Jeudi 28 juin, par le hasard d’une programmation, j’ai entendu deux émissions sur le même sujet, l’une à la radio, l’autre à la télévision, qui m’ont bouleversé. Le matin, sur Shems radio, le débat se rapportait au harcèlement sexuel, et la parole a été donnée au public.
A ma grande consternation, une majorité d’hommes affirmaient, avec un aplomb barbare, que la faute incombait à la femme, par son comportement et par sa manière de s’habiller.
Les invités de l’émission ont bien tenté de juguler cette monstruosité et un psychiatre de faire la différence entre un homme et un animal, le premier capable de se rendre maître de ses instincts, mais les interlocuteurs continuaient à prétendre qu’ils ne pouvaient se maîtriser car les choses étaient ainsi faites.
Le soir même, j’ai vu un reportage sur « envoyé spécial » sur le même sujet traitant du cas égyptien et les choses étaient encore plus graves, car c’étaient de véritables agressions sexuelles et les mêmes jeunes affirmaient avec la même insolence, que la femme était une tentation irrépressible.
C’est un véritable enfer vécu par la femme égyptienne, des témoignages accablants rapportant les agressions au quotidien, les attouchements pervers dans les transports publics ou dans la rue, une honte pour ce pays au passé prestigieux.
Il serait effrayant que notre Tunisie devienne un pays à l’image des pays moyen-orientaux où la femme est confinée dans l’espace privé portant sur elle le même soupçon d’être la cause de tous les maux. La raison en incombe à tous ces cheikhs télévisuels et autres qui ne cessent de véhiculer une image rétrograde et avilissante de la femme dont l’espace naturel à leurs yeux doit être le foyer et qu’elle n’a rien à faire à l’extérieur.
Pour ces cheikhs réactionnaires, la religion leur sert de garante à leurs privilèges machistes qu’ils instillent dans leur prêche pour convaincre les hommes de leur prééminence, surtout dans les classes les plus populaires où l’homme dispose d’une plus malheureuse que lui pour exercer sur elle une domination qui le valorise.
Je me rappelle, il y a un an ou plus, une jeune femme en niqab, lors des premiers témoignages à la télévision, déclarer : « Avec cela, en parlant de son vêtement qui l’enveloppait en entier, je suis protégée des loups. » Le terme de loup m’avait longtemps poursuivi et je comprends à présent ce qu’elle voulait dire.
Je mesure tous les jours la grandeur d’un homme comme le Président Bourguiba qui a compris et défié ces mentalités d’un autre âge, ce geste fameux et historique d’un homme qui a eu le courage d’enlever le “sefsari” d’une femme pour l’engager à la modernité et à la liberté.
Je comprends à présent la haine qu’il suscite chez tous les rétrogrades que nous voyons à l’œuvre dans le Monde arabe, officiant pour nous imposer une société à la saoudienne dans laquelle une femme dans la rue, au delà d’une certaine heure, est perçue comme un gibier.
On pourra dire ce qu’on veut sur les us et coutumes et sur la prééminence du culturel mais les droits de la femme de disposer de sa propre vie et de son corps sont des droits intangibles que nul ne peut remettre en question. Tout le reste n’est que barbarie et archaïsme.
J’ai envie de dire à tous ces islamistes qu’ils se trompent en voulant nous imposer une société qui n’est pas la nôtre sous le prétexte fallacieux d’une identité arabo-musulmane qui nous condamnerait à jamais à l’immobilisme.
On culpabilise la femme par le seul fait d’exister, n’est-ce pas une aberration ?
Il ne suffit pas de prendre le texte coranique comme excuse car l’esprit du Coran est la bonté et le respect de l’autre. Si ces hommes qui agressent les femmes avaient été de bons musulmans, ils respecteraient chaque femme comme si elle était leur mère, leur femme ou leur sœur.
Rien ne peut justifier les violences faites à la femme en affirmant que c’est la faute de celle-ci car c’est faire preuve d’animalité. Le Coran engage à la maîtrise de soi et à la dignité.
L’homme arabe vit un véritable retard culturel qu’il lui faut dépasser de toute urgence s’il veut participer à la modernité qui l’engage à faire preuve de raison et à cesser de se faire dominer par des instincts ataviques qui font de lui une proie facile pour ceux qui le manipulent.
Avec du recul, on prend conscience que le seul programme politique déclaré des islamistes est de revenir sur les droits de la femme tunisienne et, malgré leurs dénégations, leur insistance à inscrire la charia n’a pas d’autre explication.
La vision de cette quarantaine de députés femmes nahdhaouis dont le visage emmailloté est l’exemple le plus signifiant d’obéissance au machisme masculin. Il faut rappeler que le voile n’est que la négation d’une féminité assumée, la chevelure exerçant apparemment des envies irrépressibles chez l’homme arabe. Autrement, on aurait du mal à comprendre le fait de se voiler si ce n’est pour se protéger de la concupiscence maladive de certains hommes.
*Artiste-peintre et écrivain
www.fouedzaouche.com
Foued Zaouche