Des relations avec les institutions internationales

Nous vivons depuis quelques semaines sur les bruits et les rumeurs concernant la prochaine visite de la délégation du FMI dans notre pays. La date et la confirmation de cette visite sont devenues le cœur des échanges et la préoccupation de toute l’élite politique et économique. Pour certains, le FMI ne pourrait pas lâcher la Tunisie et le staff review, comme on l’appelle dans le langage de l’institution de Washington, non seulement aura lieu mais confirmera l’octroi des deux tranches de l’accord signé l’année dernière et qui sont en souffrance depuis le mois de décembre dernier. Pour d’autres au contraire, le retard dans la mise en œuvre de nos engagements avec le FMI ne fait qu’ouvrir une période de tumultes et de soubresauts dans nos relations avec les institutions internationales, ce qui n’est pas de bon augure pour notre pays.
Et, voilà comment la relation avec le FMI et les résultats de sa prochaine visite sont devenues une question de vie ou de mort pour notre pays. Et, tout le débat économique dans notre pays qu’on a voulu riche, ouvert et contradictoire après la Révolution s’est réduit comme une peau de chagrin, pour se résumer à la question de savoir si le FMI va enfin libérer les deux dernières tranches et par conséquent nous aider à sortir de cette crise sans précédent des finances publiques ? Une terrible désillusion pour ce débat économique et cette réflexion sur la transition économique que l’on a voulu le pilier et le fondement essentiel de notre transition politique et qui se réduit maintenant à une gestion inquiète et anxieuse de nos relations avec les institutions internationales.
Mais, ces relations difficiles et complexes avec le FMI et les autres institutions internationales sont assez significatives de deux questions essentielles. La première est la crise profonde dans laquelle se trouve notre économie et particulièrement nos finances publiques qui rendent notre accord avec le FMI essentiel et sa visite fondamentale. En effet cette staff review nous permettra, nous l’espérons, de parvenir à un accord qui libèrera les deux tranches en retard de notre crédit. Ainsi cet accord permettra à d’autres institutions, notamment la Banque mondiale et l’Union européenne, de libérer leurs appuis financiers en souffrance. Cette mobilisation financière internationale favorisera l’éloignement du spectre du défaut de paiement et nous permettra de faire face à nos engagements financiers.
Mais, la seconde remarque qui rend cette relation avec le FMI presque obsessionnelle et étouffante est l’absence de scénario alternatif qui nous permet de faire face à nos engagements. Cette dépendance forte de l’appui multilatéral rend la relation avec les institutions internationales essentielles et fondamentales pour nos grands équilibres macroéconomiques et plus particulièrement nos finances publiques à la dérive au cours des deux dernières années. Que l’on ne se méprenne pas ! Nous pensons que notre coopération internationale, et particulièrement nos relations avec les deux sœurs de Washington et les autres institutions internationales sont importantes. Mais, aussi importantes soient-elles, elles ne peuvent pas résumer la politique économique et nos choix de développement.
Ainsi y compris dans la gestion de la crise grave de nos finances publiques, notre stratégie ne doit pas se restreindre à mobiliser le gap de plus en plus large entre nos recettes et nos dépenses auprès de nos partenaires de développement et des institutions internationales. Cette coopération avec les institutions internationales est importante et leur soutien à notre pays est nécessaire. Mais, cette coopération doit s’inscrire dans une stratégie globale de gestion et de stabilisation des finances publiques avec notamment un accroissement de l’efficacité de l’administration fiscale et un élargissement de l’assiette fiscale. Nous devons sortir de nos zones de confort et faire preuve de courage et d’innovation afin de réduire l’évasion fiscale. Mais, cet exercice ne doit pas se transformer en une pression fiscale beaucoup plus forte sur des entreprises qui éprouvent les plus grandes difficultés à relancer leurs activités dans une économie en berne. Un équilibre est donc à trouver entre la mobilisation des recettes d’un côté et l’impératif d’éviter une pression fiscale plus forte qui serait difficile à supporter et qui, à terme, pourrait se traduire par une baisse des recettes. Cette stratégie doit également accorder une importance particulière aux dépenses et notamment une plus grande maitrise des dépenses courantes de l’Etat, de la masse salariale et des dépenses des subventions.
Aussi, la gestion des finances publiques, aussi importante soit-elle, particulièrement dans un contexte marqué par leur dérive, ne peut résumer notre politique économique et notre stratégie de transition économique. La gestion et la stabilisation macroéconomique de notre pays doivent s’inscrire dans une stratégie globale dont l’objectif est de relancer la croissance et l’investissement et d’échapper à la trappe des pays intermédiaires.
Nous avons besoin de normaliser nos relations avec les grandes institutions internationales et sortir de cette atmosphère étouffante et pesante qui n’est pas soutenable à terme. Pour cela, nous devons mettre en exécution les engagements pris mais aussi, et surtout, mettre notre économie sur le chemin du redressement économique et de l’émergence.

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30 Mar 2017

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