Iyed Dahmani : Non je ne regrette rien

Par - 10 Mai 2014

INTERVIEW Iyed Dahmani, l’auteur de la motion de censure à l’encontre de la ministre du tourisme, revient sur la séance d’audition et l’enjeu des prochaines élections.

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 Photo Credit : Le Monde

Député du Parti Républicain, Iyed Dahmani a décidé de retirer la motion de censure déposée à l’encontre d’Amel Karboul juste avant le passage au vote. Cette décision a suscité des tensions au sein de l’Assemblée Nationale Constituante et la protestation de certains députés du bloc démocratique

Pouvez-vous nous relater votre version des incidents qui ont émaillé les travaux de l’ANC hier ? 

L’histoire est simple, deux motions de censure ont été déposées à l’encontre de deux membres du gouvernement Mahdi Jomâa suite à l’entrée des touristes israéliens avec des passeports israéliens en Tunisie. Lors de la séance d’audition, les ministres ont répondu favorablement à nos questions et tout était rentré dans l’ordre.

Avant le passage au vote et suite à un consensus entre les présidents de blocs parlementaires et tous les députés signataires, la décision du retrait des motions de censure a été prise. Un communiqué a été adressé comme lettre aux deux ministres du gouvernement Jomâa.

Malheureusement, plusieurs députés non signataires de la motion et qui étaient contre la convocation des deux ministres ont voulu imposer le passage au vote. Leur unique objectif est de rejeter la motion de censure par le vote. Cela permettra ensuite aux deux ministres de bénéficier d’une immunité de trois mois sans être auditionnés.

Karboul vous pose-t-elle un problème ? 

J’avais deux reproches à son encontre. La première lors de la séance du vote de confiance du gouvernement Jomâa et l’histoire de sa visite à Israël. La seconde consiste à l’affaire d’entrée des touristes israéliens dans le territoire tunisien. Maintenant que toutes ces histoires sont classées, je n’ai qu’à lui souhaiter la réussite pour la saison touristique.

Pourquoi avez-vous décidé de retirer la motion de censure ? 

Les motions de censure ne devaient pas passer pour l’intérêt de l’Assemblée Constituante.  Le passage au vote dévoilera les résultats, en cas de rejet de la motion l’Assemblée sera considérée comme un adepte de la normalisation avec l’entité sioniste. C’était une affaire à éviter. J’ai décidé alors de proposer le communiqué. Cette décision a été annoncée après le consentement de tous les députés signataires des partis Ennahdha, CPR, WAFA, Ettakatol et des présidents de blocs.

Dès le départ, Le Parti Républicain ne voulait pas destituer les ministres. Notre unique objectif était de remettre à l’ordre du jour la politique étrangère tunisienne, fondée sur le soutien de la cause palestinienne et le rejet de la normalisation. Après les négociations et le dialogue, les réactions des ministres étaient positives. La ministre du tourisme et le ministre délégué des affaires sécuritaires ont exprimé leur attachement aux principes patriotiques. La normalisation avec l’entité sioniste n’a pas été préméditée. Ainsi les motions de censure ne sont plus significatives.

Cette décision n’est pas une première au sien de l’Assemblée Nationale Constituante. La députée Salma Baccar a aussi retiré la motion de censure déposée à l’encontre du président provisoire Moncef Marzouki à la dernière minute. Le règlement intérieur permet aux auteurs de motions de censure de retirer leurs signatures. Cela rend la motion sans conséquences. Je ne comprends pas les réactions et les tensions qu’a entrainé le retrait des motions et la proposition du communiqué.

Regrettez-vous cette décision de retirer la motion de censure ? 

Non je ne regrette rien. D’aucuns ne s’attendaient à ce que ces motions de censure soient acceptées lors de la phase de collecte des signatures. On ne s’attendait pas à ce que les deux ministres soient convoqués et auditionnés. Je l’ai annoncé dès le début de mon intervention lors de la séance d’audition, le but des motions de censure était de rappeler les lignes rouges à ne pas bafouer. 

Pensez-vous que cette affaire aura des conséquences néfastes sur Al Joumhouri et sur le bloc démocratique ?

Les mesures stratégiques du parti pour les prochaines élections se poursuivent. Nous partageons les mêmes visées que l’Alliance Démocratique et le Mouvement du Peuple. Une éventuelle coalition électorale n’est pas à exclure et les portes des négociations sont ouvertes à tous les partis sauf Ennahdha et Nidaa Tounes.

Revenons à ce qui s’est passé hier. Je tiens à rappeler que le Parti Républicain n’était pas le seul à prendre la décision du retrait de la motion de censure. Lors du passage au vote du communiqué quatre-vingt députés ont voté pour, quatre contre et seulement huit élus se sont abstenus, ce qui explique tout. Seuls les députés de Nidaa Tounes, Al Massar et Mongi Rahoui ont protesté.  

De quoi qualifiez-vous les réactions de Mongi Rahoui ?

Il n’a même pas signé les motions de censures. Ses réactions émotionnelles et individuelles révèlent de l’amateurisme. Ainsi ses prises de position à l’improviste ne vont pas dans le même sens que celles du Front Populaire. Je considère ces déclarations comme un acte de provocation et je n’hésiterai pas à riposter pendant les jours à venir.

On vous a vu abattu hier soir, votre tâche était-elle remplie d’entraves ?

Au contraire, c’était un jour historique et tous les tunisiens doivent s'en réjouir. L’affaire de la normalisation avec l’entité sioniste a été abordée dans la sphère politique et tout le peuple en connaît davantage les dessous. Les deux ministres ont répondu favorablement à notre appel et contrairement à ce qui était annoncé, que la séance tournera à l’inquisition, la démocratie a régné à l’Assemblée Constituante. En dépit des demandes d’une séance d’audition à huis clos, la transparence a remporté la manche. La journée d’hier est non seulement une journée de gloire pour le Parti Républicain mais aussi pour tous les tunisiens.

Propos Recueillis par Meher Hajbi

 

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