Apprendre à gérer l’abondance !!

ridhaOn a assisté ces dernières années à la multiplication des actes de désespoir et d’impuissance, spectaculaires sur les écrans des chaînes de TV de la part des producteurs en colère, excédés par l’immobilisme des pouvoirs publics et l’exploitation de leurs produits par les intermédiaires.
On répand le lait sur la chaussée, on jette les oranges dans les fossés, on laisse la tomate pourrir dans les champs ou les régimes de dattes sur les palmiers,…
Pourquoi donc ce gâchis dans un pays pauvre, surendetté, qui souffre du chômage, qui subit tantôt le stress hydrique et tantôt des inondations dévastatrices.
Les exemples ne manquent pas.
La crise actuelle est celle de la surproduction d’agrumes et de l’effondrement des prix : les producteurs sont au bord de la faillite, alors que les intermédiaires spéculent au détriment des producteurs et des consommateurs.
Notre agriculture est malade de ses circuits de distribution, qui ne sont ni respectés ni efficaces, alors que les “intermédiaires parallèles” sont souvent là pour exploiter la situation en leur faveur : ils évitent les marchés de gros où se rencontrent les producteurs ou leurs représentants avec les acheteurs, ce qui permet la régulation des prix par la confrontation de l’offre avec la demande.
Ils disposent des moyens de transport, des capitaux et des dépôts (réfrigérés ou non) pour le stockage : “ils font et défont” les prix sur le marché, en dosant les quantités à commercialiser. Pourtant, les pouvoirs publics disposent des instruments nécessaires pour réguler, mais ils ne sont pas activés.
En effet, les pouvoirs publics, administrations et structures professionnelles ne veulent pas ou ne savent pas prévenir les catastrophes en prenant les mesures qui s’imposent pour les éviter.
Ils n’ont pas appris, non plus, à prendre des décisions rapides et efficaces une fois que la crise éclate afin d’en limiter les dégâts et de “sauver les meubles”.
“On se hâte lentement”, alors qu’il s’agit de denrées périssables et de situations de crise coûteuses en pertes financières et en impacts sociaux.
Il semble qu’on préfère les situations de pénurie où la solution consiste à importer précipitamment les produits manquants pour éviter inflation, marché noir, spéculation ou pénurie.
Le législateur a pourtant depuis des décennies, mis en place des structures mixtes, appelées groupements interprofessionnels composés des représentants des ministères concernés par les produits agricoles avec la participation des chambres syndicales professionnelles.
La tâche des groupements consiste à coordonner entre les différents ministères et à concilier.
Afin de résoudre des problèmes structurels, les pouvoirs publics adoptent des solutions conjoncturelles. C’est pourquoi, les mêmes difficultés réapparaissent régulièrement. On ne soigne pas les causes profondes mais les symptômes.
La question brûlante en ce moment c’est la production d’agrumes pour la campagne 2016/2017 qui a été évaluée à 570.000 tonnes soit 40% de plus que celle de l’année précédente.
Concentrée dans le Cap Bon avec 450.000 tonnes dont 150.000 tonnes à Menzel Bouzelfa, la production pose un véritable problème de débouchés à cause de l’inélasticité du marché local dominé par quelques dizaines d’intermédiaires qui exploitent les producteurs et les consommateurs en même temps. Le marché local est de 400.000 tonnes seulement
En effet, ils achètent à bas prix “les récoltes sur pied” et vendent aux consommateurs à prix élevé sur les marchés.
Les autres débouchés semblent figés : il s’agit de la transformation industrielle et de l’exportation.
Il y a là un manque d’imagination flagrant, l’absence de volonté et d’initiative de la part des autorités, un comportement peu responsable avec recours à des expédients et des solutions de facilité à court terme, car tout cela était prévisible depuis des mois mais rien n’a été fait.
En effet, les maltaises sanguines et les maltaises tout court qui connaissent tant de succès sur le marché français peuvent être exportées ailleurs en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
Pourquoi se restreindre à la maltaise alors que les clémentines, les thomson et les navel  ont tellement de goût et de saveurs introuvables chez nos concurrents espagnols.
En ce qui concerne la transformation industrielle, il y a encore beaucoup à faire : les jus de fruits, les confitures et autres extraits à base d’agrumes, les fruits confis. Il y a là un ensemble de produits à concevoir qui recèlent une forte valeur ajoutée et qui méritent des investissements en partenariat avec de grandes enseignes européennes qui maîtrisent la technologie et surtout qui contrôlent les circuits de distribution à l’export.
Nous avons besoin de stratégies par filières, car les différents secteurs d’activités agricoles sont des maillons, faisant partie d’une même chaîne, ils sont intégrés et doivent être solidaires, l’objectif est en fait commun : mettre à la disposition du consommateur un produit sain et utile à un prix raisonnable et compétitif.
Les producteurs doivent s’organiser sous forme de sociétés ou de coopératives de service qui doivent prendre en charge pour le compte des producteurs aussi bien la commercialisation des produits dans les meilleures conditions selon les circuits officiels, mais aussi l’approvisionnement en matières premières semences et engrais.

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29 Déc 2016

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