Crise des finances publiques : Les origines et quelques pistes de solutions !

La Tunisie connaît, depuis quelques années probablement, la plus importante crise économique de son histoire post-coloniale. Une crise économique aux dimensions multiformes mais qui trouve ses origines dans l’incertitude politique et les grandes interrogations sur l’avenir créées par les mutations et les transformations politiques post-révolution. Cette crise économique s’est manifestée à travers différents indicateurs dont la faiblesse de la croissance, la timidité et l’attentisme des investisseurs, les grands déséquilibres macroéconomiques, les niveaux élevés du chômage, l’inflation forte.
Mais, c’est probablement la crise des finances publiques qui constitue le nœud gordien de la crise économique. Cette crise est au centre des préoccupations des responsables gouvernementaux, des responsables des organisations syndicales, des analyses, des organisations internationales et des citoyens avec la fameuse question qui devient obsessionnelle : les salaires seront-ils payés à la fin du mois ? Cette question est devenue tellement préoccupante qu’elle empêche les responsables de la politique économique de réfléchir sur le moyen et long termes pour faire de l’immédiat l’alpha et l’oméga de la politique économique.
Et, la question que tout le monde se pose c’est de savoir comment sortir de la crise des finances publiques pour se tourner vers les questions plus stratégiques de la transition économique pour fonder et appuyer la transition démocratique en cours ?
Pour répondre à cette interrogation, il est essentiel de revenir sur les origines du mal et les défis des finances publiques. Sur ce point nous pensons que les finances publiques souffrent de trois maux essentiels. Le premier est un déficit structurel du budget de l’Etat qui ne cesse de grandir depuis les années post-révolution. Pour la loi de finances 2017 il avait fixé un montant total de dépenses à 32 milliards de dinars alors que les recettes sont estimées à 24 milliards ce qui laisse un gap de plus de 8 milliards de dinars. Ainsi, au moment où les dépenses ne cessent d’augmenter dont la masse salariale, les dépenses de subvention, les investissements publics et les remboursements de la dette, les recettes augmentent à un rythme nettement moins important ce qui laisse un gap de plus en plus important et un déficit structurel lourd à combler.
Le second défi concerne la fragilité et la faiblesse de la croissance qui ont un effet direct sur les finances publiques car, rappelons-le, un point de croissance se traduit par des recettes supplémentaires estimées entre 300 et 400 millions de dinars. L’affaissement de la croissance depuis la Révolution et l’essoufflement de ses principaux moteurs, particulièrement celui de l’investissement, ont largement contribué à cette crise sans précédent des finances publiques.
Le troisième défi concerne les moyens de financement du déficit. Ce qui caractérisait ce recours au financement du budget par le passé c’est un équilibre entre trois importantes sources : le financement par le marché financier local, le recours au marché financier international et le financement en provenance des grandes institutions multilatérales dont l’essentiel est destiné aux projets d’investissement. Or, cet équilibre a été rompu après la Révolution. Ainsi, le recours au marché local s’est très rapidement développé avec des risques d’éviction pour les entreprises du secteur privé. Par ailleurs, la détérioration du risque souverain de notre pays a été à l’origine d’un accroissement des taux d’intérêt appliqués sur les Bons Tunisiens ce qui a limité nos sorties. Enfin, le recours aux institutions multilatérales s’est accéléré ce qui a été à l’origine d’importantes tensions notamment sur les conditionnalités à mettre en place. Par ailleurs, ce financement qui était destiné par le passé aux investissements est de plus en plus consacré à combler le déficit sous forme de soutien budgétaire.
Le gap de plus en plus croissant entre les dépenses et les recettes de l’Etat, la faiblesse de la croissance et le déséquilibre entre les sources de financement sont au cœur de la crise sans précédent des finances publiques. Cette crise exige des réponses immédiates mais aussi des solutions à moyen et long termes afin de rétablir progressivement nos grands équilibres et relancer la croissance.
Il n’est pas facile d’apporter des réponses à une crise d’une telle ampleur. Par ailleurs, ces réponses ne sont pas seulement techniques et ont une dimension politique dans la mesure où ils exigent un large consensus dans leur mise en place afin de prévenir les conflits et les tensions sociales. Par ailleurs, ils exigent une action coordonnée, audacieuse et cohérente de la part des pouvoirs publics.
Il n’est pas dans notre intention dans cette chronique de suggérer des solutions complètes mais nous souhaitons formuler des pistes de réflexion afin de sortir de cette crise et mettre notre économie sur la voie de la croissance et du redressement. La première piste concerne les réponses immédiates que nous devons mettre en place pour alléger le déficit dans le domaine des dépenses en poursuivant de manière déterminée l’accroissement de l’assiette fiscale tout en renforçant l’efficacité de la collecte des recettes publiques. Des efforts ont été faits dans ce domaine mais ce travail doit être poursuivi de manière plus déterminée et avec plus d’audace. Le second volet concerne les dépenses publiques qui ont connu également d’importants efforts depuis quelques années en matière de maîtrise de l’ensemble des lignes budgétaires particulièrement celles de la masse salariale, des subventions et du coût de fonctionnement de l’Etat.
La seconde piste concerne le retour de la croissance. On ne le dira jamais assez, la crise des finances publiques ne peut se faire en dehors d’une reprise forte de la croissance et de l’investissement. L’expérience de beaucoup de pays a montré que l’approche comptable dans la gestion de la crise des finances publiques ne peut donner de résultats que si elle s’inscrit dans une stratégie globale de retour de la confiance et de la croissance.
Notre pays traverse la plus grave crise des finances publiques de son histoire. La sortie de cette crise exige de l’audace, de la détermination mais surtout un consensus politique le plus large possible.

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17 Août 2017

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