La conférence sur l’investissement et l’attraction des investisseurs étrangers

HakimNotre pays a accueilli cette semaine l’importante conférence sur l’investissement avec la participation d’un grand nombre d’investisseurs bilatéraux, multilatéraux et privés. Cette conférence vient après celle organisée par le gouvernement Jomaa en septembre 2014 et qui a réuni également, à la veille des élections, un grand nombre d’investisseurs qui sont venus s’informer et voir cette démocratie en pleine construction.
L’organisation de ces évènements et de ces rencontres d’investisseurs étrangers dans notre pays est essentielle. Il faut souligner que la compétition est aujourd’hui féroce pour attirer les investisseurs dans le monde entier et particulièrement dans les pays amis qui présentent les mêmes avantages comparatifs. Une compétition qui exige un plus grand suivi et une plus grande présence sur la scène internationale et un lobbying plus dynamique et actif afin de mieux faire connaître le site Tunisie et convaincre les investisseurs d’y prendre place.
Plusieurs voix se sont élevées avant la conférence pour demander son report et plusieurs arguments ont été avancés pour le justifier dont la nomination récente d’un nouveau gouvernement, la faiblesse des projets à présenter, les conflits liés à la nouvelle loi de Finances et la menace de l’UGTT d’une grève générale qui ne donnerait pas une bonne perception du climat social qui prévaut dans notre pays. Le gouvernement a pris le pari d’organiser la conférence aux dates fixées. Et, en dépit de quelques difficultés, la conférence a globalement réussi. Parallèlement à l’appui politique renouvelé à la transition en cours dans notre pays et à notre démocratie naissante, cette conférence a réussi à réunir un grand nombre d’investisseurs étrangers qui sont venus s’enquérir de l’évolution de notre pays et de notre capacité à accueillir leurs investissements et à leur assurer un climat favorable.
Donc, insistons de nouveau sur l’importance de l’organisation de ces rendez-vous réguliers avec les investisseurs. Il s’agit d’un changement de culture que nous devons opérer dans notre pays car de la qualité des liens et des relations de confiance que nous établissons avec nos investisseurs dépendra leur engagement en faveur de notre économie et l’attractivité du site Tunisie.
Mais, la réussite de cette conférence aussi importante soit-elle n’est qu’un élément et ne constitue qu’une étape dans la stratégie d’attraction des investisseurs étrangers. En effet, beaucoup de travail reste à faire dans notre pays, même si nous avons franchi des étapes importantes dans l’amélioration de l’environnement de l’investissement avec notamment l’adoption du nouveau code d’investissement. Mais, le chemin à parcourir est encore long et exige l’accélération des réformes afin de faire de la Tunisie la destination privilégiée des investisseurs internationaux.
Parmi ces réformes on mettra l’accent sur cinq essentielles. La première est politique et concerne la poursuite et la consolidation de la transition démocratique et la mise en place des différentes instances prévues dans la Constitution notamment l’élection des instances régionales qui ont un rôle essentiel dans la conduite de l’effort de développement dans les régions. La nouvelle Constitution a donné d’importantes responsabilités aux régions qui devraient jouer un rôle proéminent dans la détermination des priorités régionales en matière de développement et dans l’accélération de l’investissement. Parallèlement à ces réformes, il faut souligner l’importance de la stabilité du contexte politique et l’émergence d’un nouveau contexte plus apaisé et plus sédentaire.
La seconde est relative à la poursuite de l’amélioration du climat d’investissement. A ce niveau, il faut souligner les progrès effectués avec notamment l’adoption d’un code d’investissement. Mais, d’autres efforts sont encore à effectuer dans la création des entreprises avec la mise en place de ce guichet unique qui faciliterait les investissements. D’autres progrès doivent être effectués dans la rapidité des procédures judiciaires.
La troisième réforme concerne l’Administration en vue d’accélérer sa modernisation et son efficacité. Notre Administration reste tentaculaire, ses procédures lentes et son efficacité limitée. La réforme de l’Administration reste pour moi la mère des réformes et il est nécessaire de s’y attaquer avec détermination et volonté afin d’en faire un véritable partenaire des investisseurs et un facilitateur de l’action des acteurs économiques.
Le quatrième axe des réformes concerne les réformes sociales et plus particulièrement les mécanismes de solidarité sociale. Les caisses sociales connaissent une crise profonde depuis plusieurs années et exigent des réformes profondes afin de les sauver et de leur donner les moyens de vivre et de se développer. Par ailleurs, notre contexte social reste marqué par de fortes tensions sociales qui ne sont pas de nature à encourager les investisseurs internationaux. Il est de plus en plus urgent d’opérer les réformes sociales nécessaires et surtout de favoriser un climat apaisé et constructif qui encouragerait les investisseurs et l’attractivité du site Tunisie.
Enfin, la dernière réforme concerne les procédures d’exécution des projets. Certes, là également des progrès ont été effectués, mais les procédures restent longues dans notre pays par rapport à nos concurrents. Des lenteurs qui ont été renforcées par les inquiétudes des hauts cadres de l’Administration en matière de passation des marchés publics et qui sont à l’origine de la faiblesse du taux d’exécution des marchés publics. Elles justifient les procédures d’urgence particulièrement pour les grands projets.
Mais, parallèlement à ces réformes, il faut mettre l’accent sur un aspect essentiel qui concerne les projets d’investissement. En dépit de tout ce qui a été dit, notre banque de projet reste d’une grande pauvreté et nous devons faire des efforts afin de concevoir de véritables projets structurants qui seront les locomotives d’avenir de notre économie.
Ainsi, l’organisation de cette conférence, après celle de 2014, doit s’inscrire dans un nouveau rapport avec les investisseurs qui favorise le dialogue et l’écoute afin de faire de notre pays une destination privilégiée pour les investisseurs étrangers. La réussite de cette conférence est importante, mais elle ne constitue qu’un pas et qu’un élément d’une stratégie que nous devons mettre en place afin de faire de l’investissement le fer de lance de notre dynamique de croissance.

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01 Déc 2016

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