Nous y sommes ! Beaucoup pressentaient les nuisances du cocktail entre religion et politique et cette dernière semaine nous a donné les prémices de ce que nous pourrions vivre à l’avenir. Une folle semaine dans laquelle notre pays semblait être plongé dans une bouilloire en ébullition où les plus folles rumeurs circulaient, emportées par le vent de la déraison.
Ce qu’on a pu entendre à propos de cette exposition controversée était complètement délirant et même de la part des plus hauts responsables de l’Etat qui avaient perdu tout sens de la mesure pour ne pas être en reste sur le plan de la surenchère.
Ce qui s’est passé, censé être le déclencheur de toute cette agitation, est le même scénario vécu lors de l’affaire de Persépolis, ce film d’animation qui a été à l’origine de toutes les tribulations vécues par la chaîne Nessma. Voici donc une exposition, rentrant dans le cadre du printemps des Arts qui se voulait innocente et créative, dans laquelle il n’y avait aucun prétexte pour enflammer la population.
Tout comme dans le film Persépolis dans lequel une petite fille de cinq ans fait un rêve que l’on peut qualifier de poétique où intervient un personnage mythique, dans cette exposition, aucune toile ne pouvait être considérée comme attentatoire au sacré. Il n’empêche que l’on a trouvé dans certaines images de quoi abuser la crédulité et de convaincre que cette exposition était sacrilège.
Une manipulation encore plus évidente lorsqu’on apprend que la toile qui a fait scandale ne figurait pas dans l’exposition. Il reste la question essentielle de savoir à qui profite cette manipulation et qui a tiré les ficelles de ce psychodrame. Bien évidemment, il faut percevoir ces événements comme essentiellement politiques et non religieux. Je me demande si le véritable but de toutes ces opérations n’est pas de mobiliser sous un seul étendard la majorité des tunisiens, le seul étendard qui compte aux yeux des islamistes de tout bord, celui de la religion. On cherche à décrédibiliser les forces républicaines et modernes en les accusant d’impiété pour se présenter aux yeux du peuple comme les seuls défenseurs de la religion. Oubliés alors les problèmes du chômage, de développement, de la cherté de la vie en redorant le blason de ceux qui sont au pouvoir et dont l’échec devient tous les jours de plus en plus patent.
Le peuple tunisien est viscéralement attaché à sa religion, car elle est son équilibre mental, son identité première. C’est le cœur battant qui palpite en chaque tunisien dans sa majorité et cela personne ne peut le contester. Il reste que jusqu’alors la religion restait inscrite dans le domaine du privé, de l’intime et qu’elle avait ses expressions collectives qui rassemblaient la population dans ses commémorations sacrées. Depuis son indépendance, la Tunisie avait su concilier la raison et la foi et chaque tunisien vivait sa religion dans la concorde et dans la sérénité et nul ne traitait l’autre de mécréant.
Depuis, les partis religieux sont parvenus au pouvoir, endossant les vêtements de défenseurs de l’Islam et de l’identité arabo-musulmane. Ils ont effectivement remporté les élections, profitant de la crédulité de beaucoup qui ont cru en leurs promesses irresponsables et démagogiques de centaines de milliers d’emplois. D’autres partis religieux ont depuis acquis droit de cité, réclamant leur part du gâteau et nous voilà conduits à présent à assister à la surenchère idéologique du genre : «je suis plus musulman que toi ». Une surenchère qui alimentera nécessairement la fitna, la discorde, ce mal endémique qui est la cause du retard du monde arabo-islamique.
La conclusion à tirer de tout cela, est que nous n’en sommes plus à choisir des options politiques mais à choisir un choix de société. C’est pourquoi l’initiative de M. Caied Essebsi de créer un parti d’union est la seule alternative pour résister à toutes ces forces réactionnaires. Je ne comprends pas que l’on fasse la fine bouche sur la personnalité de Caied Essebsi. On entend tellement de réserves et de critiques parfois tellement injustes sur le parcours politique de ce personnage sans comprendre l’importance vitale qu’il représente pour notre pays.
C’est le seul homme politique, qu’on le veuille ou non, qui a été capable de rassembler sur son seul nom, des milliers de Tunisiens dans des meetings et son âge avancé devrait être une assurance pour les plus ou moins jeunes loups dont les ambitions démesurées rayent les parquets des estrades politiques. La seule chose qui importe est qu’il s’avère être le seul capable de réunir la synthèse de l’opposition pour affronter le raz de marée nahdhaoui qui se prépare au regard des dissensions et des divisions qui ont constitué le spectacle lamentable de cette même opposition depuis des mois.
Nous n’avons pas d’autre alternative et bien misérable est celui qui ne le comprend pas. Notre pays court le risque réel d’être ruiné à jamais par ces forces réactionnaires et anachroniques dont les prétentions n’ont d’égale que leur arrogance. Il suffit d’écouter tous les prêches irresponsables et irrationnels de ces imams appelant au meurtre, il suffit d’observer la haine et la violence de certains. Jamais, au grand jamais, la Tunisie n’avait connu pareil danger, même dans la pire des dictatures. Le seul mot d’ordre qui compte à présent est de se rassembler. Absolument et totalement.
Artiste-peintre et écrivain
www.fouedzaouche.com
Foued Zaouche