Dépression chez l’enfant:  Un pas vers les conduites suicidaires ?

Par - 06 Mar 2015
Dépression chez l’enfant
Dépression chez l’enfant

L’enfant peut-il déprimer ? Nous avons posé la question au Dr Fatma Charfi pédopsychiatre. Oui, nous dit-elle,  la dépression chez l’enfant est presque toujours secondaire à un facteur d’environnement  négatif dans toute sa globalité : perte, séparation, maladie, dépression de la maman, perte d’un grand parent.

Nous n’avons pas d’étude qui donne des chiffres sur la dépression chez les enfants en Tunisie, mais nous savons que les troubles anxieux, les troubles d’adaptation, les troubles dépressifs, représentent 20% de la population clinique (pédopsychiatrique) à l’hôpital Razi.

Selon la littérature internationale, la dépression augmente avec l’âge : de 1 à 3% chez les enfants pour atteindre 5à 8 % des adolescents, la prévalence vie entière est de 15%, avec 2 femmes pour un homme. Chez l’enfant, le sexe ratio est de un garçon, une fille, prédominance féminine à l’adolescence.

 L’environnement négatif de l’enfant

Les facteurs  négatifs qui touchent l’enfant  sont les abus sexuels, la violence sous toutes ses formes.

L’enfant peut s’en sortir grâce à la réassurance de l’environnement. Tous les enfants qui ont eu un environnement négatif ne vont pas développer une dépression post traumatique. La réaction de la famille est importante. Il y a une capacité de résilience. Il a besoin d’étayage, avec une grande sœur, une tante, une voisine etc. Il sait s’adapter et trouver des ressources.  S’il y a défaillance de ce cadre familial, Il va développer une dépression.

La maladie somatique, autre facteur de dépression, la dyslexie, le diabète, ceux sont des pathologies de l’enfant, avec lesquelles il  va vivre avec mais qui peuvent avoir un effet négatif sur l’enfant qui va développer une dépression : pourquoi moi, pourquoi pas les autres, ça va durer toute la vie, etc. Il va y avoir des répercussions  sur la scolarité, sur son pronostic personnel, particulièrement s’il y a une lourdeur dans la prise en charge : hôpital loin du domicile, il va rater ses rendez-vous. C’est la réaction dépressive à la maladie.  Dans ce cadre, j’invite à la sensibilisation des personnes qui prennent en charge ces malades  qui  doivent s’attendre à des questions à l’adolescence : pourquoi moi ?

Il y a des enfants plus vulnérables que d’autres :la dépression se manifestera alors  plus tôt. S’il existe dans l’environnement de l’enfant des facteurs de stress chroniques, de façon répétée,  l’enfant va développer une  dysthymie :   c’est un état de dépressivité faible mais qui devient chronique et qui va déclencher à l’adolescence une dépression.

Les signes de la dépression

On voit les enfants  dépressifs quand ils sont amenés par leurs parents pour des difficultés scolaires. Il y a un fléchissement net des notes, c’est ce qui alarme les parents. Mais il faut savoir repérer les manifestations de la dépression chez l’enfant.

Les enfants déprimés s’isolent, se mettent en retrait, ils n’ont plus de plaisir dans leurs activités habituelles, il y une tristesse, des troubles de l’humeur, une irritabilité, ils sont dans l’opposition.

En Tunisie, même chez l’enfant, la dépression est marquée par des plaintes somatiques : mal au ventre, mal à la tête…

Les enfants déprimés peuvent avoir des troubles du sommeil, avec cauchemars fréquents, énurésie secondaire (pipi au lit alors qu’ils étaient propres), baisse de l’appétit. On retiendra en résumé que tout  changement net dans le comportement de l’enfant de manière générale est à explorer en vue d’éliminer une dépression.

Comment prendre en charge un enfant déprimé ?

Il faut d’abord reconnaître que l’enfant est déprimé, c’est très important. On met un mot sur ce qu’il a, ce qu’il vit, ça va le déculpabiliser. Ensuite il faut expliquer aux parents qu’on utilise surtout  la psychothérapie et rarement les antidépresseurs

Le 2e volet de la prise en charge est l’action sur la maltraitance (s’il y a violence, on sollicite le délégué à l’enfance, on essaye de travailler au niveau social, car le traitement est social). Il faut traiter  les facteurs de stress permanents, offrir des espaces d’écoute à l’enfant.

La prévention

La prévention  c’est le dépistage, c’est sensibiliser les médecins, les médecins scolaires, les instituteurs, les parents, savoir que le fléchissement scolaire est un signe évocateur, la douleur abdominale, la phobie scolaire, les plaintes somatiques, , les crises de colère.  il faut amener l’enfant à consulter. Tous les acteurs de la santé peuvent agir pour prévenir la dépression de l’enfant.

Les enfants qui font des dépressions à répétition sont sujets à des troubles du comportement délinquance, toxicomanie, comportement suicidaire, stress, l’enfant se met en danger, conduite à risque mais pas de conduite suicidaire, chez les jeunes enfants, c’est  surtout chez les adolescents qu’on voit les conduites suicidaires.

Samira Rkik

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