cercina » disparaît vers le Vème siècle. On n’en reparle qu’au XIème siècle : elle est occupée à l’époque ziride. Puis, elle est l’objet de conquêtes chrétiennes et européennes mais de reconquêtes musulmanes jusqu’au XVIème siècle, époque où le duel turco-espagnol prend fin.
A partir de ce moment, les populations du continent et de l’archipel font un va et vient permanent. En 1960, l’île comptait 24.000 habitants. Depuis, beaucoup ont émigré sur le continent, surtout à Sfax puis à Sousse et à Tunis.
Les Kerkenniens sont encore des « maîtres de la mer ». Leurs « felouques » à voile latine, triangulaire, destinées à la pêche, ou naguère au transport, n’ont pas disparu. Les « Louds », embarcation au plan antique, qui naviguaient jusqu’en Mer Noire, n’existent plus, hélas ! Un exemplaire vient d’être reconstruit. Souhaitons que ce ne soit pas le seul !
Les plaisirs
Kerkennah, l’été, c’est la plage – les plages – sans les estivants. C’est aussi l’assurance d’une brise fraîche presque quotidienne, à midi et à la tombée de la nuit. C’est la possibilité de laisser les enfants, même très jeunes, jouer au bord de l’eau tant la mer est peu profonde. Ce sont, si l’on veut, de longues, longues promenades en mer en barque à voile. Le souffle du vent dans les haubans, le frisselis de l’eau sur la coque, l’odeur du thé que le Raïs prépare sur la plage arrière, la découverte des poissons dans les nasses retirées des «chrafis», la recherche, avec la «m’raïa», des éponges et même parfois la « marka sfaxia » sur la barque accompagnée de poissons grillés, d’une belle tranche de pastèque écarlate et d’un verre de «legmi», tenu frais dans une gargoulette au fond de la cale. Avec un fil, et un hameçon appâté avec un morceau de sèche ou de sardine, on s’amuse beaucoup.
Ce peut être aussi de très longues promenades à pied, sans aucun risque de se perdre : on n’est jamais à plus de 2 kilomètres d’un village ou d’une route. Dans le silence paisible, sur un sentier sablonneux, entre deux murets de pierres sèches, surmontés de petits aloès violacés, on chemine, faisant s’envoler une compagnie de perdrix ou fuir un lièvre. On s’arrête, on salue et on bavarde toujours une minute avec les Kerkenniens, aimables, qu’on rencontre. Les amateurs de V.T.T. ont parfois quelques difficultés avec le sable des chemins.
Mais elles ne durent pas.
Les amateurs de plongées sous-marine peuvent aller ramasser des huîtres : des méléagrines ou de grands bivalves : Pinna nobilis. Ils sont comestibles et d’un goût curieux. Sinon, les plongeurs peuvent se faire accompagner dans l’Oued Minoune parcouru parfois par de violents courants de marée ou, grâce au Club de plongée, ils peuvent aller sur la ligne d’épaves qui balisent les fonds de 20 mètres. Ils y trouveront, outre de beaux sars, de gros dentés, de puissantes daurades, d’énormes mérous rouges de plus de 20 kilogrammes, des liches, des serres, de limons qui dépassent les 30 kilogrammes. C’est notre record, avec un fusil attaché à une chambre à air de voiture, en guise de balise. Le fusil est arraché des mains par des poissons pareils ! On suit, en bateau, la chambre à air jusqu’à ce qu’elle s’arrête : le poisson fatigué, peut être remonté !
Allez, il y a encore bien d’autres choses à faire aux Kerkennah, se régaler de plats de poisson grillé, au four, s’étourdir de chants, de musique et de danses, le soir à la veillée et … nous vous laissons en inventer d’autres !