Adoption de la loi de Finances 2017 … Et après !

HakimLa loi de Finances 2017 a été finalement adoptée en fin de semaine dernière après de longues polémiques et d’importantes controverses. Le pays était au bord de la rupture après la décision du gouvernement de reporter les hausses salariales et le refus de l’UGTT avec l’appel à une grève générale. Par ailleurs, les propositions formulées par le gouvernement sur la fiscalité des professions libérales a soulevé d’importantes polémiques et certaines professions dont les avocats et, à un moindre degré, les médecins sont rentrés en dissidence. Par ailleurs, une série de dispositions ont soulevé une opposition forte de la part des députés lors de l’examen dans la Commission des finances, comme la limitation du paiement en liquide, la levée du secret bancaire et bien d’autres dispositions.
Des polémiques et des controverses qui nous ont menés au bord de l’impasse et ont renforcé l’incertitude et assombri l’horizon. Mais, au bout du suspense, le gouvernement est parvenu à désamorcer les différentes crises à travers des concessions relativement fortes mais probablement nécessaires pour le maintien d’un climat social serein. Ces accords de dernière minute ont permis au gouvernement de faire adopter la loi de Finances.
Cette adoption est un pas essentiel et important. Mais, d’autres pas aussi importants sont nécessaires pour que cette loi de Finances et le Budget de l’Etat nous permettent de connaître la stabilité économique lors de l’année à venir. De mon point de vue, les défis de cette loi de Finances et les enjeux du gouvernement se situent à trois niveaux essentiels. Le premier concerne la traduction rapide des dispositions de cette loi dans des textes et d’assurer leur mise en œuvre au plus vite. Cet exercice est essentiel afin de permettre au gouvernement de respecter le cadrage financier qu’il avait formulé et présenté devant les députés. Cet exercice de mon point de vue sera essentiel lors de toute la prochaine année pour au moins deux raisons. La première et comme nous l’avons souligné dans différentes tribunes le gouvernement a fait le pari d’une croissance forte et rapide des recettes fiscales de près de 15%. Cette projection est d’autant plus optimiste qu’elle ne dépassera probablement pas les 2% lors de l’année en cours. A ce niveau, il est essentiel que le gouvernement prenne les mesures nécessaires pour réaliser ses projections et réunir les conditions d’un équilibre financier du projet de budget qu’il a formulé. Cette question est d’autant plus importante que les arbitrages et les concessions de dernière minute risquent d’avoir un impact financier sur les équilibres de départ.
Par ailleurs, le second aspect relatif aux équilibres financiers de ce projet concerne la mobilisation des ressources de l’endettement nécessaires pour faire face au gap de financement présenté par ce budget. A ce niveau, il faut souligner que le budget a arrêté une somme que nous avons jugée aussi trop optimiste et qui est supérieure à 8 milliards de dinars. L’importance de ce montant exigera de la part du gouvernement la mise en place rapide de la stratégie nécessaire pour sa mobilisation. Ceci est d’autant plus important qu’il dépasse largement notre capacité de mobilisation des ressources de l’endettement qui sont inférieures à 6 milliards de dinars. Une autre difficulté se trouve dans le fait que les investisseurs internes rechignent de plus en plus à investir dans les titres publics et leur appétit est de plus en plus réduit. Enfin, il faut mentionner que la mobilisation de ces ressources dépendra, comme beaucoup d’investisseurs l’ont souligné lors de la Conférence sur les investissements, de notre accord avec un FMI devenu de plus en plus critique face à nos choix et au rythme de nos réformes. A ce niveau, les concessions de dernière minute accordées par le gouvernement ne feront que renforcer les difficultés à venir avec l’institution de Bretton Woods.
Le second enjeu essentiel dans la mise en œuvre de cette loi de Finances concerne le retour de l’investissement. Un certain nombre de mesures ont été prises notamment pour appuyer les premiers investissements. Par ailleurs, une série d’annonces ont été effectuées lors de la Conférence sur l’investissement. La concrétisation de ces annonces, la sortie des investisseurs de leur attentisme et la relance franche de l’investissement seront probablement le second défi de taille pour le gouvernement lors des prochains mois. Car ne nous trompons pas, c’est la reprise de l’investissement qui portera la dynamique économique et favorisera un répit sur le front de l’emploi et de l’inclusion sociale qui sont au cœur des frustrations et des promesses non tenues de la Révolution.
Le troisième défi est relatif à la définition d’une vision économique et d’un projet à moyen terme. Le gouvernement a expliqué avoir donné la priorité dans le domaine économique depuis sa formation à la préparation du budget de l’Etat afin de respecter les délais constitutionnels. Mais, aujourd’hui, il est essentiel de définir une vision économique à moyen terme et un projet pour le redressement économique qui permettraient de rétablir la confiance des acteurs économiques et de relancer la croissance. Car nous ne le répéterons jamais assez, une loi de Finances et un budget économique qui ne s’inscrivent pas dans un horizon économique à moyen terme ont peu de chance d’ouvrir de nouveaux sentiers de croissance et de mettre les économies en transition sur la voie du redressement.
L’adoption de la loi de Finances 2017 est un pas positif et essentiel. Mais, la voie est encore longue et des étapes importantes restent à franchir pour assurer l’équilibre de ce projet, la relance de l’investissement et la définition d’un projet économique à moyen terme qui sont essentiels pour mettre notre économie sur la voie du redressement économique et ouvrir la porte à la réalisation des promesses de dignité et d’inclusion sociale de la Révolution.

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15 Déc 2016

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