chroniques
Publié le 26/07/2012
En toute liberté: La fin de la récréation

On assiste depuis quelques jours à des crispations politiques qui ont été déclenchées  par la malheureuse affaire Mahmoudi suivie par la stupide destitution du gouverneur de la Banque centrale pour ne prendre que les plus significatives et qui traduisent un état délétère du climat politique.


Le plus grave est de constater la mainmise d’un parti sur la vie institutionnelle du pays avec une indécence qui ne porte plus de gants. Une politique déjà observée, celle de la majorité et rien que la majorité. C’est comme si le dernier congrès de Ennahdha avait libéré les appréhensions de ce parti qui affirme à présent son autorité et son leadership sans complexe. Dorénavant, on ne fait plus semblant et on est prêt à la confrontation, assuré d’avoir la majorité pour soi.

Ennahdha prendra son temps mais son unique objectif est de détricoter tous les acquis tunisiens. L’essentiel pour ce parti n’est pas tant l’économique mais le culturel, car son seul et réel programme politique  est de prendre le contrôle des esprits. L’erreur est de croire qu’il est seulement un mouvement politique, il est essentiellement un mouvement religieux dont l’unique programme est d’appliquer la Charia. Il est significatif que dans le majles choura, un conseil consultatif censé représenter la fidélité aux préceptes de l’Islam,  celui qui a rassemblé le plus de voix sur sa candidature est monsieur Sadak Chourou, le plus rigoriste des nahdhaouis et le plus attaché à la Charia. Le parti est prêt à prendre le temps, à ruser avec la naïveté des démocrates selon la fameuse formule : « Les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient. » Des démocrates qu’ils considèrent comme des mécréants, car avec ce type d’idéologie, il n’y a pas de demi-mesure, on est avec ou on est contre !

Lorsqu’on entend un Moncef Marzouki comparer Ennahdha à un parti démocrate-chrétien européen, on est en plein délire. De même pour son comparse qui du haut de son perchoir de l’Assemblée constituante semble avaliser toutes les entorses procédurales avec une bonhomie inaltérable… On est en droit de s’interroger sur cette alliance contre nature entre un parti religieux et deux partis qui se disent encore républicains. On comprend mal ce qui les unit, ni leur idéologie, ni leur programme, une simple alliance d’intérêts avec plein d’arrières pensées politiques pour les uns et pour les autres avec comme seule ambition, parvenir au pouvoir pour le pouvoir.

La volonté de puissance de Ennahdha devient une certitude et l’Etat nahdhaoui a remplacé l’Etat Rcd, mêmes pratiques de mainmise sur l’Administration, mêmes pratiques de clientélisme, même volonté de mettre la presse et les médias publics au pas. Les élections promises pour le 20 mars 2013 sont renvoyées aux calendes grecques. Il est clair à présent que les islamistes n’iront aux élections qu’avec la certitude absolue de les gagner. Pour cela, on peut leur faire confiance pour mettre en œuvre tous les moyens pour y parvenir.

Comment comprendre l’autorisation donnée au parti Ettahrir, une hérésie au regard de la République ? Comment peut-on autoriser un parti dont le premier objectif est de nier la démocratie en tant que telle en voulant instaurer un califat qui est une autre sorte de dictature ? Dans la stratégie d’Ennahdha, tout parti religieux, comme les dizaines et dizaines d’associations religieuses, sont des alliés objectifs car leur véritable intention est d’établir un état religieux. La leçon égyptienne a été entendue qui a vu les frères musulmans et les salafistes obtenir à eux deux 70% des sièges à l’Assemblée. Les seuls ennemis, les véritables ennemis à leurs yeux, sont les partis républicains considérés comme des créations de l’Occident tant honni.

La fracture est à présent béante et de plus en plus de Tunisiens en ont conscience. Il y a bien deux Tunisie qui s’affrontent et pour le dire autrement, il a une distinction qui s’affirme de plus en plus entre musulmans et islamistes.

On apprend avec consternation l’établissement d’une autre forme de censure. Le ministère de l’Intérieur refuse d’assurer la sécurité des spectacles de Lotfi Abdelli. Une censure qui ne dit pas son nom car à présent, les casseurs intégristes savent qu’ils ont carte blanche pour accomplir leurs méfaits. Cela concernera tous les spectacles jugés offensants. Après l’affaire d’El Abdelia dans laquelle on a utilisé l’atteinte au Sacré, voilà que les spectacles de ce qu’on appelle dans la tradition de la République des chansonniers sont désormais menacés.

Le seul et véritable acquis de la Révolution qui est la liberté de parole et d’expression semble vouloir être muselée pour faire de nous des pays à l’image des pays du Golfe. Des autocraties cruelles et cyniques et des médias à l’image de la chaîne El Jazira qui s’interdit de parler de ce qui se passe dans son pays, le Qatar.

Est-ce la fin d’une récréation durant laquelle nous avons cru la démocratie possible ?

                        *Artiste-peintre et écrivain                                         

www.fouedzaouche.com

 

Foued Zaouche
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