ARP-gouvernement : Des relations ambiguës

Nejib OuerghiQue cachent les débats tendus, les polémiques à tout va, les contestations ininterrompues, les longues tractations et le grand flou qui ont  caractérisé les positions des différents partis politiques lors de  la discussion du projet de la loi de Finances 2017 ? Au regard de la qualité de la copie adoptée à la dernière minute par l’ARP,  d’aucuns ne peuvent nier que l’Assemblé des Représentants du Peuple  est devenue un haut lieu de jeux d’intérêts corporatistes, de lobbying et d’agendas pour le moins peu clairs. Au regard également du déroulement des débats et de l’opposition farouche que rencontre le gouvernement,  chaque fois qu’il présente une réforme ou un projet, on a  l’impression que la majorité pourtant écrasante dont il dispose est factice, de circonstance et qu’elle ne se manifeste que d’une manière disparate et désorganisée pour appuyer non des réformes que tout le monde réclame, mais faire perdurer le statu quo et les situations de rente. Loin d’être une simple vue de l’esprit, l’aboutissement des débats budgétaires a mis à nu les graves contradictions qui entachent l’action de l’ARP, avec un  discours aux apparences militant et une  pratique qui a va à l’encontre des slogans décriés et des principes défendus. Comment expliquer qu’à tous les coups, le corporatisme sort gagnant et les intérêts de certains corps de métiers sont défendus bec et ongles rendant presque impossible toute velléité de réforme et toute tentative de remettre de l’ordre dans les rouages de l’économie et d’instaurer de façon effective les règles de la bonne gouvernance et de l’équité ?
Les faits sont têtus, puisque après deux mois d’âpres discussions et parfois de tensions bien entretenues, le camp du refus, celui des avocats, des médecins et des pharmaciens a pesé de tout son poids, influençant les députés qui n’ont fait que se ranger de leur côté. Une belle victoire de la ténacité, du rejet de tout compromis et de l’application de l’un des axes essentiels de la réforme fiscale qui prône   l’équité et l’égalité de tous dans l’accomplissement de ce devoir. Un épilogue, peu glorieux, qui en dit long sur la solitude du gouvernement d’union nationale et son incapacité manifeste à mettre en œuvre la moindre réforme.
Un gouvernement qui,  théoriquement,  dispose d’une majorité l’autorisant à faire passer n’importe quelle loi, n’importe quel projet, mais c’était sans compter sur le calcul des députés qui ont préféré répondre à l’appel des anti  transparence que de servir les intérêts du pays.
Les deux partis majoritaires, Ennahdha et Nidaa Tounes,ont curieusement  fait montre  d’une entente cordiale et de positions presque identiques, ne restant pas  insensibles aux  sollicitations des avocats ou des médecins. A quelques jours seulement de l’examen en plénière du projet de la loi de Finances,  le bâtonnier, pragmatisme oblige, a dû rendre visite à Rached Ghannouchi pour s’assurer de son soutien contre le gouvernement.Curieux !
La relation problématique gouvernement –ARP ne date pas d’aujourd’hui, néanmoins, elle a pris une tournure particulière ces derniers temps, laissant le premier souvent hors-jeu, incapable de préjuger de la réaction de groupes parlementaires qui devraient lui être normalement  acquis. Résultat : les projets présentés se trouvent souvent complètement dénaturés  et leurs initiateurs  qui ont obéi à une logique bien particulière dans leur  élaboration, ne se reconnaissent plus dans les documents qu’ils ont préparés.
Tel  fut le cas lors du dépôt du projet de loi relatif au conseil supérieur de la magistrature lors du gouvernement Essid, ce qui a précipité le  départ du ministre de la Justice qui n’a pas accepté le diktat de l’ARP.
Cette même incohérence a été également remarquée dernièrement lors de la discussion du budget de l’Instance vérité et dignité. Après un débat houleux, des accusations d’une grande gravité et d’un procès fait à la présidente de l’IVD notamment par les députés de Nidaa Tounes, on a cru que quelque chose allait se passer lors du vote du budget. Que nenni. On ne sait,  par quelle magie, les députés qui ont été les plus virulents ont accordé une large confiance à une instance qu’ils considèrent à l’origine de l’échec de la justice transitionnelle et de bien d’autres dérapages.
Tout cela ramène à reposer la question lancinante de l’intérêt pour un gouvernement d’avoir une grande majorité parlementaire, si cette dernière est à la solde d’intérêts occultes, que ses positions sont influencées par les lobbies et d’autres considérations politiciennes ?  Face à ce paradoxe, c’est le pays qui ne finit pas de payer le prix fort de ces incohérences à l’origine d’un profond malaise et d’un blocage de plus en plus pesant da la vie politique, économique et sociale.

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15 Déc 2016

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