Patrick Poivre d’Arvor : « La Tunisie avait changé mon regard sur le monde il y a 45 ans… »

Par - 29 Déc 2016

 

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Avant de venir en Tunisie en ce mois de décembre, le doyen des journalistes français Patrick Poivre D’Arvor avait posté sur son compte Facebook une vidéo où il faisait l’éloge du pays en incitant les touristes à y venir passer d’agréables séjours. Et il a commencé par lui-même en décidant de passer ses vacances d’hiver en Tunisie. Sitôt dit sitôt fait et la soirée du 19 décembre, il l’a commencée avec le public tunisien dans un bain de confessions et d’échanges très chaleureux.
Pendant plus de 30 ans, Patrick Poivre d’Arvor a fait partie du quotidien des Français en présentant le 20h sur «Antenne 2», puis celui de «TF1». Mais derrière son ton rassurant et ses commentaires précis, « la vie du journaliste est loin d’être un long fleuve tranquille ».

Un humour fin et délicat
Le temps d’une rencontre riche au préalable avec quelques journalistes pour ensuite rencontrer un parterre de personnes venues nombreuses le voir ou le revoir. En effet, une salle archicomble qui avait encore plus réchauffé l’atmosphère malgré le froid, la pluie et un vent si fort de sympathie. Et même si le journaliste avait prédit un soleil le lendemain… ce qui fut fait (le lendemain) par prophétie, ce soleil avait également beaucoup de métaphores et de sens dans l’esprit de l’auteur de « L’absente ». Une présence forte passionnée en tous cas avec ce journaliste écrivain. En s’adressant au public, il ne manque pas d’humour fin et délicat en nommant son frère parmi l’assistance « Excellence ». Cela lui faisait drôle, lui qui était son frère. Il n’a pas omis de rappeler qu’il connaissait la Tunisie il y a déjà 45 ans et « cela avait déjà changé mon regard sur le monde ». Il avait 18 ans, à l’époque, et avec des copains ils ont traversé la Méditerranée pour sillonner le Maghreb. Ils étaient tous dans une voiture achetée à 500 francs. Ils n’avaient pas assez d’argent et dormaient dans ce véhicule ou encore dehors. Il s’est souvenu de la ville de Sfax où près de son sac de couchage il vit un scorpion qui l’avait bien marqué. « Un beau scorpion » dit-il. Il se souvient de ces Tunisiens si gentils, si hospitaliers et si tolérants.  Il n’a jamais oublié ce qui l’avait frappé à cette époque après avoir franchi les frontières algériennes pour entrer dans le territoire tunisien. C’était son regard sur les femmes et le pays… si différents… C’était l’évolution du père fondateur Bourguiba et son pouvoir autoritaire.

« J’ai été expulsé  d’Irak»
Les heures passaient dans cette agréable ambiance et les confessions du journaliste et son itinéraire aussi. Effectivement, PPDA n’avait pas frustré ceux qui étaient avides d’en savoir plus sur l’homme.
Le célèbre  journaliste, auteur de plus de soixante livres entre romans et ouvrages autobiographiques s’est confié  également sur les grandes lignes de sa riche carrière avec les plus grandes personnalités du monde politique et artistique.
Ses voyages dangereux en Irak, 25 ans auparavant, pour une interview avec le président Saddam Hussein, qui l’avait renvoyé la toute première fois. « J’ai été expulsé », dit-il, mais sans perdre courage après l’échec d’un premier voyage, il revient voir ce président avec qui il a eu cette fois-ci l’interview qu’il avait ratée la première fois, après avoir vécu des moments embarrassants avec des otages.
Pour lui, c’est toujours émouvant d’avoir en mémoire tant d’événements marquants, “j’ai eu la chance d’être témoin de grands événements”. Plus de la moitié de sa vie à annoncer de bonnes et mauvaises nouvelles. Ces dernières l’étaient parfois sur des personnes proches ou qu’il avait eu souvent l’occasion de côtoyer.  Il eut certes souvent du mal à annoncer leurs tragiques disparitions mais il le faisait avec “ le minimum d’émotion et d’implication personnelles …»

 » les livre m’ont appris, ils m’ont permis de me construire
En quittant le JT, il a très vite repris le chemin de la radio son premier amour. Il ne cache pas d’ailleurs son admiration pour ce média. Un média qui « garde toujours son importance ». Il aime s’y retrouver pour des émissions littéraires aujourd’hui version radio puisqu’il était bien placé pour le faire à un certain moment à la télévision avec cette volonté forte de rapprocher la culture des téléspectateurs en l’installant dans les foyers.
Actuellement, sa passion du livre reprend de plus belle. Depuis tout petit, la passion de la lecture ne l’avait jamais lâché, cela sommeillait en lui et tout rejaillit aujourd’hui de plus belle.
Je sais ce que les livre m’ont appris, ils m’ont permis de me construire ” ou de le reconstruire encore aujourd’hui affirme celui qui a pu disparaître avant 15 ans. Ce miraculé d’une leucémie voulait ensuite vivre en accéléré en décrochant son bac à 15 ans, en écrivant talentueusement son premier roman à 17 ans, en voulant avoir vite des enfants…. En cette fin d’année 2016, nous retrouvons encore plus l’homme dans toute sa splendeur créative.
Son avant dernier roman «Un homme en fuite» sorti en librairie en mars dernier revient notamment sur le décès de trois de ces enfants telle une confession belle et douloureuse à la fois. Une vie qui commence par une forme de leucémie diagnostiquée dans sa jeunesse à laquelle il a survécu. «Etant survivant, je pense avoir eu un appétit de la vie plus fort qu’un autre». Mais la mort l’a malheureusement rattrapée… » Il revient sur la perte tragique de ses trois filles. Une plaie douloureuse qui ne se refermera jamais.

« A chaque période douloureuse, j’ai écrit »
«J’en ai perdu trois. La première, Tiphaine, a été victime de la mort subite du nourrisson. Au moment de sa naissance, comme de sa mort, j’étais en reportage, loin, je n’ai pas eu le temps de vraiment la connaître et cela résonne comme un regret. Puis, il y a eu celle que l’on souhaitait appeler Garance, qui n’a pas vu le jour car sa mère a eu un accident de voiture et a perdu le bébé à quelques jours du terme. Et Solenn…»
«Elle s’est suicidée à dix-neuf ans. «Merci pour tout, mais je n’aime pas la vie». «Elle avait laissé ce message sur mon bureau, dans mon sous-main… Souvent le suicide est une façon d’ôter sa souffrance plus que de s’ôter la vie ».
Et face à la douleur de perdre un être cher, Patrick Poivre d’Arvor a trouvé son exutoire dans l’écriture. «A chaque période douloureuse, j’ai écrit (…) La mort m’a longtemps hanté. Je crois avoir fini par l’apprivoiser.»
La naissance, quelques mois après la mort de Solenn, de son fils François, qu’il a eu avec Claire Chazal, lui a également permis de surmonter cette épreuve. «François a été capital dans ma résurrection.»
Dans son tout dernier ouvrage à peine sorti et intitulé Saint-Exupéry, le cartable aux souvenirs, c’est comme si sa vie ou ses différentes vies continuaient… lors d’une séance de dédicaces à Tunis. Il parle d’un personnage qui a accompagné son enfance. Il s’agit d’Antoine de Saint-Exupéry. L’une des personnalités françaises les plus fascinantes du XXe siècle. Aviateur de l’Aéropostale et de l’Armée de l’air, est également un auteur au succès mondial grâce au Petit Prince.

« L’univers de Saint-Exupéry a éclairé ma vie dès l’enfance »
Un conte intemporel qui a bercé des générations entières et « une compagnie bienfaisante qui ne le quittera jamais » tel « un cartable un peu cabossé ayant appartenu à mon héros préféré. Il est venu à moi par hasard, à moins que ce ne soit une ultime gratification du destin puisque l’univers d’Antoine de Saint-Exupéry a éclairé ma vie dès l’enfance. Il m’a offert pour compagnons un petit prince et un renard et m’a permis de découvrir François, le frère chéri d’Antoine, qui lui a fermé les yeux alors qu’il venait juste d’avoir quinze ans, âge où j’aurais pu, moi-même, basculer de l’autre côté… » Tel François le propre fils de Patrick Poivre d’Arvor le fait aujourd’hui à son tour. « Je me suis plongé avec ferveur dans les œuvres du pilote-écrivain. Elles m’ont aidé à comprendre ce que peuvent être le courage, l’amitié, la fraternité, l’apprivoisement des autres et la délicate fréquentation des femmes. ». Pour en savoir plus sur ce fabuleux livre de PPDA, sachez qu’il est déjà en vente en Tunisie dans les bonnes librairies. Une séance de dédicaces a eu lieu comme cadeau de Noël pour ceux qui y croient dans l’espace « l’Agora » pour la soirée de ce 24 décembre courant.  Le vrai père Noël sera l’auteur lui-même face au « Saint Exupéry » de son enfance.

Nadya Ayadi

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