chroniques
Publié le 12/07/2012
BLOC-NOTES



Il faut croire que le président Marzouki a vraiment du temps à perdre pour accorder audience à son prédécesseur au Palais de Carthage. Cette maudite mini-constitution lui a laissé si peu de prérogatives qu’il en est réduit à tuer l’ennui par des rencontres dont on a du mal à voir l’intérêt.


Quelles précieuses et lumineuses recommandations notre Chef de l’Etat peut-il espérer obtenir de Fouad Mbazaâ ? Après avoir été pendant près de 20 ans le numéro trois dans l’ordre protocolaire d’un régime corrompu et despotique, il n’a dû qu’à un accident de l’histoire de se retrouver le locataire, presque malgré lui, du Palais de Carthage. Durant cet intermède improbable, il se signala par quelques décrets-lois scélérats spoliant des centaines de familles honorables par des reclassements hâtifs  et appauvrissant des milliers de commerçants par une généreuse amnistie envers les adeptes du chèque en bois. Même pour cet intermittent du Barreau, il était difficile de ne pas se rendre compte que les textes qui portent sa signature pour ne pas dire ses empreintes enfreignent des principes constitutionnels et des règles de droit élémentaires. Il n’aura donc pas suffi à Mbazaâ de se prosterner pendant des décennies devant un nervi ; il fallait, qu’en plus, il enfante, en fin de carrière, de monstres juridiques. Si notre Président de la république cherche la compagnie de représentants de la vieille bourgeoisie «Beldiya» pour meubler son temps libre, il pourrait avantageusement faire appel à un Hichem Djaït ou à un Yadh Ben Achour dont la distinction intellectuelle s’additionne, au moins,  à celle de l’extraction.

S’il y a bien une chose qui heurte les citoyens que nous sommes, toutes catégories sociales confondues, c’est bien cette invasion des ordures que nous subissons au quotidien. Il n’est plus un endroit où l’on ne trébuche sur des amoncellements de détritus ; que ce soit dans nos centres-villes où dans les quartiers résidentiels, on a droit au même spectacle désolant et odorant des poubelles à ciel ouvert. Mêmes les zones touristiques censées constituer une vitrine de notre pays ne sont pas en reste. Lors d’un récent séjour à Mahdia, j’ai pu constater de visu l’incurie criminelle des services municipaux et l’inertie du ministère du Tourisme. En faisant les cents pas sur une plage attenante à plusieurs hôtels de cette ville, on croise des immondices de tout calibre en quantité effrayante. Le pauvre touriste à qui on vante le pays du jasmin et je ne sais quelles autres balivernes doit être bien marri de se retrouver nez à nez avec ses sachets crevés débordants de victuailles avariées. J’invite chaudement notre ministre du Tourisme à consacrer moins de temps à courir les foires et les manifestations à l’étranger et davantage à inspecter les plages des zones touristiques. Ce qu’il y verra devrait le porter à mieux cerner l’ordre des priorités en matière d’allocation des ressources de son ministère. Depuis la Révolution, on sent comme un air de liberté mais rien ne nous oblige à respirer, également, le relent qui émane des ordures ménagères. Après avoir été le pays de «Zaba» il n’est pas écrit que nous devions devenir le pays de la «Zabla».

«Tuez-les tous» n’est pas le dernier cri de guerre salafiste mais tout simplement la traduction en français du titre de l’ouvrage d’Eric Salerno  («Uccideteli tutti». Editions Il Sagiatore – 2012) ; ce dernier, journaliste italien spécialiste des questions africaines et proche-orientales, nous fait découvrir l’horreur des camps d’internement des Juifs libyens durant la seconde Guerre mondiale. Il est admis que la communauté juive en Libye a accueilli favorablement l’annexion du pays par l’Italie en 1911 ; après une lune de miel de plus 25 ans, les choses se gâtèrent avec l’arrivée au pouvoir de Mussolini et la promulgation des premières lois raciales fascistes en 1938. Le rapprochement du régime italien, et bientôt sa sujétion aux nazis dès 1941, s’accompagna par la mise en place d’une politique ouvertement antisémite en Tripolitaine et en Cyrénaïque. La chasse aux Juifs de Libye s’intensifia en 1942 pour déboucher sur l’ouverture de camps de concentration et notamment celui de Jadou dans le Jbel Nefoussa où des milliers de malheureux furent soumis à des traitements inhumains. Des centaines d’innocents périrent sur place tandis que d’autres finirent leur sinistre périple dans les camps de Bergen-Belsen. Cette page assez méconnue de l’histoire de l’Afrique du Nord gagne à être évoquée à l’heure où la Libye arpente, dans la douleur, le chemin de la démocratie. Elle est, d’autre part, une lecture recommandée pour les fanatiques qui hurlent aujourd’hui «mort aux Juifs» sans se rendre compte qu’ils sont, en cela, les meilleurs héritiers de ceux qui, naguère, ont crié «Tuez-les tous». Comme filiation, il y a tout de même mieux…
Email : avocatmahbouli@gmail.com    

Si notre Président de la république cherche la compagnie de représentants de la vieille bourgeoisie «Beldiya» pour meubler son temps libre, il pourrait avantageusement faire appel à un Hichem Djaït ou à un Yadh Ben Achour dont la distinction intellectuelle s’additionne, au moins,  à celle de l’extraction.

Sami Mahbouli
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