Editorial
Publié le 26/07/2012
Editorial N°1387: 55ème anniversaire de la République: Le devoir de vigilance

Il y a de cela cinquante-cinq ans, le 25 Juilllet 1957, les représentants du peuple tunisien souverain, élus en Assemblée constituante, proclamaient la République, mettant ainsi fin au pouvoir de la famille husseïnite qui avait duré deux cent cinquante-deux années et ont connu l’éveil de la Tunisie à la modernité et l’affirmation de son identité et également l’établissement du Protectorat français avec la perte de la souveraineté.


Ceux qui ont connu cet événement, soit directement pour certains d’entre eux, soit à travers ce qu’ils en ont lu, se rendent compte de son importance et de sa spécificité par rapport aux changements de régime qui ont eu lieu, à l’époque, dans d’autres pays.

La proclamation de la République fut un événement important dans l’histoire de notre pays, en raison de ses effets ; il constitue un changement à la fois constitutionnel, politique et culturel —au sens large du terme— et aussi de par les perspectives qu’il a ouvertes au niveau des transformations de l’Etat et de la société. Ce fut également un événement spécifique de par sa nature et les choix qui l’on motivé et fondé le régime auquel il devait donner naissance.

La proclamation de la République n’était pas un acte isolé, ni le fruit d’une conspiration, elle fut plutôt la consécration d’un processus historique qui a été celui du mouvement de libération nationale

Cela s’est concrétisé par la mise en place d’une politique de réformes et de changements qui a ouvert la voie à de nombreuses actions accomplies par le nouveau pouvoir et qui s’inscrivent dans cet esprit de progrès et d’accession à la modernité.

Le bilan est largement positif et doit être porté à son actif. Mais il ne faut pas occulter les dernières années du régime de Bouguiba qui ont vu le pays entrer dans la tourmente avec la sénilité de son Président. On a craint le pire pour le pays. Le changement intervenu le 7 novembre 1987 censé sauver le pays et réhabiliter les valeurs de la république en abolissant  la présidence à vie s’est avéré un leurre, le pays fut “squatté” pendant 23 ans par une famille mafieuse qui a fini par dévoyer les valeurs républicaines. La Révolution de “la liberté et de la dignité” est venue mettre un terme à cette dérive. Il s’en est suivi les premières élections démocratiques de la Tunisie moderne. Le peuple a choisi le 23 octobre 2011 ses représentants pour écrire dans le marbre une nouvelle Constitution. Nos élus sont tenus à deux devoirs.      

Un devoir de mémoire et un devoir de vigilance. Un devoir de mémoire, parce qu’un peuple ne peut concevoir son avenir, le façonner et l’assumer s’il ignore son histoire, car les peuples qui ne connaissent pas leur passé sont condamnés à la perte de leur identité et de leur capacité à s’affirmer et à défendre leurs droits à la vie et au progrès. C’est pour cela que nous devons veiller à ce que notre jeunesse ne soit pas coupée de notre histoire, non point dans une tentative de ressusciter un passé qui serait un refuge face aux problèmes de notre présent, mais pour que la continuité soit assurée et que nous assumions notre histoire dans une approche critique qui éclaire notre vision de l’avenir.

Le deuxième devoir auquel nous sommes astreints est un devoir de vigilance. Nous vivons actuellement une période particulière de l’histoire.

Ce devoir de vigilance s’impose à nous, face à des courants qui, sous couvert de défense de la religion et du patrimoine —dont ils font d’ailleurs l’amalgame pour servir leurs desseins— veulent instituer des régimes totalitaires, obscurantistes et fermés à l’Autre et au progrès, des régimes en contradiction avec la République dont ils sont la négation, occultant ses valeurs intrinsèques : citoyenneté, ouverture, progrès, modernité toutes dénoncées, combattues et présentées comme des aliénations que l’Occident nous a imposées. Nous devons, tous, défendre ces mêmes valeurs contre ces tentatives qui sont la négation même de la liberté et du respect des Droits de l’Homme. Le risque est réel et nous ne devons pas manquer de vigilance pour le rappeler, notamment à la jeunesse.

La République est toujours une idée neuve qu’il faut sans cesse défendre, consolider et enrichir.

Taïeb Zahar
commentaires
Votre commentaire
Pseudo*
E-mail*
Titre*
Texte
Dans la même catégorie
Editorial N°1387: 55ème anniversaire de la République: Le devoir de vigilance
>26/07/2012
Il y a de cela cinquante-cinq ans, le 25 Juilllet 1957, les représentants du peuple tunisien souverain, élus en Assemblée constituante, proclamaient la République, mettant ainsi fin au pouvoir de la famille husseïnite qui avait duré deux cent cinquante-deux années et ont connu l’éveil de la Tunisie à la modernité et l’affirmation de son identité et également l’établissement du Protectorat français avec la perte de la souveraineté. ...
Editorial du N°1386: Le Congrès d’Ennahdha et les révolutions arabes
>18/07/2012
Le 9ème congrès du parti islamiste Ennahdha a définitivement scellé la mutation de ce parti. Après quarante ans de quasi clandestinité et une terrible répression qui a frappé ses militants, il se transforme en parti de pouvoir. Il aura à gérer le pays sans tomber dans l’excès du parti-Etat. Difficile équilibre. ...
Editorial du N° 1385: 23 milliards de dollars
>11/07/2012
23 milliards de dollars ! C’est le butin qu’auraient dilapidé Ben Ali et son clan pendant les 23 années de son ...